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Le bel hommage à Didier Müller
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Jacques Hazera    le 02.11.2010 - 18:38

EN MEMOIRE DE DIDIER MULLER

Merci à vous tous d'être présents pour ce moment de mémoire à Didier Muller.
Nous avons un peu marché pour arriver ici. Didier aimait marcher, il ne tenait pas en place.
Certains l'appelaient Monsieur Muller, d'autres, plus nombreux et plus familièrement, Didier.
En cette période de vacances de la Toussaint, nombreux sont ceux qui se sont excusés de ne pouvoir être là ; ils sont plus de 50 à avoir envoyé un message de présence par la pensée.
Nous sommes une soixantaine à être présents, et donc plus de 100 personnes qui, en ce moment, pensons à Didier Muller.
Ce moment est exceptionnel dans le milieu forestier, par votre présence, et ceux qui s'y associent de loin.

Il est d'autant plus exceptionnel que si Didier n'avait pas été forestier, il aurait été guide de haute montagne. Il est décédé en montagne.

Né au pays de Gex, au pied des Alpes et du Jura, il gravit très tôt leurs sommets, puis d'autres, plus loin, très loin, en Suisse, dans les Pyrénées, puis en Afrique, continent qui conquit son cœur.
Car au-delà des efforts physiques, Didier était attaché à la relation humaine. Par croyance, d'abord, mais aussi par conviction.

Que d'heures passées ensemble sur sa conception d'un monde meilleur, cause pour laquelle il s'engagea pleinement, personnellement et professionnellement, puisqu'il consacrait une semaine par mois, puis un mois par an, bénévolement, à d'autres cultures forestières que celle de "rente".

Nous nous sommes connus à Poisy, l'autre école préparant au BTS "productions forestières" d'alors. Meilleur élève que moi, il fut admis dès sa première candidature en 1976 ; je dus attendre l'année suivante pour y être admis, ayant fait mes armes dans le bûcheronnage, le négoce et la sylviculture. Mon admission tient plus de la philosophie hégélienne qu'à mon expérience (le jury était présidé par un ancien conservateur des Eaux et Forêts, romantique à souhait).
En fait, nous nous croisions dans les couloirs, au sortir des cours. Pourquoi fus-je attiré pour aller à sa rencontre, et à celle de quelques autres ?
Didier dispensait déjà cette joie de vivre, cette soif de contacts, et son sourire était irrésistible.

Dès son arrivée en Aquitaine, il devint enseignant au Lycée Forestier de Bazas de 1979 à 1981, par passion de transmettre un savoir, de partager des points de vue.
Les années 80 furent pour lui les années "CAFSO et UCFA", ancêtres de la CAFSA actuelle. De 1983 à 1990, il fut adjoint au chef d'agence de Marcheprime et intégra le service des techniques sylvicoles.
Jean-Marie Porquet m'a dit : « j'ai très bien connu et apprécié Didier, surtout du temps où avec Roger Zapata nous formions une équipe passionnée par l'évolution des techniques et où l'amitié rimait avec notre travail ».

Dès mon arrivée en Aquitaine en 1989 pour y prendre en charge les formations forestières, je fus immédiatement immergé au sein des Coopératives et des Comptoirs du Pin ; je visitais pendant deux mois chaque agence et chaque comptoir. C'est lors d'une visite sur le terrain avec Roger que j'ai retrouvé Didier : Barbour, bottes, tachymètre et planchette en main, en train de chronométrer les tracteurs sur un chantier de reboisement.
Après un moment d'hésitation – dix ans s'étaient écoulés – nous nous serrions les deux mains, et Didier sortait son sourire irrésistible par lequel il nous invitait à partager son amitié. Cette amitié qu'il donnait facilement, il ne la reniait jamais. Un homme de parole. La Parole.
La parole était pour Didier le moyen d'exister, d'échanger, de débattre, de réfléchir, et il fallait qu'il la partage.

Dès la création du BTS forestier à Bazas, il a naturellement intégré l'équipe pédagogique. Ses venues étaient toujours attendues autant par les élèves que par moi-même. Il arrivait toujours très tôt, pour me parler, m'expliquer le cours ou le TP qu'il avait préparé. Minutieux, appliqué, les étudiants étaient avides de ses interventions, tant en topographie que dans la préparation de PSG. Avec lui, tout était parfait.
Le soir, il repassait au bureau, pour me faire le compte rendu de son intervention. Puis il repartait, souvent sur sa moto, par tous les temps, parfois avec son Trafic connu dans toute la Lande. Ce Trafic que vous pouvez aujourd’hui apercevoir d’ici, stationné un peu plus loin, près de son rucher. Au-delà de l'aspect mobil-home, ce Trafic était parfois son bureau, au milieu de la forêt, mais aussi son stand à Forexpo, avec le fameux Monsieur Chaix.

Car en octobre 1990 il avait créé ATF, pour « Applications Techniques Forestières », son premier bébé… avant que ne naissent d'autres bébés, plus actifs la nuit : Charles en mars 1991 et Emile en juin 1992. Il avait épousé Claire le 8 juillet 1988.

Toutes ces créations ne le détournent pas d'une parole qu'il a donnée à l'Association des Volontaires du Progrès, ni à un engagement auprès de la FAO. Il ira d'abord au Burundi, de 1981 à 1983, responsable d'un projet de la Banque Mondiale, puis fera des missions au Tchad, au Kenya, au Niger et au Nigeria, en Tanzanie et au Burkina-Faso, au Mali et en Guinée, puis en Afrique du Sud. Il deviendra vite "Monsieur Gommier", spécialiste de la culture des Acacia senegal et autres Acacia seyal. Mais pas seulement de l'acacia. De la nature aussi.

La nature, il la connaissait bien. En réponse à la question d'une de mes amies résidente en Ethiopie, qui s'interrogeait sur la flore qu'elle avait photographiée à la frontière Erythrée / Somalie, il me répondit du tac au tac :
« Cher Jean-Bernard,
Je te joins un extrait de l'excellent Manuel des Conifères de DEBAZAC ; si tu es passé par Poisy, tu ne peux pas ne pas connaître, et tu y trouveras page 142 de quoi épater ton amie Sophie. En Afrique (hors Maghreb), les résineux sont extrêmement rares, sauf les introduits (Pinus essentiellement), mais il existe quelques taxons endémiques, presque toujours dans les hautes montagnes, comme ce Genévrier d'Afrique (Juniperus procera), qui pousse effectivement dans les confins Somalie-Ethiopie.
On trouve plus au Sud le Podocarpus falcatus, que j'ai pu observer avec bonheur en sylviculture "proche de la nature" dans les forêts de la côte Sud-est de l'Afrique du Sud lors du voyage de la Misso en Janvier 2008 (mais nous étions peu à apprécier : Roland SUSSE et ton serviteur !). Un bois magnifique, très recherché dans ce pays. J'avais aussi pu observer un autre Podocarpus sur les pentes du Kilimandjaro avec Régis PELTIER (CIRAD Forêt) lors d'une "mission très spéciale" au Nouvel An 1981 : sp. gracilior, que j'avais retrouvé au Mont Kenya en Octobre 1997, et que l'on appelle l'arbre à "crayon", car c'est dans son bois que l'on a longtemps fait les meilleurs crayons (de luxe).
Bon, j'espère que tu es rassasié, mais il faut que j'aille travailler, le terrain m'attend ! Sinon, je suis prêt à y passer des heures...
Bien amicalement : Didier »

Et Didier continue aussi sa quête de connaissances. Il passe brillamment le DESS CAAE (Certificat d'Aptitude à l'Administration des Entreprises) à Bx IV en 1999, et suit les formations de Pro Silva. Une sylviculture proche de la nature lui était familière, venant de l'Est, habitué aux futaies irrégulières, voire jardinées. Pourquoi ne pas l'appliquer au Pin Maritime ? Expert des techniques de sylviculture intensive du Pin maritime, il en connaissait des défauts, ses problèmes d'investissement important, et l'équilibre avec la nature. La régénération naturelle du Pin maritime est-elle possible ? Comment l'obtenir, la favoriser, l'entretenir et la conduire ?

Lors des travaux du GIP EcoFor, il n'imposa pas ses convictions. Il souhaitait les exposer, en débattre, argumenter… Il fut convaincant, puisque ses options ont été retenues dans les arrêtés de reconstitution. J'ai déjà eu l'occasion de le dire en pays de Gex, à St Genis-Pouilly, et je le redis aujourd'hui : son combat pour une autre sylviculture, il l'a mené à bout. A d'autres bien sûr de mettre en pratique, d'expérimenter. L'administration accompagnera et suivra ces essais, et les validera s'ils sont concluants.

Il a obtenu son titre d’expert forestier en 1999 et venait d’être élu Vice-Président du Comité des Experts Forestiers du Sud-Ouest.

Pour terminer ce long discours, une citation de Didier en réponse à une photo accompagnant mes vœux 2010, que j'avais intitulée « De sommets et sommets » à son intention :
« Je crois que nous avons réussi quand même à faire réfléchir une partie de la profession !
Maintenant, à chacun de faire le bon diagnostic et de choisir la meilleure solution à son problème de nettoyage-reconstitution... »
Et d'ajouter :
« Peux-tu me dire où tu as pris cette belle "souche" de Genévrier ?
En échange, je t'envoie une photo de mes deux gaillards de fils, au milieu de Pins à crochet jurassiens plus que centenaires, de bonne heure un matin d'Août 2009, au sommet du Crêt de la Neige (1720 m).
Souhaitons-nous de vivre presque aussi vieux qu'eux, et dans une aussi belle santé !
Bien amicalement : Didier MULLER »

Cette terre dont nous allons tous jeter une pelletée n’est pas destinée à un enterrement. Elle n'est pas pour une tombe ; elle est au contraire le symbole d’une vie qui démarre ; elle sera le terreau où va demain fleurir et fructifier un jeune pommier.

Merci à vous tous d'être là.
Jean-Bernard Carreau

__________

Ceux qui le souhaitent peuvent télécharger ce discours sur mon blog : http://www.Pijouls.com/blog/

 

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 modif | admin • màj : 02 novembre 2010 à 18h38