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Pour Voix Seule

monologue de Suzana Tamaro

« Pendant des années, tout est resté là, dans une boite en fer si profondément ensevelie en moi-même que je n'ai jamais su exactement ce qu'elle contenait. Je savais que je transportais des choses plus secrètes que celles du sexe, plus dangereuses que les spectres et les fantômes. »
HELEN EPSTEIN (Children of the Holocaust)

  • La vieille dame : Martine Amanieu
  • Mise en scène : Henri Bonnithon
Martine Amanieu dans 'Pour voix seule'

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Extrait de "Pour voix seule"

L'HISTOIRE

A la suite d'interview pour la télévision sur les survivants de l'holocauste une vieille dame se sent à la fois piégée et libérée d'avoir retrouvé son histoire ; dans son appartement, assise auprès de sa fenêtre, elle raconte à nouveau l'histoire de sa vie ; elle est seule, elle dialogue pourtant. Peu à peu, au fil du récit, les souvenirs s'égrènent, et nous comprenons que nous sommes cet interlocuteur.
Avec elle, nous pénétrons dans la vie des anonymes, ceux dont les manuels d'histoire ne parlent jamais. Avec elle nous vivons les prémisses de la deuxième guerre mondiale, et les conséquences terribles qui en ont résulté pour les gens dans leur intimité. C'est le récit des souffrances ordinaires, des souffrances quotidiennes qu'il faut accepter parce qu'il n'y à rien d'autre à faire.

L'AUTEUR

Suzanna Tamaro est née en 1957 à Trieste. A la suite de son grand-oncle Italo SVEVO qui dut fêter ses trente sept ans avant de voir paraître Senilita, Suzanna Tamaro a essuyé de nombreux refus avant de remporter le concours des éditions Marssilio et de voir son premier roman : La tête dans les nuages bientôt couronnés par le prix Elsa MORANTE. Elle publie ensuite un conte pour enfants : Cœur de lardon, et un recueil de nouvelles au ton plus violent :
Pour voix seule ; Elle connaît son plus beau succès avec son troisième roman : Va où ton cœur te porte, qui s'est vendu vanté par la seule grâce du bouche à oreille.

LE TEXTE

Martine Amanieu a adapté ce long monologue d'une soixantaine de pages pour la scène. Elle a écourté certains passages qui lui semblait être plus du domaine du silence et du jeu de l'acteur que de la parole. C'est une langue simple et directe, le texte est écrit avec beaucoup de retenue. Il n'y a pas d'effets, pas de grandiloquence. L'auteur semble presque absent, il s'efface au profit de son récit, il lui laisse la place.
« Hier, ceux de la télévision sont venus. Je les attendais depuis deux heures de l’après–midi, ils sont arrivés un peu avant quatre heures. En tout ils étaient six. Ils se sont mis aussitôt à chercher les prises. Pendant qu'ils installaient la caméra devant mon fauteuil, j'ai tout de suite dit à la journaliste qui allait m'interviewer que c'était la première fois que je parlais à la télévision. Est ce qu'ils étaient vraiment surs que je devais parler ? Est-ce que c'était vraiment moi qu'ils voulaient ? Elle m'a rassurée, elle m'a dit vous devez parler comme s'il n'y avait pas de caméra. »
Le texte fait référence au passé mais reste proche de ce que nous vivons aujourd'hui. Sans cesse nous pouvons faire le parallèle avec ce que nous savons des misères infligées à autrui ou à celles qui nous touchent personnellement.
Pour voix seule est un miroir. Nous avons si souvent entendu que les génocides ne se reproduiraient plus parce que cela n'est pas possible. Or chaque jour, l'actualité nous apporte la preuve du contraire.
Ce texte est le reflet de ces certitudes et des angoisses qui lui sont inhérentes.

NOTES D'INTENTION

Victimes directes ou indirectes, nous sommes tous issus d'une guerre et nous survivons dans sa réalité ou dans sa mémoire . La peur les silences, les yeux que l'on voit soudain se remplir de larmes solitaires pourquoi n'est–il pas possible d'arrêter, de se regarder dans les yeux et de se parler, quand j'ai lu ce texte, j'ai eu l'impression d'avoir rencontré une grand mère que je n'avais jamais eue, comme si nous nous étions parlées avec amitié toute une après-midi.
J'aimerais que chaque personne sorte de ce spectacle en ayant l'impression d'avoir dialogué avec une grand-mère « vécue » ou « croisée » en toute simplicité. Prendre la parole d'une vieille dame c'est terrible, je me suis demandée si j'avais le droit, mais en même temps cela fait ressurgir des voix, des visages des corps, des regards accumulés depuis l'enfance, et je me permets aujourd'hui de les aimer et peut-être de les faire aimer en prenant leur peau.

MARTINE AMANIEU

Long monologue, « POUR VOIX SEULE » est un appel à la mémoire ; c'est la voix d'une de ces personnes anonymes qui ne savait pas qu' un jour elles feraient malgré elles partie de l'histoire. Elle a parlé de sa mère morte dans les camps nazis, de sa fille et de son mari traumatisés par la guerre. « POUR VOIX SEULE » est un lien entre le passé que la plupart d'entre nous n'avons pas connu, la guerre, et une réalité, la solitude des personnes âgées, que nous connaissons. C'est ce mélange de ces deux réalités qui m'a touché le plus. La façon dont la société fabrique des exclus commence par notre attitude envers nos proches. Que reste–t-il à quelqu'un après une vie, s'il n'a même plus la possibilité de parler ? La résistance des vivants passe par la parole, se libérer et tenter de comprendre le sens de sa vie.

La mise en scène d'un tel texte demande une grande simplicité. La difficulté consiste à garder le spectateur en état de réceptivité jusqu'au bout. Il faut alors que la comédienne soit puissamment investie de sa mission, et qu'elle soit nourrie de façon que ses émotions soient toujours retenues. L'espace scénique suggère son appartement, un plancher sur lequel est posé son fauteuil et une bougie allumée.

HENRI BONNITHON

Coupures de presse : Dauphiné Libéré du 26.08.04 & L'éveil Hebdo du 03.08.04.

 modif | admin • màj : 02 juillet 2010 à 23h33