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Pseudo-carnets de haïkus alphabétiques & photographies, l'iconoclaste n'est pas sérieux.

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J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne
de Jean-Luc Lagarce
Vies (Les courants de la Lande)
Rimbaud
Des souris et des hommes
de Steinbeck
Pour voix seule
(monologue) de Suzana Tamaro
Ma Supplication
(extrait de La Supplication) de Svetlana Alexievitch
L'Amante anglaise
de Marguerite Duras
Moderato Cantabile
de Marguerite Duras
Le Funambule
de Jean Genet

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La pluie jaune
de Julio Llamazares
Eitô
de Daniel de Bruycker
L'atelier d'Alberto Giacometti
de Jean Genet
L'été 80 & Le camion
de Marguerite Duras
Montedidio
de Erri de Luca
L'homme à l'affut
de Julio Cortazar

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L'Amante anglaise

de Marguerite Duras

Avec :

  • Martine AMANIEU : Claire LANNES
  • Alain RAIMOND : Pierre LANNES
  • Dominique UNTERNEHR : l’INTERROGATEUR
  • La création lumière est de Jean-Michel Lenormand
  • Mise en scène de Martine Amanieu
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Peinture de Martin Lartigue

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photos de Xavier Cantat

Le Texte

Le huit avril mil neuf cent quarante neuf on découvre en France, dans un wagon de marchandises, un morceau de corps humain. Dans les jours qui suivent, en France et ailleurs, dans d’autres trains de marchandises, on continue à découvrir d’autres morceaux de ce même corps. Puis ça s’arrête. Une seule chose manque la tête. On ne la retrouvera jamais.

Grâce à ce qu’on appelle le recoupement ferroviaire l’enquête permet de découvrir que tous les trains qui ont transporté les morceaux de ce corps sont passés – quelle que soit leur destination – par un même point, à savoir : sous le pont de la montagne pavée, à Viorne, circonscription de Corbeil.

Très vite, la commune de Viorne, 2500 habitants, 75 Portugais, investie de fond en comble par la police, livre son dépeceur de cadavre : une autre femme, Claire Lannes, 51 ans, ressortissante de Viorne depuis vingt ans, depuis son mariage avec Pierre Lannes.
Dès qu’elle se trouve en face de la police, Claire Lannes avoue son crime. Elle dit avoir assassiné sa cousine Marie–Thérèse Bousquet, sourde et muette. Malgré son évidente bonne volonté tout au long du procès, Claire Lannes n’a jamais réussi à donner d’explications à ce crime.


Notes D’intentions

Marguerite DURAS s’est inspirée d’un fait divers dans lequel la criminelle Claire Lannes assassinait son mari à coups de hachette.
Dans l’Amante anglaise, Claire Lannes tue sa cousine germaine, sourde et muette de naissance. Marguerite DURAS choisit de mettre en scène Pierre Lannes, parce que dit-elle : « Je voulais savoir qui était Pierre Lannes, et avoir son témoignage sur sa femme. Je l’ai sorti de son cercueil pour qu’il soit entendu de tous une fois dans sa vie. Il était aussi sourd et muet que la victime : c’est la petite bourgeoisie française, morte vive dés qu’elle est en age de penser, tuée par l’héritage ancestral du formalisme. »

Rencontrer Marguerite DURAS à travers ce texte est une façon de se découvrir encore plus loin avec toute la fragilité que cela entraîne autant du coté du comédien que du spectateur. Son écriture nous oblige à descendre en nous même, à faire le vide pour laisser la puissance du texte remonter libre du poids de sa pensée ouverte sur un questionnement, une recherche sur les relations humaines, la relation à soi et à l’autre, l’amour, thèmes omniprésents dans

L'œuvre de Marguerite DURAS.

Ce texte va très loin dans l'analyse d'êtres normaux comme Pierre Lannes et en dehors de cette norme comme Claire Lannes. Le spectateur est pris dans la tragédie de Pierre Lannes, dans sa mesquinerie, dans la mesquinerie de la pensée du crime, de l'acte même du crime, de l'idée que l'on tue lentement la personne avec laquelle on vit, dans un quotidien fermé, à l'intérieur duquel on se tue également à soi même tous les jours.

Pierre Lannes est aussi sourd et muet que la victime, il faudra que cet entretien avec l'interrogateur est lieu pour qu'il comprenne que c'est lui que sa femme aurait du tuer, et toute l'horreur de son impuissance face à cette révélation.
Le spectateur est saisi par la personnalité de Claire si docile, si empressée à se comprendre, mais piégée dans l'inexplicable, poussée par une folie qu'elle finit par reconnaître, épuisée de ne pas trouver d'autres explications : « à force de chercher sans trouver on dira que c'est la folie, je le sais, peut-être lassée de vivre dans le présent mais extrêmement vivante dans l'évocation de son passé. »

Marguerite DURAS a écrit : « La folie exerce sur moi une séduction, c'est à l'heure actuelle le seul véritable élargissement de la personne, dans le monde de la folie, il n'y a rien, ni bêtise, ni intelligence, c'est la fin du manichéisme, de la responsabilité, de la culpabilité. Claire Lannes a derrière elle ce qui a donné de l'importance à sa vie : l'amour. Son centre de gravité s'est déplacé, il est d'habitude en avant de nous dans l'avenir, chez elle il est dans le passé alors c'est merveilleux. »

Le spectateur s'identifie à l'interrogateur, se surprenant à formuler dans sa tête les questions au moment même ou elles sont posées, brûlant de comprendre, d'avancer dans l'analyse du comportement d'êtres insaisissables inclassables, pitoyables victimes d'eux – mêmes.

Ce texte n'impose ici aucune vérité, seule une réalité ouverte à tous les possibles, qu'il appartient au spectateur de faire vivre avec sa propre imagination.
Récemment Patrick Henri n'a pas donné d'explication à son crime, son livre laisse une grande interrogation ; La société dans sa majeure partie passe à côté de ce questionnement, l'incompréhension est une défense et met en œuvre cette défense.
Marguerite DURAS ouvre grand cette porte, acharnée à découvrir la part intime de l'être, son besoin fou d'amour.

Nous allons tenter de présenter ce texte sur une scène vide, devant un public restreint, sans autre volonté que de porter la force des mots et des silences témoins de la séparation entre les êtres.

Je souhaite également proposer, si la rencontre dans le théâtre qui nous accueille se prolonge sur une semaine et au-delà, des lectures d'autres textes :

  • Le Camion (une lecture a été présentée lors de la manifestation d'octobre blues à l'estaminet à Uzeste, avec Domique Unternehr, Martine Amanieu et le musicien Bernard Lubat au piano. )
  • L'Eté 80, accompagné d'un enfant au piano.

Les Comédiens :

Martine Amanieu née le onze novembre 1957, comédienne depuis vingt ans, voilà seulement trois ans que je propose mes créations :

  • Pour voix seule de Suzanna Tamaro monologue d'une vieille dame, crée au théâtre de La Boite à jouer à Bordeaux en mars 2001.
  • Ma Supplication extrait du livre de svetlana Alexievitch La Supplication, Tchernobyl, chroniques du monde après l'apocalypse, crée au théâtre de La Boite à jouer avec la violoniste Alice Zimmermann en avril 2002 , et présenté au T N T à Bordeaux en présence de l'auteur en janvier 2003.
  • En octobre 2002 je crée la Compagnie de l'Ane bleu et c'est sous son nom que je propose ce travail sur Marguerite DURAS.

Alain Raimond né en 1954 comédien depuis seize ans, a accompagné Gilbert Tiberghien dans de nombreuses créations :

  • Le concile d'amour d'O. Panizza,
  • Le soulier de satin de P. Claudel,
  • Le songe d'une nuit d'été de W. Shaskespeare,
  • Victor ou les enfants au pouvoir de R. Vitrac,
  • La derniere nuit de Socrate de S. TSANEV,
  • Les Emigrants ou Iphigénie devant la gare de B. Manciet.
  • Mais aussi La Surprise de l'amour de Marivaux mis en scéne de J-L Terrade.
  • Art de Y. Reza mis en scène de F. Bouchet.
  • Haute Surveillance de J. Genet.

Dominique Unternehr né en 1966. Comédien, Metteur en scène, Auteur dramatique.
Comédien dans :

  • Drames brefs de Philippe Minyana, mis en scène par l'auteur,
  • Bonnes nouvelles de Tchekhov – Montage de nouvelles - mise en scène de Laurent Rogero,
  • Ivanov d'Anton Tchekhov, mise en scène de Laurent Rogero,
  • Le songe d'une nuit d'été de William Shakespeare, mise en scène de Laurent Laffargue,
  • Dédale délicat – Montages de textes contemporains – Mise en scène de Gilles Lefeuvre.
  • Metteur en scène de la Cie Lorsque cinq ans (création en 1993) : Lorsque cinq ans seront passés de Féderico Garcia Lorca,
  • Le fusil de chasse de Iasushi Inoué,
  • Rosebud de Dominique Unternerhr,
  • Midi dix neuf – Les grands brulés de Dominique Unternehr,
  • Lodz de Dominique Unternehr

Auteur dramatique :

  • Midi (crée aux chantiers de Blaye 97 dans une mise en scène de Pierre Lacombe)
  • Minuit – Les Réveillonistes (commande de la Cie Tiberghien)
  • Rosebud (1999)
  • Midi dix neuf- Les grands brûlés (2001)
  • Lodz (2002)

L'AUTEUR

Marguerite DURAS, écrivain, dramaturge, cinéaste, née en 1914 en Indochine ; Son roman UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE raconte son enfance et son adolescence, c'est en quelque sorte la matrice de toute son œuvre. Son écriture est immobile comme la caméra quand elle fait ses films. Films ou romans, elle part d'elle même, rassemblement d'énergie à projeter de ce point unique : la passion... « là où on est sourd et aveugle ». Le fondement de l'acte d'écrire, elle le situe dans une femme qu'elle a de loin connu : Anne-Marie STRETTER, pour qui un jeune homme s'est suicidé par amour. L'écriture est pour Marguerite DURAS un acte d'amour.

Ses textes disent toujours la même donnée terrifiante : la séparation entre les êtres, qui passe par la demande d'amour et se répand dans le cri : « J'aimerai quiconque entendra que je crie » (les Mains négatives, 1980).

Marguerite DURAS a également une grande conscience politique : en témoignent les articles écrits pour France observateur regroupés dans OUTSIDE en1981, et pour Libération L'ETE 80. Très attentive aux autres, elle part d'une lettre, d'un appel téléphonique, d'une bribe de conversation entendue dans un café. A l'Immobilité dans les personnages et dans les lieux répond une extrême mobilité dans les genres empruntés, texte, théâtre, film, « tout est dans tout partout et en même temps ».

L'œuvre entière tend vers ce lieu idéal qui est celui de la parole.

Marguerite DURAS est décédée le trois mars 1996 rue st Benoît à Paris ; elle laisse l'image d'une femme de lettres acharnée à creuser cette part intime de l'être, à le traquer dans sa solitude, son besoin fou d'amour, et sa certitude qu'il est pétri de mort.


Article de Jean-Luc Eluard, datant du lundi 29 juin 2009 dans Sud Ouest (représentation du samedi 27 juin à Malagar) :

"Leurres du crime : vingt ans avant le grotesque "sublime, forcément sublime" à propos de l'affaire Grégory, Marguerite Duras avait affirmé son goût pour le crapoteux en s'intéressant à un crime où la coupable avait dispersée sa victime "façon puzzle" aux quatre coins d'Europe grâce aux trains de marchandises.
Pour Marguerite Duras, cela devenait l'Amante anglaise. Sublime, forcément sublime. Un texte au cordeau, dialogue fouaillant l'intimité des personnages pour n'en ressortir que plus bredouille d'une vérité inexistante.
Le genre de texte taillé pour Martine Amanieu, qui n'aime rien tant que cacher ses mises en scènes sous le poids d'un texte. Jamais sans doute elle n'avait autant dépouillé son théâtre que pour ce double dialogue de deux heures, qu'elle a su rendre captivant d'une tension doucereuse mais constante où tout repose sur trois acteurs habités. Dominique Unternehr en interrogateur suave, habile mais impuissant à dénicher la vérité parmi celles qu'on lui propose. Alain Raimond en époux raisonnable et dépassé par la "folie" de sa femme et Martine Amanieu en assassin aimable, à peine décalée du monde, ange d'un chaos tranquille, jouent avec une retenue superbe, sans aucun artifice, avec une énergie contenue qui n'explose qu'à travers d'infimes expressions du visage qui en disent plus long qu'un batelage. Samedi soir, sous les étoiles et dans le cadre délicat de la cour du domaine de Malagar, cette " Amante anglaise" sortait magnifiée et presque... sublime ? forcément".

 modif | admin • màj : 28 juillet 2009 à 12h51