|
Notre travail au Sénégal a débuté en 2003. Quel est le bilan après 3 années d'activités qui ont consisté a y passer 3 fois 1 a 1,5 mois chaque année ?
Question four solaire, tant que nous n'avions pas mis en place de micro-crédit permettant aux membres des groupements de femmes de payer le four solaire sur 16 mois, il y a eu très peu de candidates tout simplement parce que, malgré une économie mensuelle de 3 à 4000 fr CFA qu'elles pouvaient réaliser chaque mois, elles n'avaient pas les moyens de payer à leur artisan l'acompte (pour le matériaux qu'il leur réclamait). Une fois le micro-crédit mis en place, tout a changé certes mais avec beaucoup de réserves de la part des femmes. Par exemple : "nous n'avons plus l'habitude de cuisiner dehors", "il faut orienter le four selon la position du soleil et il nous arrive de l'oublier", "le couscous de mil ne peut pas se faire car il faut tourner dans la casserole", "comme nous avons de grandes familles, la grosse marmite ne rentre pas dans le four et en plus vous préconisez plutôt des casseroles petites et moyennes que nous n'avons pas ", "du soleil, il n'y en a pas tous les jours, ni le soir", etc.
Le problème a été résolu en leur proposant pour le soir, les jours sans soleil, le couscous de mil et les grandes casseroles, de faire fabriquer par leur forgeron le poêle économique également financé par le micro crédit. Après plusieurs essais, l'enthousiasme s'est installé et, en 2006 plus de mille de ces poêles seront installés contre seulement 150 fours solaires ! C'est vrai, le petit poêle consomme très très peu de bois, il coûte 3 fois moins cher que le four solaire, il fait donc l'unanimité ; ceci dit il n'est pas question d'abandonner le four solaire, bien au contraire, mais il est indispensable de répéter les stages encore et encore d'autant plus que ce four permet de faire le pain, les gâteaux, les légumes, viande-poisson-oeufs, mil, riz, etc. Sans aucun frais !
Puisque il est clair que les stages pratiques sont absolument nécessaires, nous avons décidé de les organiser de façon permanente dans notre futur centre de formation qui se trouve le long de la nationale de Mbour à Joal. Les stages de compost, protection par les diguettes anti-érosives et plantation de haies vont cette année encore y être enseignés sur les 3 hectares du centre et ce grâce à nos trois collaborateurs sénégalais dont l'un, Biram Diouf est spécialisé au niveau agro-écologie (avec fabrication des pesticides naturels. Pour l'information et les contacts officiels nous avons Moctar Diouck et pour la cuisine solaire Brigitte Diop.
|
L'avancée du désert (comme dans toutes les régions sahéliennes) est impressionnante, le problème c'est que les habitants ne s'en rendent pas bien compte et que... Ils s'attendent a être aidés comme si ce n'était pas leur propre souci ; une sorte de "Père Noël" blanc qui viendra, c'est sûr. Il est clair qu'ils ne savent pas du tout que l'Occident est en crise majeure, sociale, économique, et surtout écologique ; par la disparition des derniers paysans, gardiens bénévoles de la nature, remplacés par les exploitants industriels à 100% dépendants des hydrocarbures en épuisement. Ce tableau si préoccupant - ils ont des difficultés à y croire, tant le mythe occidental est venu leur imposer ses certitudes arrogantes.
Nous avons entrepris les conférences-débats dans les écoles et lycées organisées a l'aide des responsables de l'éducation nationale. Nous avons en effet constaté que la jeunesse, qui ne voit pas l'avenir en rose, est ouverte a écouter et discuter. Nous pensons qu'ils en parleront à leur parents restés dans les villages et que les choses pourront bouger plus vite. Bien sûr il y a les médias qui nous aident (radio-tv) mais voilà, la grande majorité de la population n'a pas accès a cette forme d'information car non reliée au réseau électrique, sauf avec les petites radios à pile.
Pierre Gevaert
|