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"- Escalibur ! hurla Winnie de toutes ses forces en courant comme un fou sur la passe dite "la Longanèra". C'était une de ces larges pistes landaises, un pare-feu qui portait bien son nom tant il n'en finissait plus de dévider sa monotonie entre les pins francs dressés au garde à vous, avec un sable lourd qui vous plombait les pieds, si bien qu'un kilomètre comptait triple.
- Perceval ! hurla son copain Benoît Giraud.
Le premier arrivé à la palombière était le duc du luc, c'est-à-dire du bois."
Marina : " Le travail ne l'effrayait pas, elle pansait, nourrissait et défumait les chevaux, charriant des brouettes plus lourdes qu'elle. Ses journées au cirque dépassaient quelques fois dix-huit heures mais elle n'avait aucune autre alternative et ne pouvait compter que sur ses propres forces car son père n'aurait pas déboursé un copeck pour avoir une saltimbanque dans la famille."

François Castaing : " Il ne concevait pas cette vie sans partage car, ajoutait-il finement "si on mange pour vivre et qu'on vit pour manger, ça tourne trop rond pour être bon." Il fallait qu'il y ait autre chose. Il avait une passion, c'était les taureaux de concours avec lesquels il gagnait tous les ans à la foire de Bordeaux. Ça lui permettait de rencontrer du monde, de se faire des amis qui le considéraient pour ce qu'il était, un homme qui œuvre pour la perfection. Dans le monde du bœuf bazadais, François Castaing, c'était quelqu'un. Tout le monde savait qu'il n'avait jamais donné de farine animale à ses bêtes et à présent, les bouchers locaux se les disputaient."

Ella : " Au crépuscule, quand elle risquait une sortie, c'était pour humer le parfum enivrant des pins gorgés de soleil, s'asseoir sous l'arbre centenaire et écouter le chant qui s'élevait de la forêt, les criquets battant la mesure, la cacophonie des crapauds dans une mare voisine, l'aboiement des chevreuils qui se perdaient, s'appelaient, se retrouvaient et la chouette effraie dont la silhouette blanche traversait les frondaisons tous les soirs. Aussi, elle observait les chauves-souris qui sortaient de sous la corniche du vieux hangar à tabac tout chancelant, noir de goudron plus que la nuit tombante, telles les membres d'une petite escadrille décollant à tour de rôle du pont d'un croiseur. Tout cela lui était une compagnie vivante et joyeuse qui la rassurait par delà sa tragédie, si extrême qu'elle ne craignait plus rien."

Miel : " Le "petit couillon" était un jeune homme avec un visage aux traits émaciés, au grand front bombé sur lequel retombaient quelques mèches si claires qu'il fallait découvrir ses yeux bleus pour réaliser qu'il n'était pas albinos. Sa bouche bien dessinée, un peu enfantine, était tordue en coin dans une moue goguenarde, presque méchante. Contrairement à son père, il semblait très détendu. La situation le mettait visiblement en joie." Page 7

" Un léger frottement lui apprit la présence de sa mère derrière lui. C'était l'heure de la pose. Dans la maison, elle se déplaçait toujours sur ses chaussettes, laissant à la porte ses éternelles bottes de cheval. ELLE était appuyée au chambranle et le regardait avec tendresse, c'était une attitude familière, inscrite dans leur vie de roulotte quelles que soient les maisons qu'ils aient habitées.
- Ça va, mijn hart ? s'enquit-elle.
Il fit la moue.
- C'est un jeu d'idiot.
- Alors tu ferais mieux de sortir, il y a du soleil, aujourd'hui, il faut en profiter.
Ça aussi, c'était la tradition. "
" Winnie allait se jeter sur lui à nouveau lorsque retentit un air de fifre qui les pétrifia.
- Purée ! s'exclama Benoît qui n'osait plus prononcer le terme originel. Je rêve ou quoi ?
Winnie prit son air le plus farouche.
- Non, mon vieux, tu ne rêves pas. Un intrus a pénétré notre territoire, la sanction sera terrible, par le sang bleu !"

" Il se remit à lire le récit angoissant de Carson Mac Cullers qui s'appelait "le garçon hanté". C'était sa seconde lecture et beaucoup de choses lui échappaient encore. Ce qui l'accrochait était la phrase : "Sa mère s'approchait en l'appelant "Shelley-Pooh". Il ne savait pas qui était ce type, ce "Shelley-Pooh", sans doute un poète puisque le garçon, Hugh, en écrivait, mais ça ressemblait drôlement à la manière dont sa propre mère l'avait surnommé. Sauf que Winnie de Pooh était un bête ours en peluche. Il s'en voulut immédiatement d'avoir pensé "bête" car ce qu'Elle imaginait ne pouvait pas être bête. Elle était malheureuse, son père était reparti, ils s'étaient disputés tard dans la nuit."
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