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Sarkozy maître des arts : show-biz.
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Lundi 2 février, 15h12
Nicolas Sarkozy a installé lundi le nouveau Conseil pour la création artistique qu'il va présider, en lui fixant pour mission d'impulser un "changement de culture" et pour ambition de faire de la culture "la réponse de la France à la crise économique".
Discussion: Nicolas Sarkozy
"Je crois fondamentalement à la capacité de l'Etat à impulser un changement de culture, pour apprendre à mieux soutenir le processus de création", a déclaré M. Sarkozy dans un discours prononcé à l'Elysée devant plus de 300 représentants du monde de la culture.
Le Conseil pour la création artistique, qui a pour délégué général le producteur Marin Karmitz, comporte pour le moment douze membres représentant les différents secteurs de la culture. Il compte une seule femme, Dominique Hervieu, directrice du Théâtre national de Chaillot.
On y trouve notamment Jacques Blanc, directeur du Quartz (Scène nationale de Brest), Laurent Bayle, directeur général de la Cité de la Musique, Vincent Frerebeau, fondateur du label indépendant "Tôt ou tard", Emmanuel Hoog, pdg de l'Institut national de l'audiovisuel, ou encore Laurent Le Bon, directeur du projet Centre Pompidou-Metz.
Nicolas Sarkozy a justifié sa décision de présider le nouvel organisme. "Ma parole est plus libre que celui qui produit et qui doit faire attention à ce qu'il dit (...) c'est donc à moi de donner un coup de pied dans la fourmilière, de bousculer les choses", a-t-il déclaré.
"Je veux que ça bouge, je veux que ça change, je veux que la culture soit notre réponse à la crise économique mondiale (...) et pour que ça soit vrai, il faut que la création soit au coeur de cette politique culturelle que je souhaite impulser", a déclaré le président.
"Je veux vaincre la pensée unique, le sectarisme, les sectes qui voudraient vous inscrire tous dans des petits milieux alors que la culture doit rayonner pour tous", a-t-il dit en s'adressant à ses invités.
Dénonçant des "décennies de mauvaises habitudes", le président a déploré que l'Etat n'arrive pas "à faire des choix et à assumer ses responsabilités" en matière d'aide à la création artistique.
"Encourager la diversité sans égard pour la qualité, ce serait possible dans une ère d'abondance. A l'ère de l'économie, il faut faire des choix, et des choix justes", a-t-il dit. "Aider tout le monde faute de savoir discerner la qualité, c'est de mon point de vue créer une formidable injustice", selon lui.
M. Sarkozy souhaite également "réinventer le principe des maisons de la culture", nées dans les années 60, pour les adapter au XXIème siècle.
Le Conseil pour la création artistique "fonctionnera comme un laboratoire d'idées", a redit la ministre de la Culture Christine Albanel, en précisant qu'elle en assurera la vice-présidence.
Par décret impérial, le Conseil pour la création artistique est en effet advenu.
Son objet proclamé s’inscrit dans la droite ligne du discours suprême :
- « Faire des choix », ou la noblesse d’un positionnement tranché et assumé. En denonçant « des décennies de mauvaises habitudes » et la nécessité de dorénavant « faire des choix et assumer ses responsabilités », le chef de l’Etat réemploie une des rhétoriques de la droite qu’il préfère : le courage contre le laxisme, la détermination contre la paresse.
- « Distinguer » ou la nécessité de récompenser la valeur. Car, naturellement, tout ne se vaut pas. Les productions artistiques étant d’étoffes différentes, il faut en tâter. Soit, mais qui décide de l’échelle des valeurs, selon quels critères, en vertu de quelle vérité révélée ?
- « Faire rayonner » ou la réinstallation de la France dans sa place naturelle et historique de lumière des nations. En triant le bon grain de l’ivraie, le Conseil ne proposera à la vue du monde que la crème de « la création artistique française » de sorte à s’attirer la considération due à une nation avide de « donner le ton ». La peur de la dilution dans le monde est une vieille peur française. Il ne faudrait tout de même pas que la France sombrât dans le commun ! (« toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France… »).
- « Faire bouger » ou l’ambition de n’être pas à la traîne de la marche du monde. Pour Monsieur Sarkozy, une surface mouvementée est un gage de vivacité, l’immobilité étant forcément sclérosante. Donner un grand coup pied dans un gros tas paresseux, quel plaisir pour un enfant !
Doc Kasimir Bisou a écrit un grand texte brillant d’intelligence dans lequel il fustige vertement « l’idée » de Monsieur Sarkozy. Le texte est en ligne sur le site d’Uzeste Musical/Compagnie Lubat : www.uzeste.org.
Kasimir Bisou contre Nicolas Sarkozy, c’est une pensée contre une idée.
« Nous ferions bien d’avoir un peu moins d’idées, et un peu plus de pensée.
L’idée n’est pas du domaine de la réflexion, mais de l’illumination. Celle-ci va plus vite, c’est un éclair contre un labour, mais ses séductions peuvent rendre bête : ayant subitement aperçu quelque chose de nouveau, on est charmé. Par sa propre clairvoyance. Et on s’arrête là. On a abandonné le raisonnement.
L’illuminé n’est jamais loin de l’imbécile. Illuminé, il est ébloui. Ebloui, il est aveuglé. Aveuglé, il adore son aveuglement. (…) Il y a de l’idée à la pensée la différence de la magie au bricolage. L’idée est de la magie se prenant pour la vérité, la pensée est un bricolage et c’est son honnêteté ».
Dictionnaire égoïste de la littérature française, Charles Dantzig.
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