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sylvie    le 07.12.2009 - 05:23

Il n'y a rien de plus éloquent dans une dictature que de montrer son vrai visage et ses grimaces de mépris à l'égard du genre humain qu'en essayant de supprimer d'une manière ou d'une autre le rapport direct à l'histoire... le pouvoir actuel en France s'illustre parmi ces pratiquants du mépris:
supprimer les programmes d'histoire au lycée pour les sections scientifiques est une de ces ruses pour transformer les bacheliers S
en bon techniciens renforcés dans leur ignorance du passé collectif.
Ignorer le passé collectif ouvre la porte à toutes les dérives, aux reproductions voir aux amplifications des dérives des peuples dans la violence et la barbarie...(Aucun énarque ou diplômé de science po ou d'une école de magistrature ne l'ignore).

De l'autre côté des Alpes, là où jadis l'empire romain fonda nombres d'arrières plans qui structurent encore l'Occident d'aujourd'hui, au sein de l'Italie de Berlusconi et de son rictus à la "Joker" (revoir Batman),
des milliers de gens arborent ces temps-ci le violet... pour lutter contre la tyrannie qui s'exécute sans masque quotidiennement avec une arrogance surprenante.

Pour les italiens qui manifestent dans les rues, cet attribut violet constitue le moyen de se réunir pour dire non de manière unanyme à cet usage tyrannique du pouvoir... C'est en effet la seule couleur qui n'a été utilisée par aucun parti...

La couleur qui a été ignorée par tous les partis...
Comme c'est étrange...
Symboliquement cette couleur est par ailleurs associée au souvenir,parfois même à la nostalgie. C'est la seule dans la symbolique des couleurs qui dit "Souviens-toi!".

Il n'est pas 36 chemins pour une démocratie pour tenter de se perpétuer... dans ses valeurs fondamentales d'attachement à la dignité, à la liberté:
Ce que l'on appelle "L'école des modernes" qui avait pour mission d'aider les individus à s'émanciper des tutelles spirituelles sociales...du passé notamment dans ses aspects les plus tyranniques qui figent l'humain dans le "fatum", le destin, et bien le projet de cette école là était fondé sur un rapport étroit à la connaissance du passé, connaissance qui seule peut éclairer le chemin de l'élève que nous sommes toujours en lui faisant "sentir", "goûter" d'où il vient, lui et sa fratrie... et de renforcer ainsi ses chances de devenir un acteur plus conscient de sa propre vie...
"Lorsque le passé n'éclaire plus l'avenir, l'esprit marche dans les ténèbres" dit le sage

Alors vive le "violet"... amie de la profondeur "Car la mémoire et la profondeur sont la même chose, ou plutôt la profondeur ne peut être atteinte par l'homme autrement que par le souvenir" nous dit cette autre sage...
C'est précisément dans ce travail d'anamnèse que l'esprit croît et s'ouvre à son intelligence... à ses potentialités, au véritable progrès!!!
Et c'est toujours ce rapport à la mémoire qui est saboté consciemment ou inconsciemment par un dictateur... pour nourrir ses appétits...

La France, de par son histoire très centralisée autour de la figure du père fondateur, figure qui va jusqu'à régenter les liens de fratrie (nous sommes les frères...) incline au silence et à la peur de parler, voir au refus légitimé de s'exprimer: Nombre de gens restent en effet cachés en invoquant une forme ou une autre de pudeur, ajoutant ainsi pierre sur pierre à l'édifice du tabou de la parole et refusant par là de voir que cette pudeur qu'ils s'attribuent n'est en réalité que le produit d'une éducation, un arrière plan culturel hérité.
Il n'y a démancipation dans le monde humain que par la parole exprimée au sein de la fratrie (nous! sommes les frères) et ceci est le corrolaire avec le travail de mémoire de la naissance de la liberté dans une histoire individuelle ou collective...

Bien à vous chers adiuphiles qui vous taisez!

Parlons, parlons, personne ne nous donnera le bâton!

002  

Thermophile    le 07.12.2009 - 15:08

Bien beau texte de notre Sylvie locale, réellement !

Mais ce violet, si aucun parti ne l'a phagocyté c'est parce qu'un autre pouvoir l'avait breveté depuis presque deux millénaires : l'église.

C'est donc tomber de Charybde en Scylla, même seulement en "symbole", que d'adopter ce violet.

Les hippies avaient fait mieux puisqu'ils revendiquaient ce que les hommes en violet leur interdisaient. Il arboraient donc les couleurs de l'ennemi et ce faisant redonnaient des couleurs à ces pourpres, ces amarante et ces violines bien pâlies par les frasques de la religion.

Mais en matière de religion, je ne t'apprends rien Sylvie (est-ce toi que j'entends comparer les danses traditionnelles à une communion ?), je dois même aller trouver dans le dico ce terme "religieux" d'anamnèse" !
Je ne t'apprends rien, je ne peux que t'inviter à t'en méfier.

003  

sylvie    le 08.12.2009 - 14:42

Cher thermo!
Ne vois là aucune ironie à cette familiarité même si, à force de te lire, des petits mots bien à toi m'ont permis de mettre un visage, une voix sous ton pseudo...
je respecterai ton anonymat...
Intéressant cette remarque sur l'appropriation du violet par les soutanes... Il serait encore plus intéressant de se pencher sur les usages sociaux de cette couleur à travers le monde d'aujourd'hui, d'hier...
Néanmoins, les hippies se sont appropriés eux aussi cette couleur et l'on ne peut la réduire à l'église romaine...
Tout comme les italiens très catholiques sous les regards indifférents outrageusement silencieux du pape.

"Anamnèse" est un gros mot qui nous vient du grec... utilisé à sa naissance par le médecin... aujourd'hui encore répandu dans les pratiques psychologisantes pour aider l'individu à se réapproprier son histoire... Aujourd'hui encore, une phase classique du travail du médecin... ne le réduit pas autant s'il te plaît...
On a parfois comparé l'oeuvre toute entière d'Hannah Arendt que j'ai cité à un effort quasi thérapeutique contre l'oubli...
la citation que je lui ai emprunté est tiré d'un texte particulièrement éclairant sur l'autorité, les liens enchevêtrés entre les trois termes "autorité", "tradition "religion"...

Que l'église catholique soit une institution pétrie d'une autorité et d'une tradition très romaine, le texte d'Arendt le montre parfaitement. Qu'elle soit une institution religieuse est un truisme.
On sait par ailleurs à peu près tout d'elle et n'a plus grand chose à cacher... sur ses ressorts historiques, idéologiques...

Lorsqu'on parle de tradition, on est jamais loin du religieux...
désolé de te le rappeler. Je t'invite à une lecture de ce texte certes savant d'H. Arendt in "La crise de la culture". Il est peu de textes dont j'encourage vraiment la lecture, ce livre en fait partie...

Arendt a par ailleurs passé sa vie à tenter de décortiquer le politique et ses dérives. "Qu'est-ce que le totalitarisme?" a mis des décennies à être accueilli d'abord aux Etats Unis puis en Europe comme l'un des ouvrages les plus démonstratifs sur la structure totalitaire...

je continue à voir dans le petit bal en effet un phénomène proche du religieux. Il ne s'agit pas de jeter une ombre sur cet évènement joyeux et en ceci cet évènement se différencie du religieux.
J'ai enregistré ces jours derniers un album de "musique trad": le titre est le suivant:"Djal musique traditionnelle apocryphe"
je note par ailleurs dans l'émission de radio sur le bal trad proposée dans ce site une remarque intéressante: Avant d'être appelé bal trad, ce genre de bal était appelé "bal folk".
Alors pourquoi ce glissement de langage (à la fin des années 70 si j'ai bien compris)? Il n'y a pas de glissement de langage anodin dans l'univers social... Même si cela n'est pas franchement explicité et reconnu par les opérateurs même de changements, se trame des glissements de sens qui vont avec les mots, ceux qui sont abandonnés et ceux qui nous arrivent...
J'ai entendu aussi que de plus en plus d'étudiants participent à ce genre d'évènement... Il agit en effet probablement de manière très bénéfique sur nos hormones et sur le gêne du social... enfoui comme un rêve "vie heureuse ensemble"... Communion ne mé dérange pas...
Pas plus que le constat de cette similitude entre une messe et un bal trad... On se tend la main réconciliés comme par magie lepeniste, alternatifs, chasse pêche et tradition, sarkosistes, ségolénistes que sais-je encore, ma culture politicienne est très pauvre...
Là réside cher thermo le fait d'une mystification qui ne tient que par la volonté des participants à ce bal, le temps d'une valse comme le dit la chanson de s'aimer... besoin d'unité, de paix entre deux guerres, retour au sein...

Et plus on fait partie de la partie, moins on se voit jouer... bref il est difficile de se regarder pédaler.
Je note aussi ta méfiance à l'égard du religieux... Et pourtant je t'invite à aller un peu au delà de ta méfiance. Tu as sans effort remarqué mon obsession du religieux...

Ce qui m'intéresse à vrai dire ce sont plus précisément les non dits du religieux...

Sous le religieux, institué ou non d'ailleurs avec ou sans dieu, traditionnel, new age... se logent un monde de significations, un ressort particulièrement ancré dans l'humain qu'un certain nombre d'anthropologues (pardon pour cet autre gros mot) ont passé leur vie à éprouver pour nous le restituer...
je t'invite à la lecture notamment de Louis Dumont et son "homo hierarchicus".
Cet auteur remarquable montre comment, dans ce que l'on nomme la modernité l'âge de l'individualisme démocratique l'effacement officiel de la hiérarchie et de la structure d"ensemble" propre aux sociétés traditionnelles se perpétue, se recompose, se réengendre partout mais de manière beaucoup plus sournoise, plus incidieuse.
Bref, je ne crois pas que nous soyons plus libres que nos pères et nos grands pères simplement parce que nous le proclamons.

Le projet de l'école des modernes n'a jamais vu le jour...
La démocratie n'a pas encore existé...
ET aujourd'hui nous sommes tous juifs...
A cette différence près qu'il n'y a plus qu'une seule chambre à gaz... pour tout le monde...

Vive le violet mon frère,
shalom!

004  

Dori    le 09.12.2009 - 17:35

Bonjour Sylvie,

Pour une fois que quelqu'un cite Hannah Arendt, je tiens à dire un mot. C'est courageux, dans le contexte. Et je suis certain que Termophile relance le débat parce que ça lui plaît aussi. De tout façon, il adore la polémique.

Violet ou jaune, ça m'est bien égal, ce qui m'agrée c'est que vous sortez des sentiers battus par les ramasseurs de champignons et ça donne de l'oxygène à ce site. Sais pas si vous êtes une "Sylvie locale", mais vous le cachez bien.

Moi, le bal traderidera, je trouve ça sympa mais ce n'est pas ma culture. Je préfère le Tango. Le Jazz et le Klezmer. Les rues, les bars, la foule où l'on se fond pour rêver à la nuit du monde.
Oser le dire ici, c'est presque blasphématoire.
Dire "nous sommes tous juifs", en ce moment, c'est encore plus risqué.

Si vous voulez monter en intensité, je vous propose : à propos de religion, que penseriez-vous d'une loi interdisant la burka ?
Aïe, aïe, aïe.
Moi, les sujets qui fâchent, j'aime.

Shalom,
Dori

005  

sylvie    le 10.12.2009 - 05:54

Bonjour Dori
Ton intervention est une bouffée d'oxygène.
Violet ou jaune je crois que tu as au fond raison, si les italiens avaient choisi le jaune fluo ou le marron pour manifester j'aurais salué tout autant leur action et leur choix...

Ma culture musicale est particulièrement pauvre, je ne sais même pas ce qu'est le Klezmer...
Les rues, les bars, la foule,Bordeaux, Paris, Tokyo et autres métastases qui nourrissent le rêve de la nuit du monde ne m'attirent pas du tout.
Le bal trad ce n'est pas non plus ma culture. Mon sentiment est que je suis tout à la fois familière et étrangère à peu près partout...
Je suis en quelque sorte une délocalisée...
sauf au milieu des arbres, près d'un ruisseau sur un chemin de montagne...

Nous "sommes tous juifs" est un gros raccourci et les raccourcis rendent très mal compte ici en l'occurence de la complexité d'un sujet... Parler de la violence du monde et de la dictature ne permet pas d'oublier le traitement que cultive l'Etat juif à l'égard des palestiniens... Tu as raison d'en parler cela remet les points sur les "i"... Les juifs sont eux aussi capables du pire comme tout un chacun...
La complexité touche aussi les relations entre juifs et arabes et leur problème a été historiquement très largement construit en Europe sous l'égide de l'empire romain et de la sainte église catholique...

Quant à la burka, c'est en effet je trouve un sujet de polémique
qui permet de cacher les véritables enjeux... Mais c'est comme le foot. Il y a ceux qui sont pour Marseille et ceux qui sont pour Bordeaux... Il y a ceux qui sont contre et ceux qui sont pour, ça nourrit l'ère du vide et de l'ignorance et ça donne l'impression d'une consistance.
Quand même, je reconnais à Mittérand d'avoir dit deux choses vraiment intéressantes: "Ce n'est pas la manière dont on entre à l'école qui compte mais celle dont on sort"... et puis "il faut laisser le temps au temps" et si l'école ne cesse de fabriquer des ignorants, des savonnettes qualibrées sur les calculs des "in put" et "out put" que représente chaque élève réduits en effet à la même question: combien va t-il nous coûter et qu'est-ce qu'il va nous rapporter? (question qui ne se dit pas et qui est pourtant le principe même d'organisation de l'école d'aujourd'hui), cette école là ne fera que nourrir elle aussi les mimétismes et les rivalités qui en découlent, les ressorts identitaires qui inclinent au repli, cette guerre de tous contre tous que notre sombre prophète Hobbes nous avait naguère déjà annoncée!

Bien à toi Sylvie!

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Dori    le 11.12.2009 - 15:51

Chère Sylvie,

Plutôt que de manque d'oxygène, je parlerai ici de pesanteur due au fait qu'un site local – qui a le grand mérite d'exister comme un espace de liberté – réunit des gens si divers qu'ils n'échangent pas de pensées philosophiques. Juste les soucis de proximités, politiques et chats perdus. Et le foot (80 messages). Avec l'écologie, bien entendu, qui est la préoccupation de tous, y compris d'un néo-capitalisme vert bientôt omnipotent dans le domaine du consumérisme.
Rassurez-vous, le monde des villes, je le rêve de ma campagne car je n'ai pas les moyens de prendre l'avion pour flâner de temps en temps dans les rues de Berlin ou de Montréal comme je l'aimerais. Car la culture non marchandise se retrouve dans ces villes-là, actuellement.

J'ai parlé de la burka. Vous évoquez le tchador à l'école. Il y a tout de même un gouffre entre un foulard sur la tête et ce linceul (noir en France) qui recouvre entièrement la femme, regard compris.
Le tchador : il existe une différence entre le foulard campagnard des femmes immigrées qu'il s'agit de respecter et la coquetterie des jeunes filles qui choisissent l'aliénation à des valeurs qu'elles méconnaissent, dans un pays où elles sont nées libres, à priori et souvent instruites.
Chez ces dernières, le tchador est un signe politique de contestation, non de diversité culturelle, à l'encontre des instances de pouvoir en France. Un signe très mal interprété par celles qui l'arborent, car il ne signifie pas liberté mais seconde place dans la hiérarchie homme-femme.
Les temps ont bien changé depuis Mitterrand. Le fanatisme est monté d'un cran. Il ne suffit plus de dire "tout dépend comment on en sort", car hélas, ce n'est pas de l'école que les filles sortent mariées et soumises. La Boétie parlait déjà de l'esclavage volontaire et croyez bien que les maîtres ont rarement dissuadé les esclaves de s'affranchir. Si l'aide ne vient pas d'une société laïque, ces femmes s'enfonceront définitivement dans le gouffre de l'obscurantisme.

La burka est une véritable horreur, pour celles qui sont dedans et pour ceux la voient. Si elles y sont contraintes comme en Afghanistan, pas la peine d'argumenter, je pense que nous sommes d'accord. Si elle est présentée volontaire, elle est un refus total d'échange avec la société, de communication avec les humains en dehors de la cellule familiale. Or, la vie est sociale, c'est de cette communication que dépend la fraternité.
La burka enferme la femme comme si elle était morte au monde. Elle est effrayante, volontairement sujette à rejet. Il s'agit d'une forme d'agression contre la démocratie et la laïcité. Et l'homme qui se promène en tee-shirt à côté en a conscience, il arbore "sa religion" comme un catafalque vertical, un drapeau à la gloire du fanatisme, en reléguant au second plan la nature humaine du contenu de l'emballage.
C'est un phénomène à ne pas négliger, dans la même veine que l'anorexie, le jeu du foulard et les sectes. Je suis un jour tombé sur un blog de jeunes filles qui s'intitulait : "Quand nous vivrons en Burkaland". Cela disait : "nous serons LIBRES, heureuses, minces, jolies, etc…" Et il y avait autant de messages que pour le foot sur le forum d'adiu !

En bref, nous sommes aujourd'hui dans une grande confusion.
Exemples :
- la gauche anticléricale (dont je suis issue) qui criait "à bas la calotte" naguère, soutient cette "liberté" en croyant défendre les pauvres immigrés opprimés,
- José Bové fraternise avec Tarik Ramadan, un crypto-islamiste notoire qui a interdit "Mahomet et le fanatisme" de Voltaire là où il enseigne ses pensées délétères, je suppose en Suisse puisque c'est là qu'il s'est réfugié après avoir été déclaré indésirable en France, en Hollande et en Angleterre,
- Cohn-Bendit dit, à propos de l'histoire du minaret en Suisse : les rois du pétrole n'ont qu'à couper les vivres à la Suisse en représailles…
Mais oui ! Qu'ils la leur coupent à la Suisse et à l'Europe ! Que le fric des pays totalitaires n'alimente plus les grosses fortunes ! Et qu'ils s'effondrent tous comme à Dubaï !

Moi aussi je me sens "délocalisé". Surtout lorsqu'il s'agit de voter écolo, comme je le souhaiterais.

Vous évoquez les Juifs en disant qu'ils peuvent "faire du mal". Comme tout le monde.
Y a pas d'raison. Les anges, ça n'existe pas.
Mais en ce qui concerne Israël, il existe aussi une dérive qui fait tache d'huile. Comment peut-on rejeter un pays entier en prétendant être de gauche et tolérant ? Faut-il haïr la France parce qu'on n'aime pas Sarkozy ?
Personnellement, je ne supporte pas Netanyahu et la violence militaire me pétrifie, j'espère de tout mon cœur la paix au Moyen-Orient mais cela ne m'empêche pas de considérer les membres du Hamas comme des talibans et les kamikazes comme des déments.

La liberté de penser passe aussi par la lutte contre l'influence de notre propre famille politique.

Tiens, une question de proximité : le Bal Trad vous semble-t-il multiculturel ?

Le Klezmer, je ne peux pas vous le chanter, alors j'espère que vous aurez l'occasion d'en écouter. C'est de la musique Yiddish. Elle vibre, elle est complexe, elle exprime ce drame indispensable à l'œuvre artistique. Le "tiac" et le "bend" de la clarinette vous transportent dans les régions les plus enfouies de votre histoire…

En vous priant de me pardonner cette prolixité et en vous remerciant de m'avoir lu,
Dori

007  

sylvie    le 14.12.2009 - 06:09

Bonjour Dori
Merci pour ton éclairage instructif!
Le bal trad me semble-t-il multiculturel?
Je ne vois pas vraiment l'intérêt de cette question. Ce que je sais c'est qu'il est spontané et multigénérationnel. Et en cela il est un véritable évènement plus encore et justement par le fait paradoxal qu'il se répète sans perdre sa spontanéité sa dimension de surgissement sur un sol qui ne lui est pas particulièrement clément. (encore un élément qui le distingue du religieux institué). Ma fille, les enfants de son âge se réjouissent encore et encore de ce cet évènement. Il faut voir et goûter cette atmosphère, ces regards rivés aux regards qui se cherchent avant tout par un sourire qui vient de loin, de l'enfance..., ces plats partagés, ces jeunes, ces aînés qui oublient leur âge et qui s'amusent et se confondent dans des dansent qui sentent bon la terre! J'apprécie vraiment le commentaire de la violoniste dans l'interview sur le bal trad que tu peux écouter sur ce même site.
Lorsque j'évoque la dimension religieuse du bal, ce n'est pas pour dénigrer l'évènement. J'évoque seulement ce besoin de se rassembler pour vivre une aspiration pour le coup profondément ancrée dans l'humain qui l'inclinent à une forme "d'unité avec le tout".
Ce mouvement là donne lieu à toutes les dérives dans l'histoire humaine mais le bal trad est ici une sorte d'exception. Exception viable par sa dimension toute locale.

Concernant la burka, mais il y a pire que la burka (l'excision des petites filles tenues par leurs propres mères pour des opérations à vif. Au moins une enfant sur dix en meurt, nombre d'entre elles restent muettes à vie et toutes sont condamnées à vivre un enfer... à vie... Des centaines de milliers de fillettes sont chaque année
excisées... Quelques unes qui s'en sortent plutôt "bien" et qui du coup se font une fierté de leur ressort deviennent les principales gardiennes de cette pratique et pour "l'élite" d'entre elles exciseuses à leur tour...

Il y a tant d'urgences pour lesquelles il nous faudrait hurler de révolte...
Ramenée à "mon" petit village,à ma contingence la question se pose: Que faire?
Je refuse l'engagement dans une famille politique. Pour avoir essayé une fois, j'ai très rapidement constaté là comme ailleurs les dérives propres à la formation d'un groupe...
Je ne sais si j'ai tort ou raison, ton éclairage sera sûrement intéressant, mais je tente de vivre debout, simplement attentive.
Je constate que les combats ne manquent pas ici, à ma porte et qu'il n'y a pas à aller bien loin pour défendre la dignité humaine...
Je m'exprime donc et m'aperçois que cette expression dérange un ordre local... qui ne cesse de tenter d'étouffer, de dénigrer ce que je raconte... et de répandre des bruits...
Il me serait beaucoup plus facile d'aller m'inscrire dans une association qui lutte pour une bonne cause de l'autre côté de la planète (même si je n'ignore pas que l'excision se pratique aussi en France...)... Il serait si facile de gloser sure la burka, du reste je pense que ta condamnation de cette imposture rejoindra pour une fois le souci de notre gouvernement (à moins qu'une loi ne la pénalise déjà).

J'entends rester "familière" à ma propre vie en cultivant le souci de vivre là où je suis au sens fort du terme.

Salut et bien à toi mes enfants m'appellent!

008  

Thermophile    le 15.12.2009 - 12:24

Chère Sylvio... heu, Sylvie ! Chère Dori.

Évidemment, l'histoire est la mémoire qui invite à ne pas recommencer les mêmes erreurs ! Même si toute l'histoire n'est pas écrite, même si elle est sujette à interprétations ultérieures, c'est à mon sens sa fonction. Ceux qui ont écrit "leur" guerre disent aussi combien il faudrait savoir éviter ces troubles.

Mais quand même, on peut se demander si le "devoir de mémoire" est pertinent. S'il créé un culte des ancêtres, alors que ces ancêtres étaient possiblement cons, on se retrouve avec des dieux cons. S'il se tourne au contraire vers l'avenir, critique du passé, il servira les générations futures. Hérodote, peut-être le premier historien, décrivait les symptômes de la peste qui ravageait Athènes en espérant que son travail serait utile, plus tard.

Donc, et au passage je te remercie, Sylvie, de respecter l'anonyme qui a de bonnes raisons de se planquer derrière Thermophile, le passé me semble utile en tant qu'outil pour construire l'avenir.

Mais j'aime l'histoire, ausii, pour elle-même ! Et de ce point de vue, ton terme laïc anamnèse est troublant puisqu'il s'agit d'un retour sur la "maladie" passée. Le passé considérée comme une maladie ? Tâchons aujourd'hui de nous guérir de notre passé ?

Je voudrais qu'on puisse s'en affranchir ! Mon passé, c'était le présent de mes aïeux mais ce n'est pas moi. Le seul point commun, c'est le genre humain, une biologie, puis des cultures qui se partagent et se perpétuent, mais qui changent. Il ne s'agit pas d'être une mule qui croule sous le bagage et ne peut plus bouger !
Avant ce fichu "devoir de mémoire", j'ai le devoir de me réaliser, individuelleent, dans un contexte social auquel je participe.

Il y avait des adeptes de la simplicité volontaire avant l'heure qui se méfiaient du trop de connaissances. Non pas à la manière de Montaigne avec sa tête bien faite plutôt que bien pleine, mais bien comme un bagage trop lourd, inutile.

Bref, j'avais réduit ton vilain anamnèse, mais tu comprends pourquoi.
J'avais deux raisons : te provoquer un peu à propos de religion, et parce que les traumatismes transgénérationels me gonflent.

Je ne vous suis pas dans le débat qui s'en va du côté de Arendt, parce que je ne l'ai pas lu, je ne la connais pas du tout. Mais je vous lis avec intérêt... Comme dit Dori, j'adore la polémique ; c'est par goût de l'autre, et de tout ce que j'ignore.

Quand à la burka, j'éviterai de donner mon avis, car je croyais bêtement que c'était une protection un peu exagérée contre la grippe du cochon. Voyez comment, mal informé, on peut mélanger grossièrement les sujets !

Et enfin, je me demande qui lit des messages aussi longs ! Les sites web sociaux et à succès ne proposent pas de si longs paragraphes, c'est plutôt de l'ordre du slogan, de la chat-line, du twitter, etc., c'est à dire, quasi du niveau de l'onomatopée.

Mais je vais vous relire encore...

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Dori    le 19.12.2009 - 11:56

Cher Thermophile,

Hé bien nous ! Nous lisons ces messages avec intérêt. Nous dialoguons, nous échangeons des propos courtois et notre esprit voyage à travers les images évoquées, du local à l'universel sans lequel il n'y aurait pas de réfelxion philosophique.

Le devoir de mémoire est un terme utilisé pour ne pas oublier les victimes de génocides. Si cela se met à évoquer les pifaïres et ripataoulères, cela s'appelle tradition. Et je reconnais que certaines méritent d'être entretenue, comme la musique, alors que d'autres, comme l'excision, doivent être éradiquées à tout prix.

Chère Sylvie,
N'oublions pas que les coutumes barbares vont souvent ensemble. On ne peut pas lutter contre l'une d'entre elles, détachée du contexte, sans essayer de faire évoluer la société qui les pratique. Aussi, nous avons le droit de refuser une régression des droits de la femme chez nous. Je me permets, même si vous pensez "citoyens du monde, etc..." D'accord, mais pas n'importe quel monde.

Le bal trad est sympathique et générateur de fraternité, je vous l'accorde. Surtout, c'est ce caractère gratuit qui devient si rare !

A vous lire,
Dori

 

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 modif | admin • màj : 19 décembre 2009 à 12h56