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Le T.I.R. - La "sylviculture naturelle et continue"
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Jacques Hazera    le 02.07.2009 - 22:27

'Le T.I.R.'

Est-il possible de produire de beaux bois dans des conditions économiques viables ? Quelles sont les solutions que propose la « sylviculture naturelle et continue » ?

La monoculture standard
La « monoculture standard » recherche, non sans raison, à raccourcir le cycle de production du pin maritime afin d’en améliorer la rentabilité. C’est en permanence que des progrès techniques sont réalisés, depuis quelques décennies, dans divers domaines :
- l’amélioration génétique grâce à une sélection sévère et constante, et grâce à l’installation de vergers à graines ;
- le travail du sol grâce à des matériels de plus en plus performants et rapides ;
- la plantation grâce à l’industrialisation des procédés de fabrication des plants en mottes, de leur mise en place, etc..
La fertilisation, l’élagage, les entretiens, la récolte, etc. : c’est toute la chaîne sylvicole qui fait l’objet de recherches et de progrès continus, au point que le propriétaire a aujourd’hui la perspective de produire ses pins en moins de quarante ans.
Toutefois ces progrès ne sont pas sans inconvénients, ne serait-ce que sur deux points essentiels : l’augmentation du prix de revient, et la diminution de la qualité du bois.

Une impasse
En réalité cette démarche nous entraîne mécaniquement dans une impasse pour trois raisons :
- elle augmente l’investissement de départ. Or, étant le plus éloigné de la recette principale, c’est justement cet investissement-là qui est le plus difficile à rentabiliser. Une fois qu’il a investi lourdement, le sylviculteur n’a plus d’autre recours que de réduire la durée de sa production ;
- si jamais le sylviculteur tient malgré tout à conserver une durée normale de production afin de mettre en marché du bois de haute qualité, le marché actuel l’empêchera de rentabiliser correctement sa mise car la différence de prix dans le pin maritime est pratiquement indépendante de la qualité technologique du bois : le joli bois est acheté au prix du vilain, ou peu s’en faut ;
- le raccourcissement de la durée de production a une conséquence néfaste sur la qualité, du fait que le bois présente alors des accroissements trop forts, et qu’il contient en outre une proportion trop importante de bois juvénile. Ces deux défauts majeurs le rendent impropre à certaines utilisations rémunératrices.
Outre une bonne sylviculture, il n’existe qu’un seul secret pour produire du pin de haute qualité : le temps. Le bois d’œuvre doit être mûr. Ce n’est pas avec des pins de 40 ans qu’on développera la construction de maisons en bois, ni avec des pins qui ont été engraissés artificiellement et dont la proportion de bois final est faible.
La rémunération du propriétaire ne viendra pas de la quantité, mais de la qualité. Le marché du bois est engorgé, il est submergé par une surproduction de bas de gamme qui alimente les industries de la trituration et de la pâte. Or ce sont ces industries-là qui détiennent la clé des prix. Déjà en 1987, Jean-Paul Maugé ne disait pas le contraire (dans « Le pin maritime, premier résineux de France », pages 19 et 20) :
« Certains ont pu penser qu’il pouvait être plus avantageux de fabriquer de grandes masses de produits peu valorisés, mais peu coûteux. En réalité, dans l’état actuel des techniques, il ne coûte pas beaucoup plus cher de faire du bois à usages nobles que du bois de chauffage ; et les quantités que l’on peut produire sont à peu près indépendantes de la qualité. »
Or il se trouve qu’aujourd’hui, deux décennies plus tard, la situation est devenue bien pire puisque, dans l’état actuel des techniques, il coûte très cher de faire du bois… même de piètre qualité ! Malgré les techniques modernes, nos peuplements sont instables, nos arbres sont courbés, fourchus, adipeux, pleins de branches (l’élagage étant trop cher pour être pratiqué), et il n’est même pas possible de les assurer dans des conditions économiques décentes : tous ces progrès techniques aboutissent donc à un résultat catastrophique.

Première solution : la régénération naturelle
L’adoption de la régénération naturelle est une solution très simple qui permettrait de résoudre un nombre considérable de ces problèmes. En effet, grâce à ce stratagème révolutionnaire et sans retourner le sol, il devient possible :
- de rallonger la durée de production en étant affranchi d’un quelconque investissement de départ ;
- de fabriquer du bois de pleine maturité ayant poussé à un rythme naturel et régulier, pour un faible prix de revient ;
- d’installer des jeunes capables de résister à la pression du gibier, même très forte ;
- de profiter aussi d’une éducation gratuite obtenue mutuellement par la masse des semis (rectitude et élagage) ;
- et enfin de profiter d’une sélection naturelle des meilleurs sujets, obtenue gratuitement par la compétition entre eux.

· Incidence économique de la régénération naturelle
Méthode de calcul
La régénération naturelle peut se pratiquer à un coût quasiment nul, et cette économie de frais a des conséquences sur les résultats économiques de l’activité sylvicole. Pour alimenter cet aspect des choses, nous avons effectué une comparaison systématique du Taux Interne de Rentabilité sur 53 itinéraires, chaque itinéraire ayant été dédoublé : l’un avec plantation artificielle et l’autre avec régénération naturelle, c’est à dire que pour chaque itinéraire nous n’avons joué que sur les frais d’installation afin de cerner strictement l’effet de cet investissement. Nous avons pris comme hypothèse que la perte de productivité en volume serait compensée par le gain en valeur dû à l’amélioration de la qualité. Ces itinéraires sont issus des Tables de Production de Decourt et Lemoine, ainsi que de quelques cas réels d’expropriation.

Résultats
L’abandon de la plantation artificielle fait faire au T.I.R. un bond de 33,05% en moyenne sur l’ensemble de l’échantillon, c’est à dire que le propriétaire gagne un tiers de rentabilité en plus ! Le gain le plus faible est encore de 19,70% pour un itinéraire tournant en 42 ans, mais le gain le plus important est de 70,27% pour un itinéraire tournant en 26 ans.
Les itinéraires courts sont peu représentatifs de ce que l’on cherche à étudier. Si on les élimine de l’échantillon étudié en ne conservant que les révolutions comprises entre 40 et 70 ans, le gain moyen reste cependant très élevé, avec une progression du T.I.R. de 28,38%.
Les résultats sont donc clairs : l’adoption de la régénération naturelle permet un gain de rentabilité d’environ un tiers.

Solution supplémentaire : le chevauchement des générations
Une période de jachère est systématiquement incluse dans les itinéraires de la « monoculture standard ». Cette jachère, dont la durée est généralement comprises entre 2 et 4 ans, permet aux souches et aux rémanents d’exploitation de se décomposer partiellement après la coupe rase, et de minimiser certains risques d’attaques parasitaires, notamment dus à l’hylobe (Hylobius abietis). Cette période de jachère est rarement prise en compte dans les calculs économiques, ce qui est une erreur. En tout état de cause, cette période improductive diminue la rentabilité générale.
Or l’adoption de la régénération naturelle permet non seulement de s’affranchir de cette période de jachère, mais bien mieux : elle permet de lancer une nouvelle génération de pins, en sous-étage, plusieurs années avant la coupe rase du peuplement adulte. Le propriétaire, au lieu de perdre 2 à 4 ans de jachère, peut alors au contraire gagner jusqu’à 15 ans de production et, lorsqu’il réalise son peuplement adulte, être déjà en possession d’un semis acquis. Pour provoquer la régénération naturelle à l’abri des grands pins, il suffit de faire ce qui se pratique depuis toujours avec les autres essences et dans les autres régions : une coupe de régénération. Cette coupe, tout en apportant de la lumière au sol, conserve et fait grossir un certain nombre de semenciers sélectionnés.
En faisant ainsi se chevaucher deux générations, il devient possible d’adopter un âge d'exploitabilité des arbres supérieur à la durée de révolution du peuplement. Le propriétaire peut en effet produire en 50 ans des pins de 65 ans alors que, en « monoculture standard », il ne saura faire en 50 ans que des pins de 46 à 48 ans et ce, à grands frais.

Conclusion
Il est évident que, dans ces conditions, le T.I.R. fait une progression encore plus spectaculaire. Il devient même possible d’imaginer des itinéraires atteignant des records de rentabilité : 6%, 7%, voire même 8,20% ! Notons en outre que tous ces calculs sont basés sur les prix actuels du marché, qui valorise très mal les jolis bois, c’est à dire sur des bases de calcul notoirement pessimistes.
Jacques Hazera

 

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 modif | admin • màj : 02 juillet 2009 à 22h27