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Le feu - L'incendie de forêt n'est-il qu'un problème forestier ?
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Jacques Hazera    le 28.05.2009 - 06:56

Le feu

La « sylviculture naturelle et continue'' » apporte des solutions très pertinentes à une multitude de problèmes forestiers. Elle est d’une grande cohérence et permet de satisfaire à la fois les exigences économiques, écologiques, paysagères, voire même sociales. Toutefois elle bute sur une question délicate : celle de l’incendie.

Quelles sont les réponses que peut apporter cette sylviculture face à un tel risque ?''

La monoculture standard
En réalité ce sont toutes les sylvicultures qui butent sur la question du feu. Les réponses classiques consistent en effet à préconiser des actions très coûteuses à la fois sur le plan économique (débroussaillements intensifs, broyage des rémanents, création et entretien d’ouvrages spécifiques, etc.) mais aussi sur le plan écologique (mise à nu des sols, destruction des strates basses, élagages préventifs, etc.). Ces opérations augmentent de façon insupportable le prix de revient de la production forestière, même si c’est parfois l’argent public qui les finance. En outre elles ruinent les écosystèmes et larguent du carbone dans l’atmosphère (brûlage dirigé, travail du sol, exportation de la matière organique…).

Sur le plan sylvicole, ces réponses classiques ne sont pas meilleures :
- dans le but d’isoler les houppiers, elles conduisent à des éclaircies excessivement précoces et sévères, ce qui perturbe la production de bois de haute qualité ;
- et dans le but de supprimer la matière combustible au sol, elles interdisent toute possibilité de régénération continue et réduisent fortement le potentiel de diversité floristique.

Il est vrai cependant que ces réponses classiques rencontrent quelques succès face au feu, mais c’est au prix d’efforts financiers énormes, de la dégradation des écosystèmes, et de l’abandon d’objectifs sylvicoles véritables. Si le forestier ne trouve pas d’autre solution que de supprimer le combustible, il finira par supprimer tout bonnement… la forêt !

Rappels
La matière combustible est présente en grande quantité dans la forêt. Or elle est constitutive de la forêt : c’est précisément cette matière qui permet la pérennité de la forêt. Grâce à elle, la forêt peut se régénérer en continu et conserver la qualité de ses sols sans nécessiter d’intrants. La destruction de cette matière affaiblit la forêt. Ainsi toute solution qui propose de détruire la matière combustible – c’est à dire la matière organique – mène donc à une impasse. La forêt contient par nature la matière combustible. L’une et l’autre sont indissociables.

Constat
La très grande majorité des incendies ont une origine humaine. Ainsi, par exemple, les causes strictement naturelles d’incendie ne représentaient que 5% des départs de feu dans le Sud-Est entre 1996 et 2006, et 17% en Aquitaine entre 1980 et 2006. La principale cause naturelle – sinon la seule – est la foudre. Toutes les autres causes sont sociales (malveillance, accidents, imprudences, travaux, loisirs, etc.), bien que près de la moitié ne soit pas élucidée (« inconnue » ou « sans enquête »). Personne ne peut prétendre que le fameux « tesson de bouteille qui fait loupe » représente la moitié des coupables ! De nos jours, le problème du feu dépasse le forestier : c’est devenu un problème de société. Le propriétaire est démuni face à une société de plus en plus exigeante et de moins en moins respectueuse.

Le Massif Landais a réalisé des efforts énormes pour se soustraire à l’esclavage du feu. Il a consacré un demi-siècle à organiser intensivement la lutte et la prévention. Il a transformé et aménagé toutes ses forêts dans ce souci et pourtant, alors qu’il commence à entrevoir le bout de ses efforts, il doit maintenant affronter de nouvelles causes : les imprudences du public, son inconscience, ses accidents, voire sa malveillance...

Ainsi le problème de l’incendie est en grande partie social ; en tant que tel, il doit recevoir un traitement social.

Missions du forestier
Le forestier n’a pas la capacité à résoudre les problèmes de la société. Il ne peut pas non plus détruire toute la matière inflammable puisque c’est soit le fruit de son travail (le bois), soit son outil de production (l’écosystème). Ce qu’il peut faire est modeste : diversifier un peu les espèces, et faciliter l’accès des secours.

Notre civilisation ne doit pas renoncer à sa forêt, qui est une source de vie et une garantie d’équilibre et de bonne santé. Le forestier doit avoir pour mission de conserver et d’améliorer les écosystèmes forestiers. L’ouverture de cloisonnements permettant aux engins de secours de circuler en forêt est un préalable indispensable, qui doit s’ajouter à d’autres mesures : diversification des essences, collaboration intime avec les pompiers, etc..

Le feu est un risque externe, et le forestier ne doit pas être le seul à qui incombe ce combat. Il doit se limiter à accomplir humblement ses missions : créer une forêt en bon état sanitaire, produire du bois dans des conditions raisonnables, favoriser les équilibres naturels, etc..

Missions de la société
Si le forestier remplit ses missions, la société doit aussi remplir les siennes. Outre une indispensable répression vis à vis des incendiaires, la société doit aussi éduquer la population : il faut que les gens soient sensibilisés au respect de la forêt et avertis des risques d’incendie, à commencer par les écoliers.

L’Éducation Nationale, la Prévention Routière, et les chaînes de télévision publique doivent prendre une part active à ces missions.

Conclusion
Ce n’est pas au forestier de résoudre les problèmes d’incendie, mais à la société. Les défaillances de la société ne doivent pas conduire le forestier à saccager sa forêt dans le seul but de se prémunir du feu.

La « sylviculture naturelle et continue » est celle qui, assumant ses propres responsabilités, met la société en face des siennes.
Jacques Hazera

 

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 modif | admin • màj : 28 mai 2009 à 08h56