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Le bois - Que vaut notre bon vieux pin maritime ?
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Jacques Hazera    le 21.05.2009 - 09:17

Le bois
Le bois de pin maritime fut longtemps utilisé pour de multiples usages. Or cette diversité de mise en œuvre est aujourd’hui très réduite. Quelle en est la cause ? Quelles sont les qualités réelles de ce bois ?

Rappels
Bien loin d’être une masse homogène, le bois est un matériau composite, et la plupart de ses propriétés technologiques dépendent directement de l’hétérogénéité de sa structure. Étant issu du vivant, le bois n’est pas seulement complexe, il est également très divers, chaque essence produisant un bois spécifique. En outre, bien que mort, il n’est pas du tout inerte.

Au sein d’une même essence, chaque arbre produit un bois particulier, du fait de la multiplicité des facteurs qui entrent en jeu dans les conditions de vie de l’arbre : la richesse du sol, les conditions de lumière, le climat, le patrimoine génétique, l’alimentation en eau, la concurrence, la sylviculture, la vitesse de croissance, la régularité de cette croissance, la verticalité et la rectitude du fût, la branchaison, la saison d’abattage, la coupe en « bonne » ou en « mauvaise » lune, etc..

Plus encore : à l’intérieur d’un même arbre, le bois a des propriétés différentes selon qu’il se trouve dans la bille de pied, ou dans la surbille, ou dans le houppier, etc., sans même parler des branches ou des racines.

Dans l’exemple de la bille de pied, on trouve plusieurs types de bois : l’aubier n’a pas les mêmes caractéristiques que le duramen, et la moelle en a d’autres.

Même au sein du duramen, le bois présente des propriétés différentes selon qu’il est proche du cœur ou de la périphérie.

Les bois qui durent
L’aubier de tous les bois est périssable à court terme, même celui des essences réputées résistantes telles que l’acacia (Robinia pseudoacacia), le mélèze (Larix sp.), le teck (Tectona sp.) ou autres, abusivement qualifiés d’imputrescibles.

Dans l’exemple du teck, seul le duramen est vraiment résistant à l’humidité, aux insectes et aux champignons. Pourtant, certaines variétés de teck le sont plus que d’autres : Tectona hamiltonia est plus résistant que Tectona grandis. D’autre part, le teck produit dans les grandes plantations artificielles d’Afrique ou d’Amérique latine est bien moins durable que le même teck issu des peuplements naturels du Myanmar. Il s’agit pourtant du même arbre : Tectona grandis.

De telles différences existent pour de nombreuses autres essences, ainsi que le disait Jacques Deval, expert en bois, prenant l’exemple du douglas (Pseudotsuga menziesii) :
- « Le douglas et le pin d’Oregon, c’est le même arbre du point de vue botanique, mais ils n’ont rien à voir entre eux du point de vue de la qualité du bois : ce n’est pas le même bois ! Le douglas français pousse beaucoup trop vite et il est beaucoup moins bon que le pin d’Oregon qui peut avoir mis 800 ans à pousser et possède des cernes extrêmement fins ; c’est un bois presque indestructible. »

Le pin maritime
Les pins produisent des « bois à aubier différencié », ce qui signifie qu’il y a des différences importantes entre leur aubier et leur duramen. D’une manière générale c’est seulement le duramen qu’on devrait mettre en œuvre dans les utilisations à caractère durable telles que la construction de maisons : il faudrait purger l’aubier mais cela nécessite de gros bois, sans quoi le rendement baisse terriblement. Cela est vrai pour toutes les essences, mais les essences à aubier différencié ont un duramen beaucoup plus résistant que les autres. Le duramen s’appelle aussi « le bois parfait », c’est tout dire.

Notre pin maritime (Pinus pinaster) est en concurrence directe sur de nombreux marchés avec des bois dont le duramen a des propriétés moindres du point de vue de la durabilité. Le sapin et l’épicéa, par exemple, sont des bois à aubier non différencié, même s’ils ont d’autres qualités appréciables. Citons toujours Jacques Deval : « Un usage pour chaque bois. »

L’observation du patrimoine architectural aquitain nous prouve que les bâtisseurs traditionnels utilisaient très couramment le bois. On trouve encore, en effet, une multitude de maisons, de dépendances, de granges, de bergeries, de séchoirs à tabac, construits en bois, que ce soit partiellement ou en totalité. Les bois utilisés étaient d’origine locale : principalement le chêne et le pin. Les maisons à pans de bois ont presque toujours une structure en chêne, mais parfois en pin. Quant aux charpentes et aux bardages, ils sont majoritairement en pin, fréquemment portés par des piliers en chêne. Certains de ces bâtiments ont aujourd’hui cent-cinquante ou deux cents ans, mais d’autres sont bien plus anciens.

On voit donc que ce qui limite l’utilisation du pin maritime, ce ne sont pas ses prétendus défauts intrinsèques. Sans même évoquer le pin gemmé, sa fabuleuse dureté, sa résistance, sa beauté – il reste encore, pour nous en convaincre, quantité de parquets superbes en pin gemmé – affirmons du moins que le pin maritime est scandaleusement sous-utilisé de nos jours. Quelles en sont les raisons ?

La monoculture intensive
Comme nous l’avons vu plus haut, les propriétés d’un bois dépendent étroitement des conditions de croissance de l’arbre dont il est issu. Or la « monoculture intensive » fabrique un matériau de masse qui, s’il suffit pour satisfaire l’industrie de la caisserie, celle de la trituration et celle de la pâte à papier, est tout le contraire d’un produit de haute qualité technologique. Cette monoculture d’inspiration agro-industrielle s’échine à faire pousser les pins à grande vitesse, dans l’optique de les couper très jeunes, ce qui entraîne au moins six défauts majeurs :
- le bois est lâche et présente des cernes d’accroissement très larges ;
- la proportion de bois initial est très supérieure à celle du bois final, pourtant bien meilleur ;
- une grande partie de ce bois est encore juvénile ;
- le diamètre des arbres est trop faible pour permettre de purger l’aubier en conservant un rendement correct à la scie ;
- ces arbres sont abattus n’importe quand, été comme hiver, et sans souci de la période lunaire ;
- le prix de revient est très élevé du fait de l’importance des frais de plantation et des soins culturaux.

Que ferons-nous de ces bois lorsque l’industrie papetière aura quitté les lieux ? Quand elle sera partie s’implanter au cœur de bassins de production bien plus performants que l’Europe ? Quand les usines de fabrication de panneaux de particules seront installées en Amérique Latine, au milieu d’immensités produisant chaque année 30 m3 de bois par hectare à un prix de revient dérisoire ? Quand le Massif Landais aura été abandonné par ceux qui sont à l’origine de ces déviances culturales, qui nous achètera alors ce bois tordu, adipeux, plein de nœuds ? Nous pourrions l’élever aux hormones, ou aux farines animales, voire même à l’E.P.O. : ce ne serait pas pire !

Ne nous y trompons pas : l’ouragan Klaus n’est pas une catastrophe écologique, car de telles sautes d’humeur sont très courantes dans les processus naturels, et la nature finit toujours par retrouver son équilibre. Klaus n’est qu’une catastrophe économique et sociale. La véritable catastrophe écologique existe, mais elle est due à l’Homme : à ceux qui incitent les propriétaires à pratiquer cette « monoculture agro-industrielle », monoculture qui, depuis un demi-siècle, détruit les sols et les milieux pour ne fabriquer que des bois minables. Qui remboursera aux propriétaires les dépenses stupides qu’on les pousse à faire ? Nous parvenons à transformer en « pins de champ » des peuplements installés pourtant en pleine lande ! Toujours de Jacques Deval, un raccourci qui résume bien des choses : « Bonne sylviculture = mauvais bois ! »

Que ferons-nous quand notre bois minable sera devenu un orphelin industriel ?… Que ferons-nous si la construction en bois réclame un jour de beaux arbres, bien droits, bien mûrs, sans nœuds, aux accroissements fins, et que nous n’avons plus de tels arbres ?… Quand le marché recherchera des bois de soixante ans, et que nous aurons coupé les nôtres à quarante ?… Que répondrons-nous aux charpentiers, aux ébénistes, aux consommateurs avides de bons produits ?… Nous n’aurons tout bonnement pas fait notre métier, ni même gagné notre vie ! Nous n’aurons pas accompli notre mission.

Conclusion
C’est dès aujourd’hui qu’il nous faut revenir à une véritable sylviculture. Aucun forestier n’a jamais cultivé ses arbres pour le marché du jour, mais pour les marchés futurs. Il est vrai que Colbert s’est trompé en visant la production de bois pour la marine mais, ce faisant, il a quand même créé une ressource extraordinaire qui a suscité des initiatives artisanales, puis industrielles. Ainsi, un ou deux siècles après Colbert, le chêne était devenu le roi des forêts et, depuis, il est apprécié en tranchage, en ébénisterie, en tonnellerie, en charpente, etc.. En stoppant l’exploitation des taillis à courte révolution, en allongeant les cycles, en protégeant les réserves, en visant une utilisation noble – qui pourtant ne vit jamais le jour – et en choisissant des objectifs ambitieux, Colbert a contribué à élever la valeur du chêne, reconnue encore aujourd’hui. Il nous faut reproduire pour le pin maritime la démarche de Colbert pour le chêne.

Revenons à une vraie sylviculture et parions sur l’avenir, car il sera toujours possible, même dans le pire des cas, d’utiliser les beaux arbres pour faire de la pâte à papier – même s’ils sont gros, droits et sans nœuds – alors qu’on ne fera jamais de charpente avec des « pins de champ ».
Jacques Hazera

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marc-alexis    le 21.05.2009 - 11:43

Merci pour ces documents !
Je suis d'ailleurs en train d'en lire un autre, que vous avez signé, à propos de notre forêt et du feu... Et ça fait plaisir de lire que notre "pauvre" pin à aubier différencié peut être plus durable que l'épicéa et le sapin.

Connaissez-vous des forestiers (vous peut-être), et des scieries, qui privilégient et produisent du bois pour la construction, avec du pin maritime ? Où le particulier peut-il s'adresser pour acheter du bois bien mené, coupé à la bonne saison (et à la bonne lune !) A qui peut-il s'adresser pour faire évaluer du bois, puis le faire couper au bon moment ?

A côté de votre texte, politique et très informatif, j'ai envie de vous demander des infos pratiques, une liste de professionnels à qui s'adresser...

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Jacques Hazera    le 21.05.2009 - 19:26

Je ne connais que quelques rares utilisateurs dans la région - un ou deux pas plus - qui prennent grand soin de leurs approvisionnements...

Je connais à peine quelques rares peuplements de vieux pins de haute qualité...

Je ne vois qu'une toute petite poignée de propriétaires forestiers ayant le souci de produire du vrai bois...

Je connais à peine un ou deux experts forestiers attentifs à ces questions...

Si vous cherchiez dans les autres régions de France ce serait plus facile, mais dans le Massif Landais...!

C'est difficile de s'approvisionner. Il faudrait demander au scieur de respecter un cahier des charges incluant, outre les dimensions des sciages et le degré de séchage, l'âge des arbres, la largeur des cernes, la proportion de duramen, et la saison d'abattage. Ce sera difficile à obtenir et, surtout, à contrôler.

Si vous fournissez vous-même les arbres au scieur, il pourra peut-êre s'occuper du séchage (qui est une opération délicate et importante). Les pièces de charpente sont souvent posées encore vertes, sans que cela soit vraiment nuisible. En revanche, si vous avez l'intention d'utiliser votre bois en ébénisterie, ou pour construire un escalier par exemple, il est impératif que votre bois soit fourni avec un degré de séchage très bas.

Mon domaine n'est pas le bois, mais la forêt. Je vous propose de me contacter par mail : je vous préparerai quelques adresses de spécialistes du bois : Jacques.Hazera@Pijouls.com

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marc-alexis    le 21.05.2009 - 23:31

merci !
Je vous contacte bientôt.

 

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 modif | admin • màj : 22 mai 2009 à 01h31