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Labour : la parole aux techniciens
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Posts 68
001 Jacques Hazera le 30.07.2010 - 11:26 Est-ce que quelqu'un parmi les forestiers professionnels pourrait m'éclairer sur un point technique ? Voici ma question : quel est l'intérêt de labourer le sol en grande profondeur ? Le labour profond est une pratique très courante et qui a de nombreux adeptes, à commencer par les entrepreneurs de travaux, la C.A.F.S.A., la C.O.F.O.G.A.R., le C.R.P.F., les pépiniéristes, l'O.N.F., les sylviculteurs... ... alors je ne doute pas un seul instant qu'un grand nombre de volontaires vont se bousculer pour répondre à ma question ! D'avance merci pour toutes ces réponses précises et si bien argumentées.
002 Fabienne le 30.07.2010 - 17:13 la position anti-labour est très bien expliquée par Claude Bourguignon dans le film de Coline SerreauSolutions Locales pour un Désordre Global
003 Stéphane Bouléris le 31.07.2010 - 16:17 Bonjour, Un semblant de réponse http://138.102.82.2/agronomie/machinisme/techniques/tc-tsol-ssolage.htm
004 Jacques Hazera le 01.08.2010 - 15:32 À Fabienne :
À Stéphane :
Est-il possible d'en débattre ?...
Jacques Hazera
005 Jacques Hazera le 16.08.2010 - 19:38 Je viens de recevoir sur ma messagerie personnelle, de la part d'un forestier professionnel appartenant à un organisme très connu dans la région, la réponse suivante à ma question : " [...] le sujet est quelque peu tabou [...], mais je crois qu'il y a de plus en plus d'ingénieurs et surtout de techniciens qui commencent à se poser des questions... Je pense que le labour, par son effet déstructurant sur les sols podzoliques ou podzols (qui sont assez fragiles) conduit à une désorganisation du fonctionnement de l'humus et donc à des difficultés d'assimilation par les arbres des matières organiques et minérales. La question de la stabilité des arbres est également à poser ! (on a vu la tenue des peuplements naturels après Klaus !). " Malheureusement, cette réponse ne nous en apprend pas beaucoup non plus sur l'utilité du labour !. Patience !
006 marc le 19.08.2010 - 15:42 La digestion des différentes couches d'humus par les p'tites bêtes de moins en moins aéro je ne sais plus quoi est connu, non ? Il y a longtemps que les potagers et les composts respectent ces temps de décomposition... Sinon, tu cites : "on a vu la tenue des peuplements naturels après Klaus". Cela veut-il dire qu'on a remarqué que les arbres non plantés ont mieux tenu sous la tempête ? Tiens donc !? Et une question : pourquoi voit-on de grandes superficies de pins tous secs, sur les routes de Luxey et plus au sud et à l'ouest, comme s'ils avaient subit un coup de chaud ? Ce sont les suites de la tempête ? Ou des insectes ou champignons ? Les quelques branches roussies que l'on voit dans le sud Gironde sont-ils les prémices de ce problème ? merci... "l'expert".
007 Jacques Hazera le 20.08.2010 - 20:04 En effet, le fonctionnement du sol, quoique complexe, a été largement étudié, et est aujourd'hui bien connu. On sait très bien, par exemple, que la qualité du sol est tributaire de l'activité biologique qu'il abrite : bactéries, collemboles, vers de terre, champignons, etc.. Pour résumer, on peut dire que ce sont les êtres vivant dans le sol qui minéralisent la matière organique et, ce faisant, mettent cette nourriture à la disposition des végétaux. Le sachant, on peut donc se demander quelle peut bien être l'utilité de perturber cette activité... d'où ma question : quel est l'intérêt du labour ? Au sujet de la tenue au vent des peuplements, on a remarqué aussi que la tenue des arbres est bien meilleure en conditions d'installation naturelle qu'en plantation, ce qui est du reste confirmé par diverses études (dont une étude canadienne dont on peut lire le résumé de la conclusion sur mon blog). En ce qui concerne "les grandes étendues de pins tous secs" qu'on remarque actuellement dans le Massif, il s'agit d'une grosse attaque de scolytes (notamment des sténographes et des érodés), petits coléoptères dont les larves se développent sous l'écorce des arbres... ce qui les tue. Ce sont en effet les suites de l'ouragan Klaus, mais cette infestation est amplifiée cette fois-ci du fait de l'attaque énorme de chenilles processionnaires qu'on a connue l'année dernière, et de la sécheresse actuelle. Tout cela ne réponde pas à ma question initiale : quel est l'intérêt de labourer le sol en grande profondeur ? Jacques Hazera
008 Jacques Hazera le 21.08.2010 - 13:38 Un échange récent sur ce sujet : La réponse de Richard Fays (expert en bois) :
D'autre part, étant également souvent confrontés à des herbacées de grande taille (type savane africaine et herbes à éléphants), le labour en profondeur permet d'éradiquer les gazons qui à défaut, avec un enracinement à 15-20 cm de profondeur, repoussent dans les 3 à 4 mois. Madagascar est naturellement reboisée par des eucalyptus poussant spontanement dans ces terrains et le labour à profondeur de 35-40 cm nous permet de sortir une grande quantités de racines (même où il n'y a pas ou peu d'arbres) ; ces racines, lorsqu'elles sont importantes (grosses) sont source de nourriture et de refuge de termites et fourmis, intérêt donc pour nous de les éradiquer; les sols durs sont d'ailleurs propices au foisonnement des fourmis et termites qu'à défaut de labour il est quasi impossible de combattre. Le sol ameubli est évidemment plus propice au développement racinaire des plants et leur permet de s'alimenter davantage en eau que dans des sols durs où l'eau ruisselle." Ma réaction :
2) Vous décrivez également le cas de sols où la végétation herbacée est d'une densité telle qu'elle bloque les semis ou les plantations artificielles. Nous avons le cas ici également, avec notamment la molinie (Molinia caerulea) et la callune (Calluna vulgaris), mais il n'est pourtant pas nécessaire de travailler en grande profondeur pour résoudre ce blocage et retrouver un sol accueillant. Les labours sont actuellement pratiqués ici à 35 ou 40 cm de profondeur, alors que la rhizosphère des herbacées ou des éricacées est limitée aux 15 ou 20 premiers centimères, et qu'un crochetage à 5 ou 10 centimères suffit largement pour provoquer une régénération naturelle dense, vigoureuse, et mixte. Pour résumer, je comprends en partie la nécessité, en milieu tropical, de certaines pratiques lourdes, mais cela ne m'explique pas pourquoi nous faisons ici la même chose alors que les conditions sont totalement différentes.
009 Thermophile le 22.08.2010 - 23:09 Peut-être faut-il vendre et utiliser les machines qu'on fabrique ? Votre alternative "naturelle et continue" ne favorise pas la filière industrielle ni la main d'oeuvre...
010 Jacques Hazera le 23.08.2010 - 17:01 Petite rectification : ce que ne favorise pas la "sylviculture naturelle et continue", c'est la mécanisation. Nous préconisons davantage l'intervention des techniciens que des tracteurs. Il y a de la place en forêt pour des gens compétents, sachant observer, sachant réfléchir, sachant prendre les mesures judicieuses, sachant reconnaître un arbre d'avenir, sachant accompagner les processus naturels à peu de frais... Rappelons-nous qu'une heure de technicien coûte moins cher (et pollue beaucoup moins) qu'une heure de tracteur ! Par ailleurs, il est vrai que la "sylviculture naturelle et continue" ne favorise pas la filière industrielle, celle qui avale des quantités énormes de bois sans valeur pour les transformer à grands frais en papier ou en panneaux pleins de colle. En revanche, elle favorise l'artisanat : les menuisiers, les ébénistes, les charpentiers et autres nobles corps de métiers. C'est un choix de société qu'il faut faire, voire même un choix de civilisation !
011 Fabienne le 24.08.2010 - 14:09 Merci de cet échange c'est un bonheur
012 Jacques Hazera le 24.08.2010 - 15:41 Merci Fabienne pour cet encouragement enthousiaste ! J'en profite pour ajouter un échange récent :
Les trois piliers de l'amélioration de la productivité des peuplements de pin maritime sont le labour (+sous-solage), la fertilisation phosphatée et l'amélioration génétique. Le débat est très ouvert sur l'intérêt et les avantages-inconvénients de ces pratiques. La fertilisation et le travail du sol est sans doute à ré-évaluer car les travaux (sérieux) sont pour la plupart ancien, années 50-60... Gelpe a conduit des travaux courant des années 80 sur le travail du sol et Trichet sur la fertilisation dans les années 1990. Cordialement
Ma réponse :
Merci pour votre réponse au sujet du labour. Permettez-moi cependant d'y apporter quelques remarques innocentes.
L'intérêt réel du labour continue de m'échapper, mais merci encore pour votre réponse et, peut-être, pour la suite à notre échange. Bien cordialement,
013 Jacques Hazera le 28.08.2010 - 11:42 J'ai reçu hier, de la part d'un forestier qui préfère rester anonyme, la proposition d'hypothèse suivante : "'Je trouve votre propostion de débat sur le labour profond en parcourant "les nouvelles de la vallée du Ciron". Sur cette question j'ai une réponse à proposer : Le prix facturé à l'hectare est plus cher pour un labour profond que pour une scarification superficielle ou que pour rien du tout. Ca demande en outre beaucoup de puissance pour tirer le soc et sectionner les racines, donc beaucoup de carburant, bref ça fait marcher les affaires... Le résultat est très visible : il justifie la facture et flatte le propriétaire. Il se peut que ce soit du mauvais esprit...
Le débat devient intéressant !
014 Jacques Hazera le 02.09.2010 - 08:47 Nouvel échange tout récent : "''Dans un terrain pauvre et acide, on fait un labour profond pour faire pourrir herbe et détritus car si on faisait un labour léger, la graine ne trouverait pas d'humus pour vivre.
... à quoi j'ai répondu ceci :
015 Jacques Hazera le 05.09.2010 - 13:51 Voici une réponse de Gérard Augé que j'ai reçue sur ma messagerie personnelle : "J ai lu votre question dans la gazette et voici donc ma proposition de réponse. Le bon sens est :
Quand le sol est sableux il peut être soit très meuble (votre hypothèse... de bon sens bien sur, souvent le cas quand on ne l a pas abimé !) soit tres tassé (quand abimé souvent par d autres travaux agricoles ou forestiers... a développer plus bas , mon hypothèse d agronome pédologue...) soit divers intermédiaires que je ne détaillerai pas ! Les sols sableux, sont apparemment meubles mais selon leur granulométrie sélective présentent le défaut de ne pas se dé-tasser naturellement a cause de l absence d argiles de qualités gonflantes (qui sinon, vont entre humidité et sécheresse gonfler et se rétracter et donc se dé-tasser climatiquement...) Ici cela ne bouge pas si le sol est tassé, il va le rester. C est donc facile de le dé-tasser en un seul passage de labour profond, tout les 20 ou 30 ou 80 ans... Un sol sableux humide va facilement se tasser à tout passage d’engin, je suppose donc que lors de la coupe abattage puis enlèvement des grumes que les jours humides sont travaillés et donc systématiquement les forestiers dé-tassent pour... masquer, ne pas s embêter a étudier les sols ou faire autrement... et repartir sur de nouvelles bases mécaniques violemment enfouisseuses ! Cette hypothèse a confirmer localement est basée sur de nombreux cas pratiques et observations agronomiques en sols sableux dunaires souvent camarguais ou littoral méditerranéen où des pratiques en maraichages, récoltes humides etc tassent durablement les sols et l amélioration physique du sol passe alors par cette opération chirurgicale d un travail profond ou décompactions ou bien de sous solage... Cordialement
Qu'en pensent nos Landais ? Toujours rien ?
016 Jacques Hazera le 08.09.2010 - 12:56 La réponse d'Yves Lefèvre, spécialiste des sols à l'I.N.R.A. : Bonjour En général le labour est une pratique peu courante en foresterie, difficile à réaliser (encombrement rémanent, racine, piérrosité) il perturbe le sol (Mélange d’horizon, modification des structures, enfouissement de matière organique). Il ne se justifie que dans des cas particuliers qui sont le boisement de terre agricole et la décompaction de sol dégradés par le passage d’engin. En ligniculture du PM le principe est, après coupe rase puis friche pendant 2 à 3 ans, de repartir sur un terrain dégagé et préparé. Le labour, qui intervient après fractionnement au rouleau landais des rémanents et des accrus, est considéré (par les praticiens) comme la technique la plus simple. Les effets du labour sur le bilan minéral et organique du sol sont peu connus (voir article). L’enfouissement en profondeur de matière ligneuse entraine des modifications des processus de décomposition au dépend de humus. Cette activité biologique est par ailleurs affectée par des remontées de matériau stérile. Des techniques moins perturbantes sont possibles en travaillant avec les fraises rotatives sur 15 à 20 cm de profondeur. Certains outils admettent un encombrement résiduel mais le passage d’un broyeur est souvent nécessaire d’autant plus qu’il faut utiliser des fraises larges. En effet le risque de développement d’un système racinaire asymétrique est important en cas de travail linéaire étroit. Cette technique ne peut toutefois pas s’appliquer en cas de préconisation de façonnage de planche ou billons. Yves Lefeve ... et ma réponse :
Je vous remercie infiniment pour votre réponse au sujet du labour. En résumé, j'en retiens que nous autres Landais ne pratiquons le labour, malgré ses nombreux inconvénients, que parce qu'il serait "considéré (par les praticiens) comme la technique la plus simple". Je n'ai pas encore réussi, pour l'instant, à obtenir l'avis d'un quelconque praticien mais, d'après ce que vous écrivez, ces praticiens jugent donc que le labour serait plus simple que la régénération naturelle. Depuis une vingtaine d'années, j'ai fait quelques essais dans ma forêt. En régénération naturelle j'obtiens généralement 50.000 à 100.000 semis à l'hectare pour moins de 150 € de dépenses (cloisonnement compris), alors qu'une plantation sur labour coûte au bas-mot 800 €/ha pour 1.000 à 1.500 plants... d'où mes interrogations. Jacques Hazera
017 Jacques Hazera le 10.09.2010 - 05:04 Voici la première réaction de Christophe Drénou, dans l'attente de sa réponse : "Bonjour, C'est aussi un mystère pour moi. Je vais me renseigner auprès de mes collègues de Bordeaux et vous tiendrai informé.
Christophe Drénou
J'attends sa réponse... J'ai aussi posé ma question à d'autres chercheurs : Frédéric Danjon, Pierre Trichet, et autres spécialistes...
Que cette attente ne nous empêche surtout pas de labourer !
018 SPAGNOLINI VINCENT le 10.09.2010 - 06:00 Bonjour,
019 Jacques Hazera le 13.09.2010 - 10:21 Je n'ai pas d'éléments précis sur l'histoire de cette évolution des pratiques. Il me semble cependant :
Un historien nous renseignerait de façon plus détaillée... Jacques HAZERA
020 marc le 13.09.2010 - 21:05 Le système technicien, n'était-ce pas un des thèmes favoris de Jacques Ellul (de Pessac), qui, avec son ami Bernard Charbonneau, expliquaient que lorsqu'on inventait un outil, même non-nécessaire, on finirait toujours par l'employer un jour ou l'autre ? Détail amusant, leurs travaux datent d'entre les deux guerres, pendant que les tracteurs essayaient, comme tu l'écris, le labour mécanisé.
021 Jacques Hazera le 14.09.2010 - 09:04 Marc, avec cette référence au "système technicien" tu tapes en plein cœur du débat. J'avoue que je ne connaissais pas les travaux de Jacques Ellul, mais le peu que je viens d'écouter sur le Net m'a séduit : c'est exactement le problème de la monoculture intensive actuelle. Pour résumer : le tracteur ne libère pas du tout le forestier, mais il l'asservit au contraire ! Pour ceux qui voudraient approfondir : http://www.dailymotion.com/video/xczyxj_jacques-ellul-le-systeme-technicien_webcam Mais écoutons plutôt les défenseurs du labour (on est trop bavards, on ne leur laisse plus la parole !). Messieurs : à vous ! Jacques Hazera
022 Jacques Hazera le 15.09.2010 - 08:12 Alors, les laboureurs, je vous trouve bien timides : zéro réponse pour l'instant ! Puisqu'il faut vous aider, voici ce que vous auriez pu dire :
Ou encore ceci :
Voilà donc ce que vous auriez pu donner comme arguments. Ce sont des arguments officiels parfaitement estampillés. Toutefois, ces arguments auraient suscité de ma part quelques nouvelles questions. Exemples :
Allez les gars, courage ! Vous ne m'aidez pas beaucoup sur ce débat ! Vous avez la parole : n'hésitez pas à la prendre... et pendant ce temps, les tracteurs tournent, les euros changent de mains, et les pins tombent ! Jacques HAZERA
023 Bruno Layère le 18.09.2010 - 10:00
024 Jacques Hazera le 23.09.2010 - 21:28 Qu'est-ce qui vous arrive, amis laboureurs ?... Je vous trouve bien mous ! Savez-vous que tous les forestiers Landais tendent l'oreille ?... Et même en France, beaucoup vous écoutent !... On est impatients d'avoir votre avis !... Bon, je vois bien que vous n'avez pas envie de jouer avec moi. Alors je vais jouer tout seul, na ! Quelques petits trucs piochés ici ou là : - "Un labour, pour la vie du sol, peut être comparé au cumul d'un tremblement de terre, d'une inondation, d'un feu et d'un ouragan." D. Reicosky (U.S.D.A.) - "La minéralisation par le travail du sol est un moyen efficace de fertiliser les cultures mais, si elle est trop importante, elle consomme le stock d'humus. C'est comme un feu : plus on souffle dessus, plus ça brûle fort, et moins ça brûle longtemps ! Après un labour, la végétation est détruite, la vie du sol perturbée et la culture n'a pas encore de besoins importants : les nitrates sont lessivés." Frédéric Thomas (L'agriculture du carbone) - "Le travail du sol accélère la minéralisation de la matière organique : d'avantage d'éléments minéraux à court terme (souvent perdus) mais perte d'humus à moyen terme." Frédéric Thomas (L'agriculture du carbone) - "Le labour génère plus d'azote minéral que le semis direct. L'azote descend dans le profil avec l'eau des pluies d'automne-hiver, et va se perdre dans l'eau de drainage." Frédéric Thomas (L'agriculture du carbone) - "On aurait pu croire que le travail millénaire des paysans a eu pour but d’ameublir le sol pour permettre aux racines
- "C’est la vie qui forme le sol. La structure et la porosité sont surtout d’origine biologique. Le véritable but du travail
- "Il faut nourrir le sol, pas la plante." Anonyme À suivre...? Jacques Hazera
025 arnaud simple anonyme le 30.09.2010 - 08:24 Qui sommes-nous pour oser penser que la planète est ravie de notre labour? Croyez vous que les forêts primaires équatoriales et luxuriantes ou même la France, vaste forêt il y a encore quelques millénaires, ait eu besoin de tracteurs et de grands retournements pour se former?
Agissons juste pour le respect de toute vie, fût elle microbienne
026 Jacques Hazera le 02.10.2010 - 14:08 Nos amis les laboureurs totalement absents du débat sur le labour ! Offrez-vous de la com, les mecs ! Vous laissez ce débat comme une terre derrière la charrue : à nu ! Il est comme un sol après quelques décennies de labour : mort ! Essayons d'enrichir la discussion grâce à quelques éléments fertilisants à base de piment des Pijoulets : http://www.passerelleco.info/article.php?id_article=113 Vous verrez : c'est un entretien avec Claude Bourguignon. C'est un peu long, mais je vous le recommande. Vous m'en direz des nouvelles, amis de la charrue et du mutisme. Jacques HAZERA
027 Bertrand le 08.10.2010 - 20:20 Le Balancier ne s'arrête jamais...c'est ce qui fait la vie des hommes...tantôt à gauche, tantôt à droite. Il en est de même pour le labour tantôt en dessous , tantôt au dessus.Celà fait rêver et espérer mais surtout vendre du matériel;c'est le fond de commerce de nombreux adeptent aux changements. On sait que la mécanisation n'a pas était concue pour le bien être des sols...mais pour augmenter la productivité (toujours plus)les dizaines de tonnes courent sur les champs; on fabrique du bèton mais on verra bien. Les cover crop descendent plus profond que nos charrues des années 50...Nos 10-11" (25-30 cm)labourait à 2/3 de 28 = 18 cm maximum...de plus, on couvrait des matiéres organiques sous la bande de labour...quand je vois des 16-18 et 20 pouces à 30 cm retourner du vent ou des balles...et oui, les pailles ont été vendues. Il serait tant de changer les aberrantes aberrations si nous voulons transmettre nos sols en bon état à nos enfants.De plus, pas besoin de griller du fuel inutilement...on peut se contenter de retourner 2000 T de terre/ha plutot que d'en retourner 4000...
028 pif le 10.10.2010 - 10:05 {biPetit texteggrin}
029 Jacques Hazera le 10.10.2010 - 10:45 À Maître Pif : des solutions ? Rien de plus facile ! Quelques exemples en ce qui concerne la forêt landaise : retour aux semis naturels, abandon du labour, récolte de pins mûrs, chevauchement des révolutions, réduction des frais d'installation et des frais d'entretien, amélioration de la formation professionnelle, etc.. Vous trouveriez quantité de réponses à ces questions sur les bancs de mon école : http://www.Pijouls.com/blog/ Quant à la peur que j'ai, c'est celle de voir la forêt landaise partir en ruine à cause de l'intensification excessive, à cause de la monoculture stupide, à cause de la mécanisation à outrance, à cause de pratiques aveugles qui n'enrichissent que les intermédiaires, à cause d'une organisation absurde de l'industrie du bois, à cause du mépris de nos sols, etc.. Notre sol, c'est notre richesse, c'est notre capital réel, c'est lui le véritable outil de production de nos arbres. Notre sol est pauvre et acide, mais nous le maltraitons, ce qui l'appauvrit encore davantage. Ai-je répondu à votre question et à votre critique, Maître Pif ? Je vous invite à répondre à votre tour à ma question : quel est l'intérêt de labourer le sol en grande profondeur ? Merci d'avance de nous éclairer là-dessus ! Jacques HAZERA
030 Quercus-robur le 11.10.2010 - 07:58 Je me risque à une hypothèse (dont une partie a déjà été évoquée comme piste). Le labour profond, ne serait que la suite logique du labour, ayant évolué en fonction de la capacité des outils dont disposent les Entreprises de Travaux Forestiers. On en revient bien à la technique qui crée le besoin et non l’inverse. Si c’est bien de cela qu’il s’agit, la question pourrait alors être simplement : « pourquoi le labour ? » Il me semble que l'idée du labour est simplement venue à l'esprit de forestiers qui voulaient poser les graines de pins sur un sol propre et sans graminées concurrentes, ceci tout en rehaussant un peu la terre sur la butte du sillon pour semer plus haut en lande humide...
Et puis au fil du temps, le labour aurait trouvé une autre justification quand il s'est agi d'apporter un peu d'engrais dans le sol. Peut-être même que c'est en prétendant enfouir l'engrais plus profond, hors de portée des herbes qu'on a trouvé un motif à l’emploi de charrues opérant plus en profondeur. Et ensuite au moment où la plantation a remplacé le semis, il n’était plus question d'abandonner une pratique plus payante pour les ETF qu'une plantation sans labour... On avait acheté tracteurs et charrues pour semer, il faut bien les utiliser en plantations… Au final, on laboure pour faire travailler les tracteurs comme d'autres construisent autoroutes et LGV pour faire tourner les pelleteuses et les bull... Ce ne sont là que des hypothèses, mais elles ont le mérite de découler d'une certaine logique. Paradoxe de la sylviculture moderne, ce sont les même qui veulent exporter toute la biomasse pour en tirer profit et qui déstructurent les sols en dessouchant et en labourant qui ensuite préconisent les apports d’engrais... mais c’est un autre débat.
031 Jacques Hazera le 13.10.2010 - 09:58 Reçu aujourd'hui d'un autre anonyme (un chercheur connu, spécialiste des sols forestiers) : "J'aurais pu rajouter que le labour peut etre indispensable ... si on a tout detruit et compacté avant !
Au suivant ! Jacques HAZERA
032 pif le 13.10.2010 - 16:30 je suis ravi de vous avoir piqué.
033 Hercule le 15.10.2010 - 17:35 Pif le chien ? Ravi de te retrouver hors de la BD.
Suis pas très spécialiste, mais laisser faire la nature c'est vrai que c'est pas une invention "moderne".
034 Florence le 15.10.2010 - 20:05 Bonjour, j'aimerais bien avoir l'avis de pif. Je n'y connais pas grand chose et je trouve ces questions très intéressantes.
035 pif le 16.10.2010 - 12:46 bonjour à toutes et tous
Concernant la mécanisation de tous les travaux de pénibilité je ne crois pas que l'on puisse revenir en arrière , ce que faisaient nos grands -parents est révolu, et je suis sûr qu'aucun d'entre vous ne le ferait :
036 Quercus-robur le 16.10.2010 - 21:18 Pif,
A si, j'ai découvert que les autres que vous sont des "écolos" (je suppose que venant de vous, c'est une insulte) et qu'on vend un vent de panique aux médias. C'est toujours intéressant à apprendre. Mais le vent qui a couché des pins sur des dizaines de milliers d'hectares le 24 janvier 2009, c'était quoi comme vent ? Peut être pas un vent de panique, mais la panique ça l'a fichu dans les marchés du bois. Aussitôt et durablement. Alors si quelques forestiers cherchent à économiser sur un labour qui fragilise l'enracinement, ça ne me choque pas. S'il survient une autre tempête, au moins, ils ne perdront pas l'argent qu'ils n'auront pas dépensé pour labourer.
037 adiu le 17.10.2010 - 00:10 Jacques Hazera, opiniâtre, essaye d'instaurer un dialogue et si sa méthode vous énerve, Pif, elle commence en tout cas à fonctionner. Pour mieux continuer, je propose d'éviter les noms d'oiseaux ; argumenter est plus intéressant. Je crois qu'on a dépassé ce clivage manichéen entre "écolos" et "technos" depuis des années ; Les médias ont longtemps présenté le problème ainsi, et c'est sans doute, encore, un excellent moyen pour ne pas dialoguer.
038 Jacques Hazera le 17.10.2010 - 13:16 Maître Pif, Poser des questions et formuler des critiques ne constitue pas des provocations. Par ailleurs, j’ai le plus grand respect pour le monde agricole mais ce que je critique, c’est le système destructeur dans lequel il s’est laissé aliéner, à l’exemple des producteurs de lait. Or les forestiers se dirigent tout droit vers un système aussi pervers : on assiste à une perte de prospérité généralisée, où seuls quelques malins mieux placés parviennent à faire fortune... aux dépens des autres. Vous ne pouvez pas nier que le simple fait de labourer une terre perturbe obligatoirement l’habitat des vers de terre et des micro-organismes. Le sol est une zone d’échanges entre l’atmosphère et le sous-sol. Les vers de terre ont pour effet de créer, grâce à leurs galeries verticales, un réseau de communication entre les diverses couches du sol. Cela permet à l’air et à l’eau d’y circuler du haut vers le bas et inversement. Les micro-organismes ont d’autres fonctions, plus ou moins spécialisées. En perturbant cet habitat, le laboureur prend donc le risque d’appauvrir son sol, surtout s’il utilise des engins lourds : le tassement provoqué est d’autant plus profond, d’autant plus épais, et d’autant plus grave que l’engin est lourd. Ce tassement a des conséquences néfastes sur la circulation verticale des fluides dans le sol. Certaines terres sont plus fragiles que d’autres au tassement, mais toutes le sont en conditions humides. Gérard Ducerf le résume ainsi : « Le plus grand destructeur des sols, c’est l’essuie-glace ». Une fois que le sol est trop tassé, ni les vers de terre ni les racines ne peuvent plus y créer de nouvelles galeries. Du coup, les bactéries anaérobies deviennent dominantes et l’ensemble du système bascule alors. Ce fonctionnement en anaérobiose dégage des déchets toxiques (nitrites et méthane notamment, me semble-t-il). D’autre part, lors des grandes pluies, l’eau qui ne peut plus s’infiltrer en profondeur est contrainte de ruisseler à l’horizontale, notamment en surface, en entraînant une érosion et pouvant même provoquer les inondations catastrophiques auxquelles on assiste de plus en plus souvent lorsque l’ensemble d’un bassin versant a ainsi été maltraité. Toujours d’après Gérard Ducerf : « En 2007, 71% des sols français avaient perdu leur porosité ». De plus, le passage répété de la charrue provoque l’apparition d’une nouvelle couche infranchissable : la semelle de labour. En agriculture, on peut compenser provisoirement ces défaillances en n’utilisant le sol que comme un simple support neutre : on lui apporte alors tous les éléments chimiques dont la plante aura besoin, on irrigue, on draine, on détruit les parasites... On le met sous perfusion. Quoi qu’il en soit, l’agriculture réclame beaucoup de travail, et il sera en effet difficile de se passer du confort de la mécanisation maintenant que les habitudes sont prises : sur ce point, vous avez raison. Le cas est différent en forêt où, pour pousser, les arbres n’ont aucun besoin du tracteur, mais d’un écosystème en bon état : il suffit simplement au sylviculteur d’accompagner les processus naturels. Ma proposition consiste donc à ce qu’on retourne à une sylviculture plus économe et plus efficace... ou du moins qu’on étudie la possibilité d’y retourner. Pour ma part, j’ai vingt ans d’expériences très positives dans cette voie et je suis optimiste. De plus, en forêt, les arbres ont besoin d’un sol très épais pour tenir debout... une épaisseur que la charrue est bien incapable d’atteindre, même en labour profond ! Que vous reconnaissiez les dérives engendrées par les pratiques agricoles (« des efforts considérables sont faits depuis 10 ans en matière environnementale... ») c’est très bien, mais cela ne vous autorise pas à retourner l’arme vers la forêt. Même si les nitrates sont nécessaires à la vie de la forêt, vous ne pouvez pas dire que « les forêts produisent des nitrates » car ils sont principalement issus de l’atmosphère. Certaines plantes capturent l’azote atmosphérique dans des tissus spécifiques (sous forme ammoniacale me semble-t-il), et le conservent en stock à la disposition du milieu. Certaines bactéries fixent également l’azote atmosphérique. Cet azote n’est donc pas entraîné vers les nappes d’eau, ni sous forme de nitrate ni de nitrite ni d’ammonium... Bref, si les nitrates sont effectivement présents dans un écosystème forestier équilibré, ils n’y sont pas en excès ! Des villes comme Vittel ou Munich ont d’ailleurs organisé leur approvisionnement en eau potable grâce à l’excellente épuration qu’opèrent à peu de frais les massifs forestiers qui les entourent. Croyez-vous que ce serait possible dans des bassins d’agriculture intensive, ou d’élevage intensif ? Ou simplement dans des zones de surpâturage ? Savez-vous réellement ce que contiennent tous nos « bons » fromages A.O.C. ? Savez-vous que, dans les Pyrénées, les pâturages d’altitde sont parsemés de ronds d’herbe brûlée à tous les endroits où une bête a uriné ? Savez-vous que, en un demi-siècle, le surpâturage en a fait disparaître l’arnica (Arnica montana) et a rendu explosif le gispet (Festuca eskia) au détriment du nard raide (Nardus stricta) ? Savez-vous que lors de l’établissement de l’A.O.C. du Comté, les relevés floristiques recensaient 80 espèces de plantes et qu’il n’en reste plus qu’une dizaine aujourd’hui ? Comment expliquez-vous cela, Maître Pif ? Pour finir, je ne retiendrai de vos explications qu'une seule phrase : « La question du labour ‘profond’ en milieu forestier peut paraître effectivement inutile ». Merci ! Jacques HAZERA
Pour information, extrait de l’ouvrage « Vie microbienne du sol et production végétale » de Pierre Davet (éditions Quae) : « On observe donc, selon ce schéma, un flux permanent d’azote atmosphérique vers le sol, où il est fixé et transformé en une matière organique susceptible d’être indéfiniment recyclée. L’accumulation est évitée et l’équilibre rétabli, dans les écosystèmes naturels, par l’action d’organismes dénitrifiants qui assurent le retour à l’état gazeux de l’azote nitrique en excès. Il n’en est plus de même dans les systèmes d’agriculture intensive où les apports d’engrais azotés s’ajoutent à la fixation naturelle. Une partie seulement de la fumure azotée est utilisée par les cultures. Le reste, facilement entraîné par les eaux de pluie et d’irrigation, échappe aux organismes dénitrificateurs (dont il dépasse de toutes façons les capacités de transformation) et va polluer les nappes phréatiques. »
039 pif le 18.10.2010 - 21:06 A quoi bon dialoguer , la nature se défend très bien toute seule , les techniciens n'ont donc plus rien à dire sauf d'être jaloux des professionnels qui s'en tirent mieux qu'eux-mêmes semble t'il? le savoir-faire et l'expérience ne feraient'ils pas la différence?
pour les vaches qui font pipi, et ya de quoi de rire ,l'air serait vrai irrespirable!
040 Jacques Hazera le 19.10.2010 - 06:53 Après une lutte glorieuse Maître Pif, dépité, bât en retraite, lâche une ultime rafale de son vocabulaire en vrac, et rend les armes... Merci l'artiste !
041 Jacques Hazera le 05.11.2010 - 09:16 Un ami forestier m'a envoyé hier le message suivant : Pour le labour voici ce que j'avais relevé :
Ma réponse : Voici ce que m'inspirent les quatre objectifs que tu indiques au sujet du labour. 1)- "Démembrer le feutrage de rhizomes dense de la molinie" : je suis d'accord, et je crois même que c'est la fonction la plus ancienne, la plus universelle et la plus judicieuse du labour, molinie ou pas. C'est d'ailleurs ce qu'affirme Dominique Soltner ("On aurait pu croire que le travail millénaire des paysans a eu pour but d’ameublir le sol pour permettre aux racines de leurs cultures de s’y installer. Il n’en est rien. L’agriculture a été dans les siècles passés l’art de ne pas cultiver le sol, autrement dit de laisser la plante se débrouiller pour pénétrer le sol, l’essentiel étant de lui fournir un sol dégagé." ). N'empêche que le labour à 30 ou 35 cm de profondeur descend en réalité bien au-delà de la rhizosphère des graminées : environ 2 à 3 fois plus profondément (cf. les photos jointes). Là, il y a donc excès de zèle. D'autre part, pourquoi labourer tous les types de sols, même ceux où la molinie est absente ? Pourquoi labourer les sables purs ? 2)- "Assurer un bon mélange des horizons superficiels afin de réactiver l'humus brut et augmenter la rétention en eau" : à mon sens, le sol qui a le meilleur fonctionnement, c'est celui qui n'a subi aucune perturbation (aucun tassement par exemple). Labourer le sol ne peut être réparateur pour sa structure que dans le cas où on l'aurait abîmé auparavant (par exemple : exploitation de coupe rase avec un gros porteur circulant en tous sens). Bernard Jabiol dit : "Le labour peut être indispensable... si on a tout détruit et compacté avant !". C'est grâce à une bonne structure que la rétention en eau sera la meilleure (la macro-porosité). En l'émiettant après l'avoir retourné, on lui redonne provisoirement un semblant de structure, mais ce semblant de structure qu'on lui redonne artificiellement n'est pas du tout idéal : au lieu d'être "structuré", il en ressort "soufflé". La véritable structure d'un sol est le résultat d'un lent processus, et il ne la tient que de la vie qu'il abrite : racines des plantes, vers de terre, micro-faune, etc.. Si cette vie est absente, c'est dû généralement à l'excès d'acidité ; or ce n'est pas en faisant passer des tracteurs pour mélanger les horizons qu'on peut modifier l'acidité. D'autre part - indépendamment du tassement en profondeur provoqué par le simple poids de l'engin - le labour à 35 cm de profondeur ne mélange pas seulement les horizons superficiels. Dans le cas général, il remonte aussi de la terre stérile ; dans nos podzosols landais, à mon avis, il ne remonte certainement pas beaucoup d'éléments fertiles de l'horizon d'accumulation, ce dernier étant dans la majorité des cas proche de l'alios et hors de portée du soc de la charrue. Dans tous les cas, le soc descend moins profondément que certaines racines du pin. L'effet dopant du labour - qui est réel - ne vient à mon avis que du fait qu'il accélère la minéralisation de l'humus (peut-être par un effet d'oxydation ?... ou par l'action de champignons ?...) mais c'est forcément au prix d'une réduction du "capital de fertilité" du sol sur la durée : on choisit le court terme au préjudice du long terme. Or le bois de valeur est le bois mûr et sans nœuds, celui que produit l'arbre adulte ("l'usine à bois"), et non pas le jeunot ! En outre, accélérer la croissance des résineux n'est jamais une bonne chose pour les sylviculteurs ayant des objectifs de production de haute qualité, mais c'est encore pire dans le jeune âge car, ce faisant, on augmente le volume de branches et de bois juvénile (de mauvaise qualité technologique)... bois juvénile qui sera malheureusement présent au cœur des arbres lors de leur coupe, sans parler des nœuds. Pour fabriquer de la pâte à papier ou des panneaux de particules, ou même des palettes, ça n'est pas gênant... sauf que ce n'est pas ce type de production qui est à mon avis capable de rémunérer le sylviculteur, surtout dans un marché où l'on encourage la surproduction ! 3)- "Enfouir l'acide phosphorique pour le rendre disponible pour les racines" : même remarque que précédemment. Noter que cette opération (travail du sol et fertilisation) représente un coût important et que, avec un tel investissement au départ, la durée du cycle de production doit impérativement être très courte si on veut conserver un prix de revient inférieur au prix de vente. D'où la difficulté matérielle, en sylviculture industrielle, de fabriquer du bois de bonne qualité (un des critères de sa qualité étant sa maturité, qui est liée à l'âge de l'arbre). D'autre part, la majorité des processus naturels d'enrichissement du sol ne se font que par simples dépôts à la surface du sol, l'incorporation ne se faisant que très lentement : c'est le cas de la litière (feuilles mortes, brindilles, etc.). C'est cette lenteur qui garantit une richesse constante du milieu, et donc une croissance régulière et continue des arbres. 4)- "Ameublir sur 30 cm de profondeur afin de faciliter l'enracinement des plants provenant des pépinières" : ton hypothèse est intéressante (pour les plans issus de pépinière, colonisation du sol par leurs racines en deux étapes, du fait que leur système racinaire a été perturbé artificiellement et que les jeunes plants ont besoin d'un sol meuble pendant une phase de transition), mais cette hypothèse reste à démontrer. Moi j'ai plusieurs essais qui ne confirment pas cette hypothèse, avec des plants issus de pépinière mais installés sans labour, parfois simplement au milieu de la végétation déjà présente. Ces plants ont aujourd'hui entre 5 et 14 ans et, même si leur vigueur est moindre que sur labour fertilisé, la plupart d'entre-eux ont aujourd'hui une conformation bien meilleure, des branches fines, et en plus ils sont stables (ils n'ont pas bronché lors du passage de l'ouragan Klaus). Je me demande pour ma part si, en ameublissant le sol, on ne détériorerait pas la qualité de l'ancrage et si on ne cantonnerait pas quelque peu la prospection racinaire à la seule partie ameublie du sol. On sait bien qu'un simple passage de rouleau landais fragilise cet ancrage, or la charrue fait bien pire que le rouleau landais. Il arrive qu'on nous donne d'excellentes raisons pour faire d'énormes bêtises : c'est le cas par exemple des "regonflages" avec passage de disques lourds dans les interlignes (chose qui se pratique couramment, encore aujourd'hui), alors qu'on connaît très bien par ailleurs l'effet dévastateur que peut avoir cette opération sur le système racinaire des pins. D'après mon expérience, je concluerais ainsi : tous ces travaux lourds sont parfaits pour fabriquer de gros volumes de biomasse à toute vitesse, mais ils ne permettent généralement pas d'obtenir des bois de qualité ni des forêts stables. Certains des sylviculteurs qui donnent la préférence au volume sont peut-être enthousiastes sur cet itinéraire industriel, mais leurs performances s'effondrent un jour ou l'autre si la stabilité est déficiente... ce qui est le cas, et c'est ce qu'on vient de voir à deux reprises, en 1999 et en 2009 ! D'autre part, le coût de ces travaux me semble incompatible avec une rémunération correcte de l'investisseur. Le véritable risque, en forêt, est lié à l'ampleur de ces investissements. En un mot, comme disait Didier : "C'est une sylviculture de luxe pour un produit de merde !" Pardon pour la longueur ! Jacques HAZERA
042 Jacques Hazera le 17.11.2010 - 18:42 Reçu ce soir-même de Richard Fays (expert en bois et auteur d'une des premières réponses à ma question initiale) : Bonjour Mr Hazera
Il est en tout cas très compliqué de bien faire la part (exacte) des choses entre rentabilité économique (à tout prix ?) et une gestion raisonnée ou raisonnable n'affichant pas un retour sur investissement aussi rapide (mais peut-être toutefois plus rentable).
Les temps ont changé, et il semble dérisoire pour beaucoup de personnes, de se passer des moyens techniques actuels.
Le labour a sans doute des raisons d'être dans des terrains qu'il faut enrichir ou trop tassés et soumis aux ruissellement et lessivage, mais ce n'est pas fréquent en Europe.
J'ai encore eu l'ocacsio nde bondir voici peu en écoutant TF1 relater les déboires des forestiers landais face au bistryche. Après une tempête, beaucoup d'arbres ont souffert et ce n'est pas parce qu'il est resté debout que l'arbre est indemne. il peut être criblé de "coups de vent", ce qui signifie d'infime cassures qui vont se retrouver sur les débits et ceux-ci secasseront. les fibres sont généralement très malmenées.
En résumé, je suis plutôt de votre avis, surtout pour le respect à apporter à la forêt et aux arbres (et ses autres habitants). la submerger de moyens techniques comem on le fait ne constitue pas un erspect, mais un pillage. Cordialement Richard Fays
043 Jacques Hazera le 30.11.2010 - 11:49 Message reçu jeudi dernier d'un ami sylviculteur : Je profite d'un temps à pas mettre un sylviculteur dehors et d'un peu de répit dans mes activités, pour mettre à jour ma boite mail et répondre (enfin !) à ceux qui n'exigeaient pas une réponse urgente. J'avoue que la deuxième tempête me rend dubitatif sur bien des aspects de notre sylviculture... Déjà, en dehors des tempête, il me semble qu'il nous fallait faire un compromis entre des choses contradictoires ;
La rentabilité annuelle/ha de notre activité c'est ;
On peut essayer d'agir sur chacun des 3 ou 4 paramètres pour jouer sur le revenu :
Bref, il ya beaucoup de stratégies possibles, et j'avoue que je ne sais pas encore comment vont s'orienter mes choix dans les années futures certainement un mix de tout ça, et une adaptation la plus souple possible aux marchés, au contexte, et à la station forestière... on a du pin sur la planche pour essayer de répondre à toutes ces questions !!! à bientôt
044 Jacques Hazera le 30.11.2010 - 12:01 Reçu samedi d'un autre ami : Bonjour à tous, J'ai reçu avec plaisir votre échange d'analyses, et je sors donc la tête de mes chantiers pour vous dire un petit bonjour et essayer de m'immiscer dans ce débat technique et économique tout à fait intéressant et indispensable aprés cette décennie catastrophique pour la forêt de pins maritimes. Si j'étais encore au conseil, je serais bien incapable de savoir comment orienter judicieusement les candidats au reboisement alors que je n'avais aucun doute pendant mon activité avec vous. Les deux ouragans, les problèmes sanitaires consécutifs et surtout l'évolution des prix de vente et du marché du bois de pin obligent à changer le fusil d'épaule. Je partage tout à fait les arguments de Manu en ce qui concerne les paramètres de la sylviculture, comment réduire les coûts compte tenu du long temps nécessaire d'investissement, de l'incertitude de conduite à terme du boisement, et enfin de la soumission à un marché maintenu captif par les quelques utilisateurs encore actifs. On est comme ces agriculteurs désormais de plus en plus dépendants des grands groupes agro-alimentaires et de la grande distribution avec de surcroît tous les risques énormes inhérents au long temps de production. Alors on est tenté de privilégier le moindre investissement et on pense à la régénération naturelle dont le coût n'est pas si négligeable quand on veut bien réussir, cela nécessite à un moment un travail manuel de dépressage peut-être difficile à faire exécuter aujourd'hui. Les plantations modernes paraissent bien mieux maitrisées par les entreprises mais elles ont un coût plus important et en dépit de l'amélioration génétique, elles ne donnent pas toujours de bons résultats sur la forme à cause sans doute d'un départ trop rapide qui exacerbe les défauts et d'une géométrie de mise en place trop rectangulaire (4m ou 4,5m sur 2m ou 2,5m) alors qu'il serait plus judicieux de planter au carré (exemple 3m sur 3m attesté par anciens essais INRA), on se rapproche ainsi des conditions de départ du semis naturel où les sujets sont souvent mieux répartis quand l'abondance est obtenue. Enfin, faudra-t-il encore attendre longtemps pour respecter, voire intégrer, des feuillus dans les reboisements, en particulier les chênes pédonculés biens adaptés aux landes saines et humides. C'est la médecine douce capable de mieux protéger les pins contre ses insectes et ses maladies, voire même d'atténuer certains vents violents et aussi de participer activement à la biodiversité combien nécessaire au bon équilibre de la forêt et au bénéfice de l"essence principale. Peut-être faut-il apporter ces feuillus, quand ils ne sont pas présents, par le semis moins onéreux, plus naturel, et plus volontaire au départ que la plantation luxueuse avec protection gibier. Voilà quelques réflexions rapides que je soumets à votre grande sagesse pour alimenter le débat qui doit avoir lieu entre nous au Sud-Gironde ; c'est toujours de là que la lumière arrive et même si on a un peu fait fausse route, il faut encore essayer de repartir dans le bon sens et surtout d'en faire preuve. Au plaisir de vous voir à la réunion du 13 décembre. Bien amicalement.
045 Jacques Hazera le 30.11.2010 - 12:13 En réponse à mes deux amis : Je suis ravi que tu prennes part au débat, et je suis d'accord à 100% avec ton analyse... sauf sur un seul point : le coût de la régénération naturelle. Contrairemnt à toi, je crois justement qu'il ne faut surtout pas dépresser. Le dépressage est une opération qui, de mon point de vue, est néfaste. La grande densité de sujets qu'on peut obtenir en semis naturel offre trois avantages décisifs (et gratos !) du fait même de la compression :
En résumé : moins tu bosses et plus tu gagnes ! Sans compter que des feuillus apparaissent souvent de façon éparse au milieu des jeunes pins, mais que tu peux également introduire un peu d'enrichissement ici ou là (divers chênes, châtaigniers, sorbiers, bouleaux...), à la canne à planter, sans travail du sol (ça marche très bien). En procédant de cette façon, j'ai obtenu plusieurs peuplements naturels pour lesquels j'ai déboursé bien moins de 100 €/ha, cloisonnement inclus. Quelques autres éléments de réflexion personnelle. - Le labour accélère la minéralisation de la matière organique, ce qui augmente la vigueur des pins dans leur jeune âge. Malheureusement, cette vigueur exacerbe leurs défauts : davantage de courbures, branches plus grosses... Le labour n’enrichit pas pour autant le sol car il n'apporte aucun élément nutritif : il ne fait que provoquer une brusque décapitalisation des réserves du sol par minéralisation d'une partie de l'humus ; c'est une façon de jeter la nourriture par les fenêtres ! La productivité globale sur le long terme dépend surtout de la richesse initiale du sol, à laquelle s'ajoute la fertilisation qu’on lui apporte éventuellement (toutes choses étant égales par ailleurs : climat, régime hydrique, sylviculture...). Bilan : non seulement le labour est un investissement coûteux qui ne te fait rien gagner en volume à long terme, mais en plus il te fait même perdre en qualité. - Choisir de labourer, ça t’oblige à respecter une période de jachère après la coupe rase afin de pouvoir préparer correctement le terrain. Bilan : tu perds toute la durée de cette jachère en autant d’années de production. - Si tu raccourcis la révolution, cette jachère prend proportionnellement d’autant plus d’importance, car la durée de cette jachère est quasiment incompressible. En effet, si tu cherches à en diminuer la durée, tu prends des risques au plan sanitaire (hylobe) comme au plan mécanique (casse du matériel). - En choisissant de labourer, tu engages des frais importants. Pour des raisons de rentabilité économique, l’importance de cet investissement t’empêche alors d’adopter une révolution suffisamment longue pour pouvoir réellement produire du bois de haute qualité (au cas où l’envie t'en prendrait). - Cet investissement représente autant d’argent placé en situation de risque. - En plus de la dépense monétaire et des problèmes de stabilité, le labour entraîne aussi une consommation importante de fuel et un largage considérable de CO2 (issu de l'humus) dans l’atmosphère : c'est de la nourriture qui s'envole, et du carbone qui retourne augmenter la pollution, et c'est contradictoire avec l'argument dont on se gargarise (le piégeage du carbone). - Plus tu raccourcis les cycles et plus tu détériores le sol... c'est à dire ton outil de production. Ce n'est donc pas un procédé pérenne. - En raccourcissnt les cycles, tu réduis automatiquement tes ambitions sur les objectifs de production : tu t'orientes vers la production majoritaire de bois petits... et souvent vilains ! Quelques exemples en chiffres : - en intensif sur 40 ans : prix de revient d’un mètre-cube de pin maritime lors de la coupe finale ≈ 5,37 €/m3 – T.I.R. ≈ 3,50% – Risque mis en jeu à mi-parcours (valeur des bois à 20 ans) ≈ 4722 €/ha (moyennes calculées sur quatre itinéraires intensifs classiques de 40 ans) ; - en naturel sur 62 ans : prix de revient d’un mètre-cube de pin maritime lors de la coupe finale ≈ 3,21 €/m3 – T.I.R. ≈ 3,80% – Risque mis en jeu à mi-parcours (valeur des bois à 31 ans) ≈ 3597 €/ha (moyennes calculées sur quatre itinéraires de 62 ans). Dans ce dernier exemple (en naturel), je n’ai pas tenu compte des quelques années qu’il est possible de récupérer au départ mais, en réalité, il faut lancer la régénération naturelle bien avant la coupe rase (au lieu de 62 ans, il serait donc plus exact de faire le calcul sur 60 ans seulement, ou même sur 58 ou 55, voire moins…). Concernant le prix des bois, j’ai pris des paramètres identiques tout au long de l’itinéraire. Pour la coupe finale par exemple, j’ai adopté 35 €/m3 dans tous les cas (intensifs et naturels), malgré des objectifs de production très différents. Jacques Hazera
046 Jacques Hazera le 07.12.2010 - 18:56 Tout le débat ! L'ensemble du débat sur le labour peut être téléchargé sur mon blog à l'adresse suivante : http://www.pijouls.com/blog/jacques-hazera/sylviculture/pin-maritime/2010/12/07/le-debat/. J'ai rassemblé tous les échanges qui ont eu lieu sur les différents forums, ainsi que sur ma messagerie personnelle, dans un seul document de synthèse intitulé "Le débat". Merci à tous !
047 Jacques Hazera le 07.12.2010 - 18:59 Erreur d'adresse... http://www.pijouls.com/blog/jacques-hazera/sylviculture/pin-maritime/ Dans mon message précédent, il y a eu une erreur dans l'adresse de la page consacrée au sujet... Marc, peut-être pourras-tu me venir en aide ?... D'avance merci !
048 marc le 07.12.2010 - 20:39 Désolé, Jacques, c'est un automatisme du système qui convertit les dates formées de chiffres et séparées par des "/" dans les url (les adresses web) sous une forme plus humaine : "mardi, 7 décembre..." Je n'ai jamais su demander à au système de cesser de prendre cette initiative !
049 Jacques Hazera le 11.12.2010 - 14:00 La diffusion, mardi dernier, de la synthèse du débat a immédiatement suscité quelques réactions intéressantes que j'ajouterai prochainement, sous la forme d'un épilogue, à la synthèse initiale. Je me contente de ne rapporter ci-dessous, aujourd'hui, que la dernière en date. Elle est signée de Gilles de CHASSY : "Comme vous-même, je suis déçu et perplexe par l'absence de réponse de l'INRA, comme celle des entreprises sur les avantages réels du labour profond. Alors qu'il va falloir reconstituer au minimum 200.000 ha sur notre massif et que chacun doit être bien conscient comme vous le soulignez, que désormais les risques de cet investissement nous conduisent à minimiser les coûts de reboisement, la question du labour se doit d'être impérativement posée. Sachez que je suis très sensible aux 2 arguments que vous exposez :
- l'autre économique relatif aux entreprises, qui lourdement équipées, continuent à pratiquer le labour profond sans étude préalable de la station et de la nature du sol et sans concertation avec le propriétaire, au nom de la bonne pratique sylvicole que l'on ne remet pas en cause. Il en va donc aussi de la responsabilité du propriétaire donneur d'ordres. Continuez donc à faire œuvre utile en nous aidant à réfléchir à une époque de profonds bouleversements pour notre Massif et de grands questionnements sur son avenir. Merci et cordialement. Gilles de Chassy"
050 Jacques Hazera le 15.12.2010 - 23:58 Fin du débat. Lisez l'épilogue (à partir de la page 26) : http://www.pijouls.com/blog/jacques-hazera/sylviculture/pin-maritime/2010/12/15/le-debat-epilogue/%% On y trouve quelques nouvelles réactions plutôt intéressantes. Jacques Hazera
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