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La Sylviculture Naturelle et Continue
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001 Jacques Hazera le 19.09.2009 - 09:55 {La Sylviculture Naturelle et Continue} ''La Forêt des Landes est une réussite magnifique, mais récente, installée de main d’homme au cours du XIXème siècle. Face à certaines dérives qui la menacent aujourd’hui, un petit groupe de forestiers a mis au point la « sylviculture naturelle et continue », profondément inspirée par Pro Silva.'' 1)- Pro Silva
Diverses associations nationales ont ensuite vu le jour telles que, en 1990, Pro Silva France. Le Président actuel, qui a succédé en 2008 à Brice de Turckheim, est Alain Givors, également expert forestier. Pro Silva a tout à la fois une vocation intellectuelle (réflexions sur les principes, confrontation de points de vue, analyse des techniques sylvicoles, etc.), une vocation pédagogique (diffusion de bonnes pratiques, visites d’essais), et une vocation politique (orientation de la filière). Elle a des liens étroits avec l’Association Futaie Irrégulière dont la vocation est plus technique (mise en place d’essais, mesures dendrométriques, analyses économiques, etc.). Citons deux adresses, et quelques ouvrages de référence :
· Objectifs : amélioration tous azimuts
Améliorer la rentabilité forestière : l’amélioration de la rentabilité économique est un objectif sans cesse réaffirmé par Pro Silva. C’est même l’objectif principal, celui dont découlent les autres (stabilité, santé et productivité). Améliorer l’écosystème, outil de production : le véritable outil de production du forestier, c’est l’écosystème. Seul un écosystème en bon état permet une production pérenne et satisfaisante. L’amélioration des milieux – ou, à tout le moins, leur maintien en bonne santé – permet donc d’en attendre les performances optimales à long terme. Améliorer le capital sur pied : l’amélioration du capital sur pied consiste à ajuster le difficile compromis entre plusieurs paramètres, l’idéal étant un capital sur pied de haute qualité et de forte productivité, mais de volume réduit. · Moyens : optimisation à tous les niveaux
Citons rapidement quelques principes simples mais essentiels permettant d’aborder aisément n’importe quel boisement. Alliance avec la nature :
Rôle du gestionnaire :
Détails pratiques :
Aspects économiques :
Cette sylviculture n’est pas figée : ce n’est pas une église campée sur son dogme, mais c’est au contraire un ensemble de bonnes recettes mises en commun. Ce n’est pas une théorie qui s’impose au réel, mais l’inverse. Pragmatisme et résultats sont les juges de paix. Chacun peut mettre en place ses propres essais et faire partager sa contribution. · En bref
2)- La « sylviculture naturelle et continue »
Le pin des Landes. En tant qu’essence de lumière, Pinus pinaster a ses exigences, mais il sait aussi se contenter de très rudes conditions : sécheresse, hydromorphie, chaleur, gel, aridité du sol, gemmage, maltraitance… Brave pin maritime ! Le vrai bon pin est sec comme un Landais. Il est rustique, se nourrit de peu et, dans ces conditions, il fournit un bois de toute première qualité, d’ailleurs très apprécié dans le passé. Ce qu’il n’aime pas c’est un sol trop riche. Il ne supporte pas de pousser vite, devient obèse et mou, adipeux, gras, bedonnant, plein de barbot, tout juste bon pour la pâte à papier. Le propriétaire Landais. Nous les Landais, nous avons été capables, plusieurs fois en deux siècles, de transformer de fond en comble notre pays et notre mode de vie : nous avons su passer du pastoralisme à la production de résine, puis à la production de bois. Pourtant, du fait d’un héritage culturel peut-être trop récent en matière forestière, sans doute sommes-nous allés trop loin car, aujourd’hui, sous l’effet d’une sylviculture de surproduction, le propriétaire rencontre d’énormes difficultés pour écouler dignement son bois, dont une énorme part échoue en trituration et en caisserie. Un rapprochement simple donne la mesure du déclin : en 1970, un mètre-cube de joli bois d’œuvre valait 76 heures de travail (250 F/m3 pour un S.M.I.C. de 3,27 F/heure) alors qu’à l’automne 2008 ce pauvre mètre-cube de pin n’en valait plus que 4 (35 €/m3 pour 8,71 €/heure). Prenons pour base le salaire mensuel (pour tenir compte de la diminution du temps de travail) : c’est 16 fois moins ! En outre, alors que le pouvoir d’achat du bois s’est ainsi effiloché en quatre décennies, les frais de sylviculture se sont multipliés du fait de l’invention de nouveaux travaux, facturés selon le prix de la vie et non pas selon le prix du bois. La filière landaise. Malgré des conditions stationnelles assez contraignantes, la sylviculture actuelle est très productive. C’est une monoculture intensive qui est pratiquée aujourd’hui, sur la base d’un modèle standardisé directement dérivé de l’agriculture. Ce modèle permet d’alimenter, de l’amont jusqu’à l’aval, l’ensemble de la filière : assainisseurs, arracheurs de souches, sous-soleurs, laboureurs, pépiniéristes, planteurs, nettoyeurs, débroussailleurs, élagueurs, tritureurs, avaleurs de petits bois, déchiqueteurs, ainsi qu’un certain nombre de gestionnaires, de négociants, de directeurs, de contrôleurs, etc.. Cette monoculture tourne à un rythme accéléré mais le propriétaire – principal investisseur – n’a pratiquement pas accès aux dividendes. Le propriétaire est-il bien conseillé ? Est-il bien représenté ? Est-il bien informé ? Est-il bien formé ?… Quel intérêt peut-il bien trouver à maintenir cette activité dont il est ouvertement considéré comme la vache à lait ? Le Massif des Landes de Gascogne. Les Landes sont un ensemble à la fois homogène et varié. La monoculture intensive du pin y est largement dominante, avec d’énormes trouées consacrées à la monoculture intensive du… maïs. Des ravageurs y prospèrent sans rencontrer d’obstacles, tels que la pyrale du tronc (Dioryctria sylvestrella), la chenille processionnaire du pin (Taumetopoea pityocampa), le fomès (Heterobasidion annosum), ainsi que les cervidés. La proximité avec les grandes cultures crée de graves déséquilibres sur les lisières. D’immenses surfaces de feuillus sont passées en coupe à blanc afin d’être transformées en pineraies. L’entretien des plantations se fait par éradication systématique de la flore adventice et par destructuration profonde du sol. La mécanisation à outrance gagne du terrain elle aussi, sans rencontrer d’obstacle. On est donc bien loin de tirer parti comme il le mérite de ce beau massif homogène et varié, unique. Mise au point d’une alternative
L’ouragan Klaus a permis à un petit groupe, soutenu par Pro Silva, de formaliser une nouvelle approche. Cette alternative n’est pas née soudainement, mais elle est issue d’un certain nombre d’expériences réalisées depuis une vingtaine d’années. Il s’agit en particulier de régénérations naturelles (ou plutôt semi-naturelles, car provoquées au rouleau landais) ainsi que, par exemple, de reboisements sans labour, ou de plantations avec travail réduit du sol, ou de techniques mixtes : plantations complétées par semis naturels, semis naturels avec enrichissement, etc.. Les résultats probants de ces essais, notamment au plan économique, nous ont constamment encouragés à persévérer, et la régénération naturelle massivement présente sous les chablis de Klaus nous a confirmé que nous étions dans la bonne voie. La formalisation théorique de cette nouvelle approche a été en gestation pendant plusieurs années à partir de 2004. Outre les essais déjà mentionnés, et outre les apports précieux de Pro Silva, cette formalisation s’est nourrie de la préparation d’un B.T.S.A. (option Gestion Forestière), d’une pratique expertale, de la participation à des stages, à des débats et à des salons, puis d’interventions et de conférences auprès de divers organismes (Mémoire, Culture et Développement, Colegio de Ingenieros Técnicos Forestales, École Nationale d’Ingénieurs des Travaux Agricoles…). La « sylviculture naturelle et continue »
En réalité, cette sylviculture apporte peu de changements aux pratiques habituelles du Massif, mais il s’agit de changements d’importance majeure, les deux principaux étant :
Quoique modestes en apparence, ces deux changements – dont la mise en œuvre, aisée, est très économe – entraînent des conséquences très importantes, notamment sur le plan économique, comme on peut le lire en détails sur la fiche intitulée « Le T.I.R. ». Quelques autres changements ont une grande importance également : tel est le cas par exemple de l’absence de dépressage ou des effets du cloisonnement. Cette sylviculture permet de produire à peu de frais des bois de haute valeur et de ne les couper que lorsqu’ils sont vraiment mûrs, chose impossible en monoculture intensive. Les jeunes peuplements sont maintenus denses, au cours d’une phase de compression indispensable qui permet une excellente sélection naturelle et une parfaite éducation des meilleurs sujets. Plus tard, en phase de production, on se contente de ne conserver qu’un petit nombre de tiges d’élite qu’on met alors en croissance libre. C’est pendant cette phase-là, hors concurrence, qu’ils produisent à plein régime le bois sans nœud de haute valeur seul capable de rémunérer le producteur… sous réserve d’un marché sain. Ces vieux arbres en peuplements clairs, peu nombreux mais en pleine production, permettent à la régénération de s’installer sans frais sous leur abri et, le jour où survient l’ouragan, la relève est déjà là. D’une manière générale, les frais sont réduits et les recettes augmentées. Les volumes commercialisés voient diminuer la proportion des petits bois. Les opérations inutiles ou néfastes sont supprimées. Les tracteurs tournent moins… à l’inverse des neurones : les milieux sont préservés et le forestier gagne mieux sa vie. La sylviculture se rapproche de ce qui se pratiquait jadis. Elle redevient alors une activité pérenne et prospère. 3)- Conclusion
Malgré ce qu’on nous fait miroiter, les perspectives du « bois-énergie » ne sont guère plus encourageantes que ce qu’offre aujourd’hui la trituration. Chauffage, co-génération, bois de feu, déchiquetage, bois raméal fragmenté, etc. : évitons d’adopter comme objectifs la production de déchets, mais réduisons plutôt leur part. Un marché sain n’est pérenne qu’à condition de créer de la richesse, que cette richesse soit partagée de façon équitable, et que l’outil de production soit maintenu en bon état : la condition première pour la pérennité est une prospérité commune. Il est impératif que la filière du pin maritime en Aquitaine retrouve la voie d’une prospérité durable : il faut collectivement produire de la richesse, et non pas seulement se disputer des miettes. Créons une ressource de bois de très haute qualité, car l’odeur de la chair fraîche ne manque jamais d’attirer les gourmands !
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