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La poule
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Jacques Hazera    le 28.08.2009 - 04:05

{La poule}

''Qui a la poule a l’œuf et qui a l’œuf a la poule.
Quel rapport avec la forêt ?''

La poule aux œufs d’or
D’aucuns acquièrent un poussin et l’élèvent jusqu’à l’âge de jeune rôti.

D’autres prolongent la vie du jeune rôti afin d’en faire un mets plus dodu.

Les plus fous font en sorte que leur rôti ponde un œuf chaque jour.
Le rôti avalé, certains n’en ont plus que les os. D’autres ont encore la poule, et ses œufs, et ses poussins, et poulets et rôtis.

Le blé en herbe
Tant-pis si dans la fable le coq est oublié !

En forêt d’aucuns plantent et coupent à tout-va, mais les jeunes tiges qu’ils récoltent les laissent sur leur faim.

D’autres prolongent la vie des jeunes tiges afin d’en faire du bois d’œuvre, mais après la récolte il leur faut planter encore.

Les plus fous se contentent de récolter les fruits, préservant avec soin le capital intact, sol, pins, semence, poule...

« Objectif : bois d’œuvre à 40 ans »... mon œil !
C’est une erreur de regrouper des activités différentes sous une même appellation. Ainsi, la « production de bois » ne représente pas la même chose s’il s’agit d’une forêt jeune ou d’une forêt âgée.

Le matériau qui est fabriqué pendant la jeunesse des pins n’a que de médiocres qualités technologiques, pour une valeur commerciale à peu près nulle. Nommons cela « biomasse ». À l’inverse, le bois de première qualité et de valeur marchande élevée ne peut provenir que de pins âgés et mûrs, ayant poussé lentement, et gemmés si possible.

Ce que fabriquent les arbres jeunes, ce n’est pas du bois, mais c’est une usine : ils se construisent en tant que future usine à bois. Ces pignots ne fabriqueront véritablement du bois que plus tard, lorsqu’ils seront suffisamment bien éduqués, âgés, et gros. Et pourtant, la monoculture intensive consiste à couper en herbe ces jeunes arbres bien avant qu’ils soient devenus des usines en état de produire. Elle incite donc le propriétaire à faire de gros investissements pour construire une usine, mais à détruire cette usine avant même qu’elle ne se mette en marche… puis elle le pousse à recommencer l’opération. Pour nous convaincre de l’absurdité de la chose, et même si le marché actuel du pin maritime fait exception, citons une observation d’un expert forestier célèbre : « La valeur unitaire d’un bel arbre, au mètre-cube, double tous les quinze à vingt ans. »

Récolte à quarante ans et le propriétaire, vache à lait ou pigeon, se sera « lui-même ôté le plus beau de son bien. »

Basse-cour de tous âges : le « traitement irrégulier »Certaines approches sylvicoles – les plus intelligentes à mon sens – préconisent de prélever en continu l’accroissement. Supposons par exemple qu’une station produise 10 m3 de bois chaque année ; le gestionnaire viendra couper 50 m3 tous les cinq ans, ou bien 80 m3 tous les huit ans, c’est à dire l’accroissement accumulé pendant cinq ans, ou pendant huit ans. Si sa forêt est en cours de constitution, il en prélèvera moins. Au contraire, si son capital est trop important, il en prélèvera plus, l’objectif étant que son usine à bois atteigne un certain volume d’équilibre déterminé avec soin – ni trop important ni trop faible – pour qu’elle tourne au régime optimal et avec des risques réduits.

Seuls les gros arbres ont vraiment du prix et, pour devenir gros, ils ont besoin de place : il faut donc peu d’arbres. Le secret réside dans le judicieux dosage de la charge en capital. La charge en capital est un élément fondamental qui détermine tout mais, grâce à l’intelligence de son marteau, le bon forestier corrige et améliore sans cesse capital, lumière, qualité du bois, régénération, équilibre du milieu, risque sur pied, recettes… « Planter n’est rien, mais savoir couper ! »

Un tel système permet de lever chaque jour un œuf, tout en conservant la poule. Celui dont la basse-cour est trop chargée mettra quelques poules au pot. Dans le cas contraire, il en laissera couver quelques-unes afin de préparer la régénération. Le nombre de ses têtes sera lié aux conditions d’élevage, à la surface disponible, à la quantité de nourriture, etc..

Au bout de quelques éclaircies, le volume récolté aura atteint celui qui reste sur pied. Ainsi, après avoir prélevé à 5 reprises 50 m3 tous les 5 ans, on aura récolté l’équivalent du capital : 250 m3 dans cet exemple. La « rotation du capital » est donc ici de 25 ans. Autre exemple : si on prélève tous les dix ans un tiers du volume initial, la rotation du capital est de 30 ans.

Ce système tout bête est fort intelligent. Au bout d’une rotation du capital on aura donc récolté autant qu’en coupe rase, mais en outre :
- on aura conservé ce capital ;
- on l’aura amélioré ;
- on aura vendu surtout des gros bois ;
- on aura permis à la régénération de s’installer sans frais ;
- on aura fractionné le risque ;
- en cas de sinistre, on bénéficiera d’une résilience et d’une souplesse exceptionnelles.

Ce système tout bête s’appelle le « traitement irrégulier ». À côté de ses nombreux avantages il est relativement exigeant. Il est indispensable par exemple que le gestionnaire ait quelques compétences en foresterie, et que les intervenants travaillent avec soin… c’est à dire qu’ils fassent leur métier dans les règles de l’art, tout simplement ! De plus, les essences de lumière telles que le pin maritime ne se prêtent pas toujours de très bon cœur à cette gymnastique si on hésite à employer pour les convaincre toutes les douceurs de la psychologie.

Face à ces contraintes, il a paru judicieux de mettre au point un moyen terme entre le traitement irrégulier et les pratiques habituelles du Massif Landais : la « sylviculture naturelle et continue ».

La « sylviculture naturelle et continue »
Le principal détracteur de la « sylviculture naturelle et continue » – que je salue au passage – prétend qu’elle ne consiste qu’à revenir à l’antique « forêt jardinée » comme autrefois en Lot-et-Garonne… mais a-t-il lu les bons auteurs ?

Adressons-nous plutôt à ceux qui ont des oreilles. La sylviculture de cette fameuse « forêt jardinée » traditionnelle du Lot-et-Garonne présentait entre autres défauts celui de pratiquer une sélection à rebours. Cette forêt, de structure irrégulière, était traitée d’une façon inadaptée car on y prélevait les gros bois, mais sans se préoccuper d’amélioration. À force de couper aveuglément des gros bois sans chercher à améliorer la qualité générale, ce sont évidemment les familles les plus médiocres et les moins vigoureuses qui finissent par devenir majoritaires.

La « sylviculture naturelle et continue » préconise au contraire une sélection sévère afin d’améliorer en continu la qualité des peuplements. Tout en conservant une grande simplicité de mise en œuvre, elle intègre un certain nombre des avantages du traitement irrégulier, dont elle s’inspire très profondément. Elle est à la portée de quiconque a un peu de doigté, de bon sens, d’intuition… quelques capacités d’écoute, d’observation… et qui aime un peu les arbres.

Elle propose de conserver une gestion par classes d’âge et coupe rase, mais en apportant toutefois quelques modifications à ces pratiques habituelles afin de les optimiser. Les deux modifications fondamentales sont :
- la priorité de la régénération naturelle sur le reboisement artificiel ;
- le chevauchement des générations, au lieu de la jachère après coupe rase.

À elles seules, ces deux mesures apportent d’énormes avantages, mais citons-en aussi deux autres :
- l’ouverture d’un cloisonnement, basé sur des bandes boisées larges ;
- l’adoption de la sélection naturelle, basée sur l’absence de dépressage.

Concluons
La « sylviculture naturelle et continue » vous permet, eh oui ! de prolonger la vie de votre poule jusqu’à sa pleine maturité, en levant un œuf chaque jour, et d’obtenir à peu de frais des poussins qui feront plus tard et belles poules et poulets et rôtis.

Jacques Hazera

 

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 modif | admin • màj : 28 août 2009 à 06h05