L'expérience récente de confrontation entre Adiu Sud Gironde, qui représente les "nouvelles" pratiques de communication, et le maire de Villandraut, dont les méthodes de gestion communale me paraissent pour le moins surprenantes, est très intéressante : je pense que, toutes proportions gardées bien sûr, on voit les mêmes affrontements à l'échelle nationale, et ailleurs aussi dans le monde. Le gouvernement Sarkozy et son Hadopi, c'est Dominique Pairoys et ses plaintes répétées contre les internautes qui s'expriment sur Adiu. Le premier comme le second craignent que ces outils auxquels ils ne comprennent rien restituent trop de pouvoir aux masses.
Je ne sais plus quel roi de France avait compris la révolution qui s'annonçait, grâce ou à cause de l'imprimerie, selon le point de vue, lorsqu'il avait trouvé placardé sur la porte de sa chambre un pamphlet le critiquant. Si on admet que la Renaissance et les Lumières doivent beaucoup à l'imprimerie, on peut imaginer combien l'ère de l'information est porteuse de belles promesses !
Il est donc compréhensible que les uns tentent de contrôler des moyens d'expression si efficaces (c'est exactement l'étymologie du mot "cybernétique"), et que les autres veuillent museler la parole lorsqu'elle demande des comptes, même très localement.
C'est dommage, autant à l'échelle nationale que communale.
Le gouvernement Sarkozy, soit-disant pour protéger l'économie culturelle et le droit d'auteur, n'encourage pas la naissance d'une nouvelle économie plus partageuse, plus saine, plus dynamique et plus inventive. Sur le plan communal, lorsqu'une association à but non lucratif travaille la question laborieuse de la citoyenneté, en mettant à contribution de façon critique et politique les technologies de l'information, et pour couronner le tout en zone rurale, on pouvait espérer que l'élu ferait avec et pas contre ! Comment a-t-il pu confondre le projet d'Adiu avec un canard à scandale ou avec un blog défouloir ? Pourquoi a-t-il voulu sacquer ce petit bout d'agora au moyen de la fonction publique qui lui a été confiée ?
Au pire, mais sans doute un peu cyniquement, le maire aurait pu considérer Adiu comme une soupape, un thermomètre qui lui aurait indiqué ce que certains de ses administrés pensent de son mandat. Parce qu'Adiu permet effectivement d'écrire, pour 100 ans peut-être, ce qu'on chuchote tout bas au village. Au mieux, le maire aurait pu prendre son clavier et répondre ; il en serait ressorti grandi.
Il reste à expliquer encore que ces histoires pernicieuses, outre qu'elles sont moralement dures - et qu'elles durent, aussi - ont coûté de l'énergie et du temps à l'association. Autant de temps et d'énergie que nous n'avons pas consacré à d'autres tâches : des activités en cours ou des projets qu'Adiu a dans ses cartons. Il y a beaucoup à faire pour limiter la casse sociale ou pour reconstruire ! Il y a de belles perspectives et pas mal de luttes aussi. Or, Adiu est fragile comme le sont souvent les associations sans trésorerie, et ces histoires qui sentent le souffre ne nous ont pas aidé. Il faut comprendre qu'on est vite catalogué, que des gens ont changé de trottoir au marché du jeudi matin à Villandraut...
Adiu Sud Gironde remercie de tout cœur les nombreux soutiens qui se sont proposés et se sont exprimés sur le forum, entre la mise en examen et le non-lieu prononcés par le procureur. Ce sont autant d'opinions avisés qu'il faudrait savoir écouter. Par contre, je ne remercie pas Dominique Pairoys, maire de Villandraut, pour ses démarches répétées en justice quand du dialogue aurait été bienvenu, et je le renvoie étudier, aux sources de la démocratie, Clystène, Périclès et Xénophon. Entre autres.