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Conversation forestière
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001 Jacques Hazera le 06.07.2009 - 19:46 '+{Conversation forestière}+' Bribes d’une conversation au sujet de la « sylviculture naturelle et continue ». Questions :
Les gros bois
Cette situation ne pourra pas durer éternellement, d’autant moins que :1)- la demande des particuliers évolue rapidement en faveur des produits nobles et sains, qu’il s’agisse ou non de bois ; 2)- la question du recyclage des matériaux en fin de vie est en train de prendre une grande importance ; 3)- la vogue des bois exotiques est en chute pour diverses raisons ; 4)- le coût de l’acheminement a tendance à redevenir un frein pour les transports à grande distance. On peut donc être optimiste et parier sur une évolution positive de la demande à moyen terme, quant à la qualité des bois et quant à leurs dimensions. Rappelez-vous que le forestier ne cultive jamais ses bois pour le marché du moment : il est toujours contraint de prendre un pari sur l’avenir, un pari qui est aussi un risque. À l’époque où vécut Colbert, le marché du tranchage n’existait pas. Cela dit, la « sylviculture naturelle et continue » que nous proposons n’oblige pas à produire de très gros bois : il est vrai qu’elle est orientée sur les bois mûrs, mais on peut les couper soit gros, soit très gros… soit même petits ! Elle offre en effet un choix et une souplesse que n’offre pas la monoculture intensive. Cette dernière ne produira jamais de tranchage ni de charpente alors que, en « sylviculture naturelle et continue », vous pourrez choisir de vendre vos jolis arbres avant terme si une opportunité intéressante se présente : vous aurez le loisir de couper votre blé en herbe si vous le souhaitez, sans pour autant faire de sacrifice insupportable. À l’inverse, des pins que vous aurez coupés à 35 ans ne pourront pas l’être à 60 ! Or, à coûts de production équivalents, il est quand même plus intéressant de fabriquer du bois de tranchage que de caisserie. Questions :
La sylviculture
Une fois que la régénération naturelle est acquise, on procède à un cloisonnement en bandes larges (par exemple un layon de 5 mètres tous les 20 mètres), mais on s’abstient de dépresser, car le dépressage est une absurdité aussi bien sur le plan économique que cultural. Il faut au contraire maintenir une compression à but éducatif jusqu’à ce que le fût des arbres d’avenir soit propre et bien formé sur 6 mètres par exemple (voire plus pour les bonnes stations, ou moins en terrains pauvres) puis, très progressivement, ouvrir le peuplement pour mettre ces arbres d’avenir en croissance libre jusqu’à l’âge prévu pour la coupe définitive (mettons 65 ans par exemple). On procèdera donc à une série d’éclaircies, à partir de 20 ou 25 ans, c’est à dire à un âge où la récolte de ces petits bois permet enfin de les commercialiser. Il se peut que ce soit plus tôt : il m’est arrivé de procéder à la première éclaircie sur un semis naturel de 13 ans, et d’y faire encore une coupe de feuillus en bois de chauffage l’année suivante, ces deux coupes successives ayant produit, au total, près de 70 stères à l’hectare : c’est le potentiel de la station qui guide le forestier, pas l’inverse ! Il faut quand même que les pins poussent lentement, sinon vous ne produirez jamais de bois de haute qualité, mais l’idéal est qu’ils aient une bonne croissance en hauteur lorsqu’ils sont jeunes, et une bonne croissance en diamètre lorsqu’ils sont âgés. D’où l’importance des deux phases classiques : d’abord la compression, puis l’ouverture progressive. On peut prévoir une coupe de régénération vers l’âge de 45 ou 50 ans par exemple, accompagnée d’un passage de rouleau landais (ces opérations étant destinées à provoquer la levée d’un nouveau semis naturel), en conservant une cinquantaine ou une centaine d’arbres d’élite afin qu’ils produisent le maximum de bois sans nœud jusqu’à l’âge de 65 ans. Ainsi, les jeunes semis ont à la fois un certain abri et suffisamment de lumière. Tout cela n’est qu’un exemple susceptible d’être modifié et adapté selon la station, selon le propriétaire, selon les moyens disponibles, et selon les besoins. C’est très souple. En aucun cas la coupe définitive ne doit s’imposer : choisissez de prolonger l’activité de l’usine à bois (un gros arbre, s’il est sain et de belle qualité, est une usine à bois – à bois sans nœud de surcroît – qui tourne à plein régime), ou préférez irrégulariser peu à peu… En cas de survenue d’un sinistre, cette approche permet aisément de conserver les arbres rescapés et d’orienter la forêt vers un traitement irrégulier sans faire de sacrifice d’exploitabilité. Les éclaircies
Ce qu’il faut bien comprendre cependant c’est que ce ne sont pas les éclaircies qui rémunèrent le producteur : elles ne font généralement qu’amener un peu de trésorerie. En cultivant votre peuplement, vous êtes en train de produire un capital sur pied, ce qui exige à la fois une durée et un coût. Les éclaircies ne sont pas à considérer comme des récoltes, mais comme une des composantes de cette capitalisation : paradoxalement, les éclaircies sont des investissements ! Elles en sont même, probablement, les composantes majeures, le véritable métier du forestier n’étant pas de savoir planter, mais de savoir couper : c’est votre marteau qui compose votre forêt. Dans les consignes de martelage, il s’agit donc de trouver le juste équilibre entre recette transitoire, investissement immédiat et objectif final. Les coupes jardinatoires
Conclusion
En fait, ces questions que vous me posez sur les volumes de prélèvement s’adresseraient davantage à la futaie irrégulière, mais je vous rappelle que la « sylviculture naturelle et continue » que nous proposons reste en traitement régulier.
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