La maîtresse de ma fille, dont je salue l'engagement sans faille... a finalement décidé l'an dernier de quitter l'école de Villandraut.
Et bien voilà le pouvoir de l'école sur l'arbitraire de la bêtise des adultes: l'enfant du maire de mon village et ma fille travaillaient ensemble, qui plus est à la même table, côte à côte... dans une entente que couvait une intelligence sans ironie et sans calcul...
Voilà peut-être, le sens ultime localement du mot "pédagogie" dans ce que ce mot a malgré lui de dimension politique...
Jusqu'où porterez-vous donc chère Madame les valeurs que j'ai cru entendre être les votres?
Est-il réellement possible de concevoir ainsi la "maison-démocratie"
dans son carré de jardin en fermant les yeux à ce point sur le jardin d'à côté au nom du principe de "non ingérence"???
Cette question est lourde bien sûr car elle touche aux limites de la démocratie elle-même. Je ne tenterai même pas de l'ouvrir ici pour ne pas vous faire étouffer dans votre café du matin...
Il semble que, les rares personnes à faire front dans mon village soient des femmes...
Je les imagine aisément,conseil après conseil, assises à la même place autour de la grande table à subir les mêmes insultes, les mêmes brimades, le même non droit de parole...
Peut-être au fond, que leur digne tenacité devient finalement l'affront le plus insupportable au pouvoir en face... tenir, simplement et "tenir debout", revenir malgré les insultes, malgré la mise en quarantaine... être là, "debout" ...
Et si, chère Madame, c'était cela et seulement cela en fait être démocrate, tenir jusqu'au bout, face à l'adversité...
Il serait si facile dans votre cas d'évacuer ce qui dérange la gestion de votre carrière locale de démocrate...n'est-ce pas... mairesse heureuse d'un petit village paisible et prospère... en oubliant la leçon magistrale à laquelle vous ne vous attendiez pas du tout que la démocratie n'est pas seulement minée du dehors mais peut l'être du dedans et que ce dedans nous touche parfois et nous oblige à nous déclarer, peut-être oui à nous salir un peu les mains...
Comment pourrez-vous pourtant tenir votre abandon du RPI et chausser avec satisfaction vos petits souliers noaillanais dans votre petit jardin, votre petite école et votre petite médiathèque?
Car, laisser tomber le RPI, quelles qu'en soient les raisons avouées et inavouées signifierait désormais bien plus dans le contexte local...
L'école ne nous apartient pas, elle apartient aux enfants...
Si vous deviez leur expliquer votre attitude de repli, comment pourriez-vous le justifier chère Madame, comment???
Que pourriez-vous leur dire dont il se souviennent plus tard, pour les aider à les rendre plus forts face à l'arbitraire et à l'injuste?
Bien à vous,
Sylvie B