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Trente Ans De Luttes Environnementales
par Simon CHARBONNEAUMaître de conférence à Bordeaux I, juriste, spécialiste de droit de l’environnement, militant associatif de longue date, et membre du comité de rédaction du journal « La Décroissance »conférence organisée par les Amis de la Brèche à Bazas le 22 octobre 2005La conférence de Simon Charbonneau sur 30 ans d'expérience associatives en Gironde dans le domaine de l'environnement a eu lieu le samedi après-midi 22 octobre à Bazas sur l'invitation de l'association des Amis de la Brèche. Originellement prévue dans l'une des salles de la mairie, le maire, Monsieur Marquette a finalement refusé son accès pour cause de désaccord avec l'association qui s'oppose à l'implantation d'un nouveau projet immobilier sur la commune. ![]() Simon Charbonneau a d'abord rappelé les travaux de Jacques Ellul et de Bernard Charbonneau son père, qui dans les années 60 ont critiqué le mythe du progrès comme la solution de tous les problèmes de l'humanité. Très tôt dans le bain de ces idées, il s'est cependant trouvé en décalage avec ses camarades dans cette période des 30 glorieuses car il était considéré comme un « affreux réactionnaire » ou encore comme un « nostalgique du passé », lui qui se délectait de la revue « La Gueule Ouverte ». La rupture a eu lieu en 1968 avec la création du Mouvement Ecologique et celle des mouvements associatifs mais le développement était le maître-mot. Avec le second choc pétrolier en 1978, tout le mouvement associatif a plongé. Localement il a rappelé la création de la SEPANSO en 1969, puis le début de la contestation de la Centrale nucléaire du Blayais en 1975. En même temps, les grands projets d'aménagement touristiques de la côté Atlantique avec le projet Biasini - le nombre de lits devait doubler sur le modèle de l'aménagement de la côte Languedocienne - ont contribué à la création du comité de défense présidé par Ellul puis par son père, qui ont réussi en dissidence avec la Sepanso, a repousser ces projets. En 1982 création d'Aquitaine Alternatives. Ils ont du faire face à beaucoup d'échecs, car ils n'avaient pas d'expérience. Il fallait tout inventer. Ils avaient un déficit de compétence techniques et juridiques, ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
Elle a eu à traiter des dossiers particulièrement importants comme celui du métro Val de Chaban. Il avait supprimé le tramway et pensait qu'une grande ville se devait d'avoir un métro. C'est un dossier qui a coûté énormément d'argent à la Communauté Urbaine car il s'est entêté. Aquitaine Alternatives, puis Trans'Cub avec Denis Tesseire ont mené un combat remarquable et ont réussi à faire échouer le projet parce que la géographie n'était pas adaptée au métro. Le tramway était moins cher avec une plus grande efficacité de dessertes. Simon Charbonneau a ainsi acquis de grandes compétences dans le droit de l'environnement qui l'on conduit à participer à des colloques et à faire des publications dans le domaine des installations classées, de l'urbanisme... « Dans le dossier du métro Val précisa-t-il, on a gagné en Conseil d'Etat pour défaut de conciliation, c'est-a-dire pour vice de fond. On a assisté à une séance de concertation avec Chaban qui a commencé par dire - La séance est ouverte, mais le dossier est bouclé. - preuve d'une grande maladresse. » a-t-il conclu. partir de 1990, nous avons assisté à un changement de paradigme dans l'histoire du mouvement associatif avec la prolifération des associations liée à la multiplication des atteintes à l'environnement. Avec la production agricole laissant de moins en moins d'espaces naturels intacts, sur le littoral, l'association « Vive la Forêt » a mené beaucoup de contentieux, « Vivre en Entre-Deux-Mers » a fédéré de nombreuses associations dans l'Entre-deux-Mers. « Bordeaux Aquitaine » travaille sur Bordeaux et la Communauté Urbaine, « Graine » est active depuis 2003. Puis « LGPE », « Landes Graves Palus Environnement », « Landes Environnement Attitude », dans les Graves, puis les Amis de la Brèche à Bazas. Le Sud-Gironde est devenu très actif. En ce qui concerne les déchets, il existe un collectif Dechets qui regroupe plusieurs associations depuis les fin des années 80. Les associations ont acquis une expertise pour faire face aux décideurs, et elles ont créé le Comité Aquitain de contre-expertise. A titre d'exemple, la Sepanso, Aquitaine Alternatives, des universitaires, des experts à la retraite ont travaillé sur la décharge de Guillos - le projet a été abandonné le 13 septembre dernier – L'expérience de « Terre des Landes » qui a travaillé sur la décharge de Lucmau a montré que c'est la contre-expertise a fait capoter le projet. Le maître d'ouvrage réalise des études d'impact, mais en 20 ans d'études de dossiers on peut s'interroger sur les limites d'objectivité des sciences dures. Les associations ont acquis une expérience en matière de consultation ou de concertation avec le Conseil Départemental d'Hygiène, sur les Installations Classées, et sur la loi sur l'eau. Le conseil donne des avis au préfet ce qui dans 99% des cas conduit à un vote positif. Les Commissions du Débat Public date de 2003. Nous en avons eu un débat sur le Grand Contournement de Bordeaux, sur la LGV Bordeaux Toulouse, puis sur la LGV Sud Europe Atlantique, mais pas de débat sur le Bordeaux Angoulême. Sur la partie Tours Angoulême, un comité de 24 associations s'est constitué, ce qui donne lieu à plus de résistance. Ce qui fait que sur Angoulême-Bordeaux, l'Enquête Publique va directement ouvrir la Déclaration d'Utilité Publique (DUP) l'année prochaine. En ce qui concerne la voie à Grand Gabarit destinée au Titanic des Airs, il n'y a pas eu de débat public. Elle a été considérée comme un grand projet avec une procédure d'expropriation d'extrême urgence, même si on peut se poser la question de la rentabilité de cet appareil. La question qui se pose au sujet des débats publics : Est-ce qu'on participe ou pas ? Le débat est toujours latent. En ce qui concerne la procédure du débat public, la commission ne donne pas d'avis, elle fait un rapport sur les arguments. On peut dire que c'est un grand progrès car il est situé bien en amont de la décision.
En 1970, il a existé un plan Chimie au Verdon. Valade, voulait créer Fos s/Mer au Verdon. Certains plaisantains disaient « A Soulac ils vont pouvoir bronzer à la chaleur des Haut-Fourneaux. »
Beaucoup d'associations très diverses se sont créées, des associations plus ou moins politiques pour la défense des intérêts immédiats – NIMBISTE – (Not In My Back Yard), (Pas derrière chez moi), ce qui a permis un apprentissage pour voir au-delà de leur histoire, avec une dimension pédagogique. Si l'on parle du Bilan des actions, des résistances : elles ont été modestes en ce qui concerne l'urbanisation du littoral, la route du Mégajoule. L'autoroute A89 ne correspond pas à une utilité. Le combat contre la voie pour l'A380 a été perdue. Sur la politique des déchets : des montagnes de déchets augmentent car on ne fait pas payer les emballages, les coûts ne sont pas internalisés par la grande distribution. Le Laser mégajoule : ce sont des milliards d'euros qui vont être dépensés pour cette installation, sans compter les milliers de tonnes de béton nécessaires à la construction pour faire la simulation d'expérience nucléaires qui seront menées par les scientifiques du CEA. Il n'y a pas eu de débat, pas d'enquête publique. On se trouve face à un bilan pas merveilleux. On se sent impuissant, mais il ne faut pas se décourager. Lucmau, Guillos, le métro à Chaban n'ont pas abouti. L'action associative donne un sens pour la défense de l'homme et de son environnement, pour que le monde ne soit pas invivable pour nos enfants. S'adressant à l'association « Les Amis de la Brèche » : A Bazas, le PLU a été mal ficelé. Le Préfet a donné un avis défavorable. Tant mieux si vous gagnez, au moins on évitera la casse. Les associations remplissent une mission de service public, mais elles ne sont pas soutenues par les deniers publics. La loi pourrait décider que chaque collectivité territoriale devrait donner des aides. A une question faisant remarquer l'absence de jeunes lors de conférence telle que celle-ci ou à l'occasion de luttes environnementales, la représentente de Greenpeace Bordeaux indiquait qu'une campagne de recrutement avait eu lieu dans la rue Ste Catherine à Bordeaux dans le courant du printemps ou en début de l'été 2005, et un certains nombre de jeunes s'étaient donc inscrits à Greenpeace. Elle précisait même que lors des réunions mensuelles, une quarantaine de jeunes participaient de manière active aux discussions. F. C le 17 janvier 2005 |