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Pesticides Les Effets Sur La Sante Et Lenvironnement

Compte-rendu réunion à Barsac le 9/02/05.

Organisateurs: Association de Sauvegarde de la Vallée du Lisos à Grignols, la Confédération Paysanne et Bioservice à Barsac.

Jean-François Narbonne est professeur de Toxicologie à Bordeaux I et François Veillerette, Président du Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures

Intervention de François Veillerette:

"Polluer est devenu un crime contre l'humanité" (Voilà ce que dit le professeur Dominique Belpomme, cancérologue réputé, président de l'Association pour la recherche thérapeutique anti-cancéreuse (Artac), expert auprès de la Commission européenne.)
Les scientifiques affirment que 80% des cancers ont une cause environnementale. Les "pesticides" ont été conçus pour tuer les ennemis des cultures produites dans les grandes exploitations. "Pesticide" est un terme générique qui recouvre l'ensemble de ces produits (insecticides, herbicides, fongicides, anti-cryptogamiques, etc..)

Au moment des épandages, surtout au printemps et en été , 95 000 tonnes de pesticides environ sont épandues en France (2ème ou 3ème utilisateur au monde) sur quelques 18 millions d'hectares de terres cultivées (5 kg/ha/an). On considère que 25 à 75 % des quantités de pesticides appliqués partent dans l'atmosphère, volatilisés. Le résultat de cette volatilisation des pesticides est prévisible : l'air, l'eau et les brouillards sont contaminés ! Ainsi, dans le Nord-Pas de Calais, une étude trouve du Diuron à 3 microgrammes/l d'eau de pluie, soit 30 fois la norme pour les pesticides dans l'eau potable ! Les brouillards sont aussi contaminés, avec des concentrations de 30 à 100 fois plus importantes que l'eau de pluie. Les teneurs en pesticides y seraient jusqu'à 140 fois supérieures à la norme de l'eau potable ! Les régions d'agriculture intensive ne sont pas les seules touchées puisqu'en 1993 une étude a montré des teneurs en pesticides jusqu'à 0,81 microgrammes/ l dans l'eau de pluie parisienne !

On les retrouve évidemment en quantité plus ou moins importante dans les aliments.
Les tonnages restent à peu près constants depuis quelques années (mêmes quantités qu’en 1990) mais les produits sont de plus en plus actifs. Certaines productions agricoles entraînent un nombre très élevé de traitements (20 à 25 traitements pour la vigne et 30 traitements par an sur les pommes!)

La pollution des eaux: les pesticides sont retrouvés dans 90% des analyses en rivière, 58% des anlyses en eaux mortes et 5% dans les fleuves. L'Atrazine est interdite depuis 2 ans mais on la retrouve encore partout, le Glyphosate (Round-Up), soit-disant complètement bio-dégradable, est retrouvé aussi partout. A 25/30 mètres dans l'eau des forages on retrouve l'atrazine dans 50% des cas!..

La pollution par les pesticides n'est pas seulement locale: elle envahit progressivement toute la planète. On la retrouve jusqu'aux pôles et les animaux en bout de chaîne alimentaire la concentrent. Or beaucoup de ces animaux sont consommés par l'homme. Un échantillon sur deux de fruits et légumes provenant de la culture intensive contient des résidus de pesticides en quantité mesurable. Les fraises, les carottes et le raisin, particulièrement, sont très fortement contaminés, avec des teneurs souvent très supérieures aux limites tolérées. Les produits cultivés réellement de façon biologique ne contiennent que très peu de pesticides, et dans des limites très inférieures aux seuils admis.

Devant une telle pollution de l'air, de l'eau et des produits qu'on consomme il faut s'attendre à retrouver des pesticides chez les consommateurs, donc dans l'organisme humain. Des prélèvements ont été faits chez des volontaires, élus et citoyens quelconques. Il y a été trouvé plus de 100 polluants de type pesticides !..

Circonstance fortement aggravante: la contamination du lait maternel par les insecticides organochlorés en France. Le bénéfice reconnu de l'allaitement maternel s'en trouve fortement réduit. Les pesticides sont aussi trouvés dans l'organisme des nouveaux-nés, donc transmis par la mère. Or il a été clairement montré qu'ils créent des problèmes de développement et des malformations. Le lait pour l'alimentation des enfants contient moins de 0,05 micromolécule/litre de pesticides lorsqu'il provient d'élevages biologiques tandis qu'il en contient plus de 0,3 dans la grande production.

Intervention de Jean-François Narbonne:

Attach:jfnarbonne.jpg Δ

La toxicologie est une discipline très peu enseignée car elle dérange. Pour parfaire sa formation il a dû, à l'époque, suivre des cours au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris. On lui a mis des bâtons dans les roues et il a dû chercher un laboratoire d'accueil (CNRS) pour pouvoir continuer ses recherches. Il n'a plus le droit de former des étudiants! Il dénonce très clairement le lobbie "maïs-lait". Jean-François Narbonne s'est spécialisé dans de nouvelles approches sur la sécurité alimentaire et l'évaluation des risques, notamment en ce qui concerne l'utilisation des pesticides en agriculture. Il est expert de la nouvelle Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments (AFSSA).

JFN édicte tout d'abord une évidence: "comment des produits faits pour tuer des organismes pourraient-ils être inoffensifs pour un autre organisme (l'homme) ?" Les dernières molécules utilisées sont de même nature que celles des gaz toxiques utilisées comme armes de guerre!

Dans le cas de la viticulture on retrouve couramment dans les vins 15 à 20% des pesticides utilisés et parfois jusqu'à 90% !.En effet, si certains pesticides utilisés pour la vigne sont peu persistants d'autres le sont beaucoup (comme les fongicides, solubles dans l’alcool et les matières grasses). Comme pour d'autres produits on devrait obliger d'étiqueter les résidus de pesticides dans les vins.

Les études effectuées chez l’homme sur de nombreuses populations montrent un effet significatif des pesticides sur la santé: le système nerveux central, les maladies cognitives (mémoire, attention), les maladies dégénératives (Parkinson, Alzheimer), le cancer, la reproduction (stérilité, malformations). Les professionnels utilisateurs de pesticides sont 5 fois plus atteints par le Parkinson et 2,4 fois plus par l'Alzheimer.

Effets significatifs aussi sur l'environnement, sur les opérateurs, sur les consommateurs. Les données de la Mutualité Sociale Agricole font état de fréquents cas d’eczéma, maux de tête, conjonctivite, douleurs abdominales , asthme….

Effets significatifs pour des expositions à long terme: poly-neuropathies, troubles neuro-comportementaux, Parkinson, Alzheimer, baisse des performances cognitives chez l’enfant pour lequel cancers et tumeurs sont 30 à 60% plus fréquents. Effets significatifs aussi sur les cancers du rein et du foie (sur le sein rien d’évident). Un problème majeur car souvent très grave : le lymphome (cancer du sang, avec disparition des défenses immunitaires) qui est 3 fois plus fréquent chez le professionnel et 7 fois plus chez le jardinier amateur (qui, par ignorance, a généralement tendance à exagérer les doses). Les effets sur la reproduction sont évidents.

A propos des mesures et des test faits par les fabricants :
l’effet des doses est généralement étudié sur le rat. Or on sait que c’est l’un des plus mauvais modèles pour représenter l’homme, mais c’est l’un des moins chers !

Pour l’environnement on teste sur 3 organismes différents et on prend l’espèce la plus sensible pour savoir si l’effet est néfaste. Il est bien évident que c’est tout à fait insuffisant.
Les études sont faites sur un produit et ne tiennent pas compte des associations éventuelles, ni de l’ensemble des pesticides présents (effet « cocktail »). Or on s’est rendu compte que certaines associations sont extrêmement dangereuses.

Les études quantitatives sont faites en moyenne sur une période très longue (une année) mais ne tiennent pas compte de pics très importants extrêmement toxiques, en particulier pour les enfants. En période d’épandage cela pourrait expliquer des baisses de performances scolaires importantes souvent observées dans les régions concernées.

Les test imposés sont très légers et l’homologation d’un produit est surtout une affaire politique liée au lobby semenciers – multinationales de produits chimiques. Les évaluations sont très légères – voire impossibles – car trop peu de spécialistes pour les faire.

Comment sortir du tout pesticide ?

Tout d’abord on peut dire qu’on ne comprend pas bien pourquoi l’agriculture cherche à sortir de l’écosystème, qui est par essence un système stable. La solution est bien d’établir un équilibre entre activité humaine et cet écosystème.

Un problème majeur est le « dumping » (sans parler d’autres méthodes verbalement évoquées!) fait par les magasins de type grandes surfaces, car pour obtenir des prix très bas elles s’adressent surtout à l’agriculture intensive sur grandes étendues où les pesticides sont abondamment utilisés. De ce fait les magasins qui cherchent à vendre des produits plus proches de la nature se heurtent au prix de revient et sont sanctionnés par les consommateurs qui, en cette période de crise, vont plutôt vers les magasins « hard discount », moins chers, mais dont les produits sont souvent bourrés de pesticides.

L’utilisation des OGM a été proposée pour sortir du tout pesticide ! Mais d’une part les scientifiques les plus renommés affirment qu’on ne connaît pas grand’chose aux gènes (et donc qu’il vaut mieux éviter de jouer à l’apprenti sorcier), d’autre part l’expérience montre que les OGM conduisent à des échecs cuisants (stérilisations des sols) et que, comme les plantes sont plus résistantes aux herbicides, on augmente encore les doses (+16% aux Etats-Unis)!.

L’agriculture « raisonnée » n’est justement pas raisonnable car elle utilise quand même des pesticides. La culture entièrement biologique est la seule qui respecte l’écosystème ; il faut la développer et les consommateurs doivent en privilégier les productions, lorsque c’est possible.

La proposition des associations est de suivre l’exemple des pays nordiques : diminuer progressivement de 50% en 10 ans l’utilisation des pesticides en augmentant corrélativement la surface des cultures biologiques, et de continuer au-delà pour arriver à les supprimer complètement.

Débat. Questions – réponses :

Un viticulteur bio de Preignac dit qu’il n’utilise ni cuivre ni pesticides et qu’il arrive à limiter la perte aux alentours de 2% . (Cet exemple est sans doute à étudier pour voir s’il peut être suivi pour d’autres cultures). Un autre viticulteur dit que la viticulture bio sature les sols en cuivre. FV lui répond que les excès en tout sont sûrement néfastes mais qu’en général la bouillie bordelaise est utilisée de façon parcimonieuse. Un médecin homéopathe dit que le cuivre n’est pas un métal lourd et que les ions cuivre sont plutôt bénéfiques à l’organisme.
Le débat se généralise ensuite sur « comment sensibiliser les gens au problème des pesticides » et met en évidence la difficulté d’y arriver face à des lobbies très puissants et à l’inertie bien connue du quidam moyen…

Des sites Internet à consulter :
MDRGF ; Artac ; Afssa

Compte-rendu réalisé par Gérard Gouvereur et Edgar et Nicole Soula
Remerciement pour leur travail.

Un article du Républicain du 17 février 2005 pour Grignols

Un article du Républicain du 17 février 2005 pour Barsac

 modif | admin • màj : 09 juillet 2008 à 19h18