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Pesticides

Béziers : l'incendie de l'usine crache un cocktail de toxines

Hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), pesticides, dioxines, tel est le savoureux cocktail retrouvé aux abords de l'usine de pesticides SBM Formulation à Béziers. L'Institut national de l'environnement industriel et des risques (Ineris) a prélevé et analysé des échantillons de terre et de végétaux trois semaines après l'incendie du site survenu dans la nuit du 26 au 27 juin. Et communiqué les résultats intermédiaires de ces études hier à Béziers.

«Nous avons pu reconstituer le parcours du nuage toxique», explique Philippe Hubert, directeur de l'Ineris. Des effets, réversibles, ont été modélisés sur 600 mètres et même jusqu'à 4 kilomètres autour du site. Quant aux produits toxiques recherchés, ils étaient bien au rendez-vous. Quand l'incendie éclate fin juin, il est 3 heures. Les pompiers interviennent vite mais il leur faudra plusieurs jours pour venir à bout du foyer. D'épaisses fumées se dégagent alors, transportant aux quatre vents des polluants chez les riverains, dans leurs potagers, sur les arbres et les pelouses. La préfecture indique alors que l'incendie ne présente aucun risque toxique pour la population, les prélèvements d'air révélant des résultats inférieurs aux seuils tolérés.

Fenêtres closes. Le quartier Montimaran, voisin de l'usine, n'a donc pas été évacué. Les 3 000 riverains ont été invités à rester chez eux, fenêtres closes. Pourtant, beaucoup ont ressenti des troubles respiratoires et oculaires ou des céphalées : 143 cas ont été signalés aux services médicaux de la ville. Pour les riverains et les associations, l'intervention de l'Ineris est jugée tardive. «Après l'incendie, il a plu, les polluants ont été lessivés et le lien de cause à effet entre l'incendie et le produit retrouvé est encore plus difficile à établir», explique le Mouvement pour le droit et le respect des générations futures (MDRGF). D'autant que l'association a réalisé des prélèvements une semaine après le sinistre. Ils font apparaître des substances chlorées cancérigènes ou neurotoxiques, des perturbateurs hormonaux reconnus dangereux par le Centre international de recherche sur le cancer ou (Circ) ou l'Agence américaine de l'environnement (EPA).

Par ailleurs, d'autres analyses faites pour le compte de la mairie montrent la présence de HAP, mais à un niveau inférieur de moitié au seuil de référence (20 mg/kg), des dioxines (84,27 pg/g contre 1 000 pg/g, seuil de référence) et plusieurs composés organophosphorés. Comme les produits ne sont pas persistants, les valeurs ne sont pas significatives de ce qu'ont inhalé les gens dans les heures et les jours qui ont suivi le sinistre.

Aucune infraction. Ce sont ainsi 59 substances qui ont été repérées, dont 24 sont interdites d'utilisation en France. Mais il n'y a aucune infraction : SBM Formulation est spécialisée dans la fabrication et le stockage de produits phytosanitaires, fongicides et insecticides. Elle formule des pesticides qu'elle vend à l'étranger, notamment au Maghreb. Elle stocke donc des produits non autorisés en France, mais qui le sont à l'étranger. «Or l'incendie a diffusé ces pesticides dans l'environnement, à Béziers, exposant la population à leurs dangers», explique le président du MDRGF, qui demande que les produits non autorisés en France n'y soient pas stockés.

Retrouvez l'ACAP sur son site internet : www.acap.net

Contact :
Nadine Lauverjat, point de contact de l'ACAP
mdrgf2@wanadoo.fr
01 45 79 07 59


Quand l'environnement devient maladie

Par Eliane PATRIARCA et Romain NIGITA

vendredi 07 octobre 2005 (Liberation - 06:00)

Dans la douleur ou le pragmatisme, la prise de conscience du lien entre santé et environnement est en train de s'opérer. Dans le cadre de leur campagne «Detox», les écologistes du WWF ont dévoilé hier les analyses de sang de treize familles européennes sur trois générations : sur 107 produits chimiques recherchés, 73 ont été décelés. Comme prévu, les concentrations sont plus fortes chez les enfants, les mères transmettant durant la grossesse un stock de produits chimiques. Une réalité qui pèsera peut-être dans la balance le 14 novembre, lorsque le Parlement européen décidera du sort de la nouvelle législation européenne sur les substances chimiques baptisée Reach (1). Ce projet fait très peur au secteur de la chimie. Pour preuve, l'Union des industries chimiques (UIC) organisait hier à Paris une rencontre opportunément intitulé «Chimie et santé, le nouveau débat émotionnel».

L'émotion justement était très présente le week-end dernier à
Condé-sur-Noireau (Calvados) lors de l'inauguration d'un monument à la mémoire des victimes de l'amiante. Même si la preuve d'un lien de
causalité entre un produit toxique et une maladie peut rarement être
établie aussi clairement que dans le cas de l'amiante et du mésothéliome (cancer de la plèvre), la santé publique inclut bien désormais les facteurs environnementaux au sens large. Deux livres publiés ces jours-ci, qui alertent sur les pollutions discrètes mais fatales (lire ci-dessous), en attestent.

A Rouen, ce sont des médecins libéraux, conscients de leur manque de formation et d'information dans ce domaine ­ une carence soulignée par le Plan national santé environnement de 2004 ­, qui organisent, aujourd'hui et demain, le premier congrès national sur les pathologies environnementales (2). « Dans les études de médecine, il n'y a que quelques heures consacrées à l'environnement alors que les perturbations des écosystèmes ont un effet boomerang sur la santé humaine !», déplore Joël Spiroux, généraliste à Rouen et, cas exceptionnel, formé à l'écologie fondamentale. Président de la commission santé-environnement de l'Union régionale des médecins libéraux de Haute-Normandie, il est l'un des initiateurs du colloque. « Cela fait vingt ans que je suis dans une région à la fois très industrialisée et agricole. Et je suis confronté à une multiplication des pathologies allergiques, des bronchites chroniques, de l'asthme, à une hausse colossale des cancers, des cas d'hypofécondité, de stérilité... Mais nous n'avons ni les outils ni la formation pour faire de l'épidémiologie. On nous a formés à guérir, pas à anticiper», note-t-il.

Ce colloque a aussi pour objectif de jeter les bases d'une formation en santé environnementale pour les médecins généralistes. Passionné, Joël Spiroux s'énerve d'entendre répéter les discours sur la nécessité de réduire les dépenses de santé. «Elles augmenteront d'autant plus que l'homme ne cesse de provoquer de nouvelles pathologies avec les produits qu'il fabrique et répand.»

(1) Enregistrement, évaluation et autorisation des substances chimiques...
(2)Congrès pathologies environnementales


Vincent Nouzille, journaliste indépendant, a enquêté sur les dégâts sanitaires de la pollution :

«Le principe de précaution s'applique rarement»

Par Eliane PATRIARCA

vendredi 07 octobre 2005 (Liberation - 06:00)

Avec les Empoisonneurs (1), Vincent Nouzille, journaliste indépendant,recense les dégâts sanitaires dus aux polluants et produits toxiques qui nous entourent.

A travers les études scientifiques et les témoignages que vous rapportez se dessine une prise de conscience du lien santé-environnement...

Au fil des crises sanitaires successives, il y a eu une maturation
collective sur les thèmes de santé environnementale. Il y a aussi un
savoir scientifique important qui permet d'avoir plus que des hypothèses.

Mais l'écart reste énorme entre ce que l'on sait et ce que l'on fait....

C'est ce qui est révoltant. En France, le principe de précaution
s'applique rarement ou de manière désordonnée. Sur des sujets graves
comme la pollution de l'air ou les expositions professionnelles à des
produits toxiques, on ne fait rien. Or il ne s'agit pas de risques
théoriques : il y a des malades, et il y en aura de plus en plus !

Vous évoquez notamment l'amiante ?

C'est comme si on ne retenait pas les leçons du passé. On attend dans
les vingt ans à venir 100 000 décès dus à l'amiante. Il est interdit
depuis 1997 mais il en reste un peu partout. Un à deux millions de
salariés y sont aujourd'hui encore exposés en France, dans le bâtiment,les garages, la maintenance...

Pourquoi tant de passivité ?

La santé publique est sinistrée. La veille sanitaire est déficiente, il n'y a pas de registre national des cancers en France, la recherche est mal en point. Et on manque de toxicologues et d'épidémiologistes.

(1) Les Empoisonneurs. Enquête sur ces polluants et produits qui nous
tuent à petit feu, Fayard, 2005.


Frédéric Denhez, journaliste scientifique, a travaillé sur les «polluants invisibles» :

Par Eliane PATRIARCA

vendredi 07 octobre 2005 (Liberation - 06:00)

Dans les Pollutions invisibles (1), Frédéric Denhez, journaliste
scientifique, attire l'attention sur ces produits toxiques qui agissent «comme une tumeur, longtemps, discrètement puis soudain avec violence».

Les polluants invisibles, c'est quoi ?

Des produits dont les effets polluants ne sont pas visibles, au
contraire du pétrole par exemple, mais qui vont agir à long terme,
s'accumuler dans la chaîne alimentaire après leur introduction dans le milieu marin et se retrouver un jour dans nos assiettes. Il s'agit des métaux lourds (mercure, arsenic...), des solvants organiques (éthers de glycol) et des polluants organiques persistants (comme certains pesticides).

La marée noire de l'Erika n'est pas selon vous une catastrophe écologique mais un révélateur de nos fantasmes sur la pollution...

C'est plus facile de désigner à la vindicte une salissure bien voyante que des suspects gênants. Cette marée noire a été bien digérée par le milieu marin, et ses effets sont moins dramatiques que ceux de la pollution chronique des océans.

Vous espérez beaucoup du projet Reach ?

Reach est une révolution car il inverse la charge de la preuve. Ce ne
sera plus aux ouvriers contaminés de faire la preuve du lien entre leur travail et leur maladie mais aux entreprises d'apporter celle de
l'innocuité de leurs produits. Reach va obliger à étudier la toxicité à long terme des substances chimiques et va accorder du poids au doute : même si on ne peut prouver la responsabilité d'un produit dans une maladie, Reach accordera une valeur à un faisceau de présomptions.

(1) Les Pollutions invisibles, éditions Delachaux-Niestlé, 2005.


MERCI DE FAIRE CONNAITRE CETTE LISTE AUPRES DE VOS CONTACTS.

M.D.R.G.F
Mouvement pour les Droits et le Respect des Générations Futures
92 rue de Richelieu, 75002 Paris
Tel / Fax :01 45 79 07 59
Portable : 06 81 64 65 58
email : mdrgf [arobase] wanadoo [point] fr -> mailto:mdrgf [arobase] wanadoo [point] fr
site : MDRGF

 modif | admin • màj : 23 octobre 2005 à 17h21