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Alerte Aux Vivants

Compte-Rendu de la conférence de Pierre Gevaert

le 30 novembre à Barsac

Lors de sa conférence à Barsac, Pierre Gevaert s'est montré très inquiet pour l'avenir de notre planète. Les terres ont perdu presque partout leur humus. Elles ne parviennent à produire les grandes cultures que grâce aux engrais nitrate et amonium et aux pesticides qui vont avec, tant les champs sont déséquilibrées et permettent aux maladies de se développer. La famine est déjà le grand problème pour un certain nombre de populations de par le monde. Mais il n'est pas exclus que celle-ci ne nous atteigne pas en cas de problème d'approvisionnement de pétrole, omniprésent dans toute la chaîne de production agricole. Ou encore qu'elle soit liée un changement climatique qui perturberait tous nos écosystèmes.

Ses solutions passent par la mise en place d'une réforme agraire permettant à tous ceux qui le souhaitent de pouvoir cultiver un hectare de terre. Et que se développent dans chaque village des lieux de diffusion de connaissances, en particulier d'apprentissage du compostage, de semis, de cultures potagères et fruitières. Des connaissances pratiques très précieuses que Pierre Gevaert a mis en oeuvre tout au long de sa vie en développant la société LIMA ou avec la création d'éco-villages en Lot-et-Garonne et maintenant en allant au Sénégal dans les villages.

Il aide les groupements de femmes par des micro-crédits à acquérir des cuiseurs solaires qui sont fabriqués par le menuisier du village, ou en construisant des diguettes anti-érosives. C'est sa contribution personnelle à toute l'ère de colonisation pendant laquelle les pays occidentaux se sont enrichis à peu de frais. Époque qui se poursuit encore aujourd'hui par un pillage systématique des richesses minérales, végétales et forestières sans autre souci que celui de faire du profit sans se préoccuper du bien commun des peuples.

Lettre de Bioservice le 5 décembre 2005


Alerte aux Vivants

et à ceux qui veulent le rester,

est le titre du dernier livre de :

Pierre Gevaert qui donnera

une conférence-débat

Mercredi 30 novembre à 19h30

Salle Bastard à Barsac

Interview de Pierre Gevaert à Commarque le 9 novembre 2005.

FC : C'est ton troisième livre après « L'Avenir sera rural » en 1992, et « L'exode urbain ...est-il pour demain ? » en 1997, qu'est-ce qui t'a poussé à écrire celui-ci ?

PG : Ce troisième livre est le résultat de réflexions continuelles allant dans le même sens. Les choses vont vite. Le dernier livre faisait une grande part aux éco-villages qui ont montré leurs limites. Boussac était mon troisième essai d'éco-village. Il est réussi, mais pas autant que je l'aurais souhaité. Ce qui n'a pas marché, c'est bêtement simple. Ils n'ont pas voulu d'un chef. Ils ont refusé l'autorité alors que quelqu'un qui est chef est le premier serviteur. J'ai proposé une femme, ils ont refusé et demandé la mise en place de l'Assemblée Générale des habitants et l'unanimité dans les décisions, alors qu'une simple majorité aurait suffit.

Une fois ces limites expérimentées, il a fallu remettre sur chantier un programme sociétal plus large qui touche à l'éco-sociologie. Ce programme remet en cause notre modèle de société qui ne peut pas marcher. Quand on réfléchit à un éco-village, qu'on le modèle et qu'on voit qu'il y a des lacunes, ça devient le problème de la société toute entière. Ca pose donc un problème politique. Je me demande si l'on a le temps d'attendre que des gens se regroupent car il n'y a pas de sites disponibles. La France entière doit devenir un éco-village parce qu'il faut reloger l'économie à la campagne avec le slogan « Penser globalement, agir localement ». Les artisans, les paysans, les services, les foules arriveront car ils ne pourront plus vivre en ville. Au lieu de faire des kilomètres pour aller travailler, ils pourront travailler à côté de chez eux. L'industrie c'est la machine, c'est la mort de l'homme.
Il faudra une bonne claque, claque climatique; sociale ou sur les récoltes pour en arriver là.

Nicolas Hulot a écrit un livre qui s'intitule « Combien de catastrophes avant d'agir ? ». Chacun donne une raison, mais personne ne remet en cause le système lui-même, aussi bizarre cela soit-il. Des associations mettent en cause le nucléaire, les OGM, la mondialisation, les privatisations, alors que tout est issu d'un système qui a besoin de ça pour vivre. Mais on ne peut pas vivre avec ce système.

FC : C'est Pierre Rabhi qui a fait la préface de ton livre, tu parais avoir des liens au niveau de la pensée avec lui. Comment s'est faite la rencontre entre vous ?
PG : Au Burkina Faso j'ai rencontré son travail en 1990 à Gorom Gorom et j'ai été très impressionné par ses résultats. Je me suis préparé à suivre son exemple Africain. Puis je l'ai rencontré lors d'une conférence organisée à Lyon avec les trois Pierre, Pierre Rabhi, Pierre Bonte et moi-même sur le thème des éco-villages. Puis nous nous sommes écrit et vu chaque année sur le programme qu'il a impulsé « Oasis en tout lieux ». Un programme très intéressant car il permet de situer une adresse ressource capable de donner le savoir-faire du compost et de l'autonomie de vie. C'est ce que je voudrais proposer à celles et ceux qui ont ces savoir-faire et un peu de temps  : donner leur numéro de téléphone par quartier, par village, par région. Il est grand temps d'agir, 98% de nos terres cultivables sont malades.

Lorsque j'ai commencé la société LIMA, je me suis mis au service de la vie, et j'ai toujours pensé aux agriculteurs qui faisait pousser les céréales avant de penser aux consommateurs, car c'est d'eux dont dépend notre terre nourricière. Tout dépend des sols, un sol argileux prendra moins de temps pour se restaurer qu'un sol sableux. Mais avec la luzerne ou le tréfle la terre peut guérir en 3 ans.

FC : Comment construire un autre système ? Quel est le contenu réaliste d'un autre système durable et socio-écologiquement viable ?
PG : La claque sera-t-elle alimentaire ? Sociale ? Due aux maladies ? À la dangerosité de la vie ? À la morosité due à une technologie non maîtrisée ? À la violence ? La guerre atomique n'est pas non plus exclue, ainsi qu'une catastrophe climatique. La faim peut arriver par le climat. La famine peut provoquer une pandémie et entrainer une migration massive des gens. Le climat va générer des précarités alimentaires. Il n'y a pas que le pétrole qui soit inquiétant. Ce demi degré de témpérature global en plus bouleversera tout. Il faudra alors recomposer la géographie et restructurer l'habitat et l'économie. En redistribuant la terre, le monde sera entretenu gratuitement, ce qui permettra de vivre de la terre et de la soigner.

FC : Lors de la prochaine conférence-débat sur quoi souhaiterais-tu surtout être interrogé ?
PG : Le sujet que j'aimerais particulièrement développer c'est bien sûr les éco-villages car j'ai une certaine expérience ainsi que l'éducation, car les enfants et les petits enfants sont porteurs de tous nos espoirs.

Plus de détails voir Le site

et pour difuser l'information : Affiche

Pierre Gevaert (à gauche) lors d'une démonstration de compost pour un groupe de Colibri 33 en mars 2003

 modif | admin • màj : 21 mai 2008 à 14h44