Adiu Sud-Gironde le "village global local"

Compagnie
de l'Âne Bleu

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  • Créations :

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne
de Jean-Luc Lagarce
Vies (Les courants de la Lande)
Rimbaud
L'homme à l'affut
de Julio Cortazar
Des souris et des hommes
de Steinbeck
Pour voix seule
(monologue) de Suzana Tamaro
Ma Supplication
(extrait de La Supplication) de Svetlana Alexievitch
L'Amante anglaise
de Marguerite Duras
Moderato Cantabile
de Marguerite Duras
Le Funambule
de Jean Genet

  • Lectures

La pluie jaune
de Julio Llamazares
Eitô
de Daniel de Bruycker
L'atelier d'Alberto Giacometti
de Jean Genet
L'été 80 & Le camion
de Marguerite Duras
Montedidio
de Erri de Luca

  • Projets :

...

la Compagnie de l'Âne Bleu

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Les réflexion de l'Âne Bleu

janvier 2012 Les répétitions sur la pièce de J.-L. Lagarce, J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne, avancent à la vitesse d'un vent de tempête. La résidence au théâtre Jean Vilar à Eysines vient de se terminer ; prochaine étape en février à Bergerac et dans la foulée nous serons au théâtre le Liburnia à Libourne du 27 février au 9 mars pour la création.

mars 2011 Nous avons donné Rimbaud au Théâtre en Miettes à Bègles... dans l'indifférence générale. Ce beau mois de mars si riche en imprévisibles, mais certains disent déjà que çà va bien avec Rimbaud, alors maintenant cette incroyable catastrophe, au japon, le fantôme de Tchernobyl qui frappe. Mais peut être tant de souffrances vont-elles enfin changer notre façon de penser le monde ? L'obligation de penser autrement est là peut être subitement, tiens, il me revient en mémoire ce haiku: "tout est cendre volant légère sitôt la bouche ouverte j'avale un peu du monde entier"... et j'en fais quoi ?

juin 2010 ces textes qui m’accompagnent : Duras, Rimbaud, Lagarce, Cortazar.
Pourquoi une écriture s’impose à soi, se fait pressante, se fait voix, vous habite-t-elle ? Peut-être parce qu’elle sait vous parler, de vous, de vos incertitudes, de vos espoirs, de vos désirs, qu’elle met des mots sur votre enfance, cette enfance avec laquelle je bâtis mes jours, dont je ne me lasse pas de cultiver la mémoire pour me rappeler d’où je viens, ses chemins et leurs ornières, les odeurs d’animaux et d’herbe et de fleurs, pour apprendre à vieillir avec elle, avec ce même regard pénétrant et effaré que porte l’enfant sur ces aînés, enfin peut-être que ce n’est pas tant l’histoire, ou les thèmes abordés, mais la façon de faire sonner les mots, de les assembler, de les ouvrir vers un maximum de possible pour continuer à éclairer cette part d’humanité que je sais posséder, avec laquelle je compose chaque jour en secret, avec laquelle je tend la main à l’autre.

mai 2010 Le travail sur Rimbaud : après les résidences de travail en octobre à la maison du comédien Maria Cazarès à Alloue en Charente, nos marches dans la Lande girondine, et la création lumière au Carmes à Langon en mars, nous nous sentons prêtes à partager cette traversée de Rimbaud. La création aura lieu le 2 octobre "dans la ruelle" à Malagar centre François Mauriac. D'ici là nous présenterons des extraits de ce spectacle lors de la Hestejada de las arts en aout dans l'estaminet à Uzeste. Aventure à suivre !

mai 2010 pour voix seule : 11 ans après la création de ce texte, il chemine toujours, mine aussi sans doute et toujours avec les mêmes questionnements, les mêmes désirs, plus aigus peut-être et cette idée toujours bien vivante qu'il faut continuer... à chercher ?

mars 2009 Le travail avec Rimbaud avance à grand pas, le col remonté, c'est parti ! Première semaine prévue en avril avec la musicienne Marie Duprat. Nous cherchons des coproducteurs... Un travail est en germe sur l'écriture du dramaturge Jean-Luc Lagarce.
Le désir amène l'espoir et cela nous tient debout !

juillet 2008 l'aventure avec ce texte de Steinbeck, des souris et des hommes, cette expérience de salles bondées, pleines de personnes se pressant pour écouter cette histoire, vivre un éphémère avec nous, m'a bouleversée, inquiétée, paniquée, l'habitude m'a manquée peut-être, parfois le succès rend la douleur plus forte, laisse ce sentiment familier d'incompréhension plus à vif, un inconnu encore plus grand, une béance encore plus douloureuse.

novembre 2007 l'âne bleu a la tristesse d'apprendre le décès de Jean-Michel Lenorman. Jean-Michel a accompagné en lumière les premiers pas de la cie pour la création de l'Amante anglaise et de Moderato cantabile de Marguerite Duras.

juin 2007 Le 24 août 2007, la 1ère des souris à St André de Cubzac à 21 heures, dans le cadre du festival de théâtre des Chantiers de Blaye... Le temps file à toute vitesse vers cette première, cette naissance que je gardais secrète ; je voudrais dire aux comédiens qui servent cette folle aventure : "ne soyons pas trop pressés de finir, prenons le temps de découvrir encore, de nous étonner encore, de désirer encore..."

novembre 2006 le désir d'une équipe, faite d'individus généreux dans la conscience d'une démarche fragile, nous a montré lors de la sortie de résidence aux Carmes le 8 nov qu'il n'y a pas d'acte artistique sans désir. "Serres ton bonheur, imposes ta chance, vas vers ton risque, à te voir ils s'habitueront" écrit Char. Que de chemins parcourus avec cet immense poète ! Travailler sur "Des souris et des hommes" aujourd'hui, c'est travailler à la poésie, à l'imaginaire qui est en chacun de nous. Lennie représente pour nous le Rêve, l'Invisible, que l'homme ne peut saisir, jamais ; le réel tue l'imaginaire, Lennie ne peut que repartir dans la nuit des hommes, dans nos Ténèbres, là seul il représente un espoir.

septembre 2006 l'âne bleu sur les routes de l'été girondin a failli tourner en bourrique, et le Funambule a eu du mal à garder son équilibre dans les longues journées où finissait par s'émousser le désir de rejoindre la scène à la nuit tombée. Et pourtant, le rendez-vous entre Muriel Barra, Yoann Sheidt, Martine Amanieu et le Funambule de Jean Genet est une belle rencontre artistique qui s'est enflammée au fil des villages traversés, Blasimon, Barsac, Reignac... Notre dernier tête à tête fut le plus émouvant, dos au cimetière, lui même pris dans les figements violets du coucher de soleil. "Il y'a bien longtemps que je n'ai pas été enchantée comme çà" dit une vieille dame après la représentation, en s'approchant de nous avec un doux sourire. Cet enchantement là vaut plus que mille personnes réunies ! Et il nous est tombé dans le coeur.
Plus têtu que jamais l'âne bleu repart avec des Souris et des hommes, nous commençons les répétitions ce mois d'octobre au TNT, puis aux Carmes en novembre avec une présentation des prémisses le 8. Des nouvelles viendront plus tard sur ce travail.

juin 2006 à propos des lectures interieures qui seront données à Malagar, essayer de se rappeler cette pensée de René Char :"donner joie à des mots qui n'ont pas eu de rentes tant leur pauvreté était quotidienne. Bienvenu soit cet arbitraire."

Rentrer sur la pointe des pieds à l'interieur d'une écriture comme on le ferait dans le vestibule d'une maison ancienne, Donner à entendre, à voir, éclairer plus loin une intimité singulière, bousculer un imaginaire vers toujours plus de lumières, d'éclatements et rejoindre des cascades soudaines, se retrouver heureux d'un instant d'amitié partagé sur le vif et peut-être nourrir et enchanter nos propres solitudes.

mai 2006 La rencontre sur le vif avec les Imachinasons de Patrick Deletrez, à l'estanquet (Langon), m'a enchantée. Arriver avec à la bouche un certain vide, ne pas savoir de quoi sera faite ma présence, n'avoir rien préparé, rien travaillé, seulement le désir de découvrir, de rencontrer, d'écouter l'autre, le pluriel, et me défier encore dans le partage d'une soirée improbable... J'avais emporté dans mon panier des écrits de A. Amanieu, R. Char, J. Genet, M. Darwich, A. Rimbaud, et ma voix, libre d'exprimer, de rythmer, de chanter les imachinasons et les textes de mes Amarades d'un soir. Cette soirée m'a éclatée, dans le sens ou j'ai retrouvé une liberté des sens, liberté que j'ai un peu perdue cette année tellement j'ai le nez dans le guidon.

avril 2006 Belle rencontre au théatre de Mazade à Aubenas où la reprise du texte de Suzana Tamaro, POUR VOIX SEULE, m'a permis, 8 ans après sa création, de renouer avec ce personnage de vieille dame. J'ai eu obligation naturelle de retravailler le texte avec une conscience encore plus aigue du temps qui passe, des moments perdus parce que pas pris quand il fallait, de cette extrême difficulté à partager l'indicible, et à mettre la mémoire au service du présent. J'ai joué avec les silences et l'espace vide, qui me semblent si importants pour donner la possibilité au spectateur de construire avec son imaginaire. Je l'ai fait avec beaucoup plus de détermination et d'implication qu'il y'a quelques années, quitte à me perdre, pour mieux retrouver l'autre.

En rentrant par le sud, je me suis arrétée à l'isle/sur Sorgue où se trouve la maison René Char, actuellement il y a une exposition photographique étonnante de Willy Rony, à voir jusqu'au 6 juin.

janvier 2006 La pluie jaune de Julio Llamazarés :
« Ainielle existe. En 1970, le village fut complètement abandonné, mais ses maisons résistent encore pourrissant en silence, au milieu de l’oubli et de la neige, dans les massifs des Pyrénées de Huesca qu’on appelle Sobrepuerto ».

En 1970, j’avais 12 ans, j’habitais un village en Gironde, sur les coteaux, de l’autre côté de la Garonne. Ma famille, du coté de mon père comme de celui de ma mère est Paysanne, depuis plusieurs générations, des Paysans, qui ont travaillés le Paysage, avec la lune, celle de mars était la plus sûre pour tailler, avec le vent d’est qui séchait les terres, le vent du nord qui annonçait le beau temps, le vent du sud qui apportait la pluie, la migration des oiseaux, les grues, les oies, les grives, les vanneaux, ces derniers qui d’un jour à l’autre arrivaient dans les prés et précédaient la neige, j’ai eu la chance de vivre intensément ces rythmes de la nature, intimement liés aux saisons et au travail de la terre. Cet atavisme me rend sans doute sensible à cet auteur et à ce qui le préoccupe, la disparition d’un monde.

A qui raconter çà aujourd’hui ?

Dans le désir de travailler ce texte pour la scène, cette question prend tout son sens, et se fait brûlante, à part les personnes encore nombreuses qui peuvent se raccrocher à leur vécu, à leurs souvenirs, qui peut être intéressé par ce récit et de quelle manière ?
J’aimerais m’exprimer avec la précision de ces hommes qui en des temps plus reculés façonnaient eux-même leurs outils dans l’exigence et la connaissance de leur emploi.
Je crois qu’il s’agit dans l’écriture de Julio Llamazarés de parler de l’effacement d’une manière de vivre et d’être, exclusivement liée à la terre et au rythme solaire.
Il s’agit aussi de donner de la permanence à ce qui fuit, à l’existence.

Et de « s’en questionner »...

novembre 2005 aprés un long silence, l'Âne Bleu fait un petit retour en arriere, sur les rencontres passées :
le bonheur du funambule à malagar, après avoir travaillé sur moderato cantabile, cette liberté soudaine, ces 3 expressions mélangées, se rejoindre soudain dans un même désir, grandir, se dépasser, ouvrir et puis le regret aussi de ne pas être allé plus loin avec soi-meme, l'autre, les autres, mais on y retournera, plus désireux encore ! Toujours ça !
Et puis la rencontre avec Marc Perrone sur le texte Montedidio d'Erri de Luca? (et non pas Erra de Luci, comme S-O l'a écrit), des moments dans la vie qu'on oublie pas, des moments de trouille jamais connu sur scène, une rencontre avec un géant, et tout à coup le désir se réalise, on est accroché à lui et il vous transporte, on a plus le choix , on trace, on repeint le plafond tout en le traversant et on s'envole ; cette lecture improvisée (c'est à dire pas répétée ensemble), avec une écoute telle, une fusion telle, que nous étions au coeur du monde, tous les sens en éveil, centrés sur nous et le monde ; l'accordéon se déplie lentement sur :"a iurnata nu muorzo" la journée est une bouchée, il faut se remuer... et on entend "la vie est courte", il faut faire vite ! Marc ouvre le texte, dans un soufle . Il universalise cette écriture, il enseigne que la politique est partout, dans chaque mot, dans chaque note, dans la manière de les faire entendre ; Marc sifle et nous sommes au coeur du monde, et au-delà, dans un ailleurs que l'on ne connaissait pas, de nous, des autres, et ça... Le temps du spectacle !
Après on reprend les vieilles habitudes, mesquines pour la plupart et si... on finissait par les perdre.... chiche ?

septembre 2005 Montedidio est un des quartiers les plus populaires de Naples, ville natale de l'écrivain Erri De Luca. En découvrant cette écriture, j'ai pensé l'adapter pour la scène et confier à un comédien le rôle de l'adolescent, narrateur de l'histoire, c'est en regardant les photos de Gérard Blot, prises lors de la première rencontre avec Marc Perrone sur ce texte, que j'ai compris mon erreur. J'ai vu que Marc portait en lui toute l'humanité décrite dans Montedidio ; Marc Perrone et son accordéon portaient en eux tous les personnages du livre. J'ai donc pensé laisser cette histoire dans la lecture.

août 2005 L'atelier de Giacometti. Ce texte, un peu comme une création, une oeuvre d'art dans laquelle on se découvre, puis dans laquelle on se saisit. Il n'est pas dit pour comprendre quelque chose à l'art de Giacometti, mais pour se surprendre à soi-même, comme lorsque l'objet regardé vous retourne le miroir. Je voudrais pouvoir avoir la même proximité et la même distance, lorsque je dis un texte, que les statues de G., car c'est du regard porté, posé depuis l'enfance, qu'il s'agit. Travailler sa blessure comme dit Genet dans le Funambule.

juillet 2005 le Funambule de Jean GENET ; nous travaillons à la compréhension de ce texte, à la transformation qu’il va opérer en nous. Peut-être sera-t-il dit à nouveau pour la Hestejade de las arts à Villandraut (dans la surprise d’une nouvelle rencontre).
L’âne bleu présente ce travail le 26 août au domaine de Malagar à Saint-Maixant à 21H30, à la tombée de la nuit, face à la vallée de la Garonne, sur la terrasse (prévoir des lainââges).

Oser dire ce texte est assez proche d’oser rester en vie d’oser continuer à se travailler comme pour en finir plus lentement plus lucide dans l’extrême émotion qui nous étreint à chaque lever de jour, à chaque lever de rideau, à chaque confrontation avec soi et l’autre. Une émotion sur le fil d’une certaine lucidité.

Alors dire ce magnifique, ce très long poème sur la posture périlleuse de l’artiste, c’est se questionner encore, se désirer encore, c’est découvrir la lumière éblouissante d’un avenir flou, c’est désirer encore désirer.

 modif | admin • màj : 18 janvier 2012 à 22h50