Adiu Sud-Gironde le "village |
|
|
|
Compagnie
|
J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne
![]() de Jean-Luc LagarceContact Production : ![]() Création 2011/2012
L’histoireElles sont cinq. Trois sœurs comme dans Tchékov, leur mère et « la plus vieille ». Elles attendent. Un frère, un fils. Un jour déjà lointain, le père a chassé le fils, il est parti. Il n’est pas revenu. Le père est mort, l’attente s’est installée. Et puis un jour, ce jour là, l’aînée le voit revenir : « j’attendais la pluie, j’espérais qu’elle tombe, j’attendais et je le vis prenant la courbe du chemin et montant vers la maison, j’attendais sans rien espérer de précis et je le vis revenir, j’attendais comme j’attends toujours, depuis tant d’années, sans espoir de rien, et c’est à ce moment exact, lorsque vient le soir, c’est à ce moment exact qu’il apparut et que je le vis. » Le voit-elle vraiment ? Elle dit aussi : « j’imagine cela ». De cette arrivée impensable du fils, qui malade s’est évanoui d’entrée sans un mot, la mère rêve à voix haute de le veiller seule, dans l’espoir éperdu d’un fugitif réveil, d’une parole qu’elle voudrait ne pas avoir à partager avec les autres. Alors entre elles le pacte de l’attente silencieuse implose, une par une elles vont égrener les anciennes douleurs, les violences entrevues, la grisaille de leur village : ainsi, la plus jeune : « j’étais petite et on ne se souciait pas de moi, mais j’entendais déjà, le père et le fils se haïssant, j’étais petite, je ne comptais pas, on ne prenait pas garde à moi, on m’oubliait comme on m’oublie toujours, mais jamais je n’aurai d’autres souvenirs de ce temps là, je crois, je n’imagine pas, jamais je n’aurai d’autres souvenirs de ce temps là que ces colères et ces cris et cette violence, non, et la haine, et cette peur du crime qui me reste, une de ces colères terribles à faire trembler les murs » . On pourrait dire que cette pièce est une lente pavane des femmes pour un huis clos familial. ![]() L’auteur« je crée des personnages épuisés d’un monde fini, d’un monde qui se désagrège »
Jean-Luc Lagarce est né le 14 février 1957 le jour de la St Valentin dans l’est de la France. Il passe son adolescence à Besançon, passionné de théâtre il écrit très tôt et il fonde sa compagnie de théâtre la Roulotte avec des amis de lycée qui deviendra professionnelle dans les années 80. Il écrit et envoie ses textes à Lucien Attoun, directeur de théâtre ouvert fin 1978, dés lors ses pièces seront enregistrées régulièrement sur France Culture, dés 1983 sa vie bascule dans le théâtre et l’écriture à temps plein, de cette reconnaissance il dira : « je suis sûr pour un an de vivre sans problèmes financiers. C’est mesquin diront les poètes maudits de service, mais j’ai fort peu de goût pour la misère, j’ai déjà donné. D’un point de vue spirituel, plus moral, plus psychologique, et de fait plus intéressant et nettement plus avouable, vivre de sa plume, malgré l’inquiétude sourde que cela suppose, c’est aussi une reconnaissance de ne pas trop s'être trompé les soirs de grand désespoir. » Kafka, Racine, Tchékov, Ionesco, Becket, Duras, auront une influence sur son écriture. Un an avant sa mort, en 1994 au moment ou j’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne se jouait, il disait se sentir impuissant, inutile devant le monde, fragile et désemparé devant les bruits de guerre, prétendre à sa petite mission, être dans la cité, raconter le monde « ma part misérable et infime du monde », et pour finir qu’il voulait montrer sur le théâtre la force exacte qui nous saisit parfois, les hommes et les femmes tels qu’ils sont, la beauté et l’horreur de leurs échanges et la mélancolie aussitôt qui les prend lorsque cette beauté et cette horreur se perdent, s’enfuient et cherchent à se détruire elles mêmes, effrayées de leurs propres démons, et redire « la grâce suspendue de la rencontre ». Démarche artistiqueRéflexions sur ce travail, par Martine Amanieu : D’abord pourquoi cette écriture s’est elle fait entendre, s’est elle imposée à moi ? Peut-être parce qu’elle me parle, de moi, de vous, de mes incertitudes, de vos espoirs, de mes désirs, qu’elle met des clés sur les tourments de notre enfance, cette enfance avec laquelle je bâtis mes jours, dont je ne me lasse pas de cultiver la mémoire pour me rappeler d’où je viens, pour apprendre à vieillir avec elle, avec ce même regard pénétrant et effaré que porte l’enfant sur ses aînés, enfin peut-être que ce n’est pas tant l’histoire, ou les thèmes abordés, mais la façon de convoquer les mots, de les assembler, de les ouvrir inlassablement vers un maximum de possible, pour continuer à éclairer cette part d’humanité que nous savons posséder, avec laquelle nous composons chaque jour en secret, avec laquelle nous tendons la main à l’autre. Il y’a une magie dans l’écriture de JLLagarce, même les mots les plus pauvres paraissent apparaître pour la première fois, « donner joie à des mots qui n’ont pas eu de rente tant leur pauvreté était quotidienne » disait René Char. J’aime cette écriture comme j’aime et me suis passionnée pour celle de Marguerite Duras, je trouve plus de liberté dans celle ci. Dans cette pièce il est question de vie passée dans l’attente, entre femmes, nous nous attacherons à travailler les désirs, les solitudes, les lâchetés, les violences de chacune d’elle. Il est question aussi de l’acceptation d’un certain pourrissement, et d’un espoir à l’encontre de la plus jeune, bien vivante et désireuse de vivre mais aussi prisonnière d’un affectif, nous nous attacherons à travailler les contradictions … Lagarce cultive les incertitudes, ici nous ne savons pas si le fils est vraiment rentré à la maison, s’il est là, dans la chambre, mourant ou juste convalescent. Chez lui les morts ne sont jamais vraiment morts. Nous travaillerons ce texte entre personnages et récitantes, s’attachant à ouvrir le champ des possibles , chaque personnage pouvant susciter chez les autres tour à tour violence, désir, espoir, fou rire et bonheur de l’instant partagé. Le travail de direction d’acteur sera donc des plus précis. La création lumière s’attachera à ce moment de la journée qui se situe peut-être dans une après midi finissante où les ombres dialogueront avec les personnages. Elle sera assurée par Jean Pascal Pracht. Les costumes seront de Hervé Poeydomange. L’équipeMise en scène : Martine Amanieu
![]() Martine AmanieuComédienne autodidacte, elle a participé aux créations de la Cie Lubat, la Cie des Labyrinthes, la Cie Apsaras, avant de créer la Cie de l’âne bleu avec laquelle elle a mis en scène et travaillé sur :
![]() Martine LuccianiParallèlement à des études de psychologie clinique, elle suit une formation théâtrale autodidacte et est membre de la troupe du Gai Savoir Théâtre à Bordeaux pendant 4 ans.
![]() Véronique CailleAprès le Bac en 1982, elle suit une formation de 2 ans au "Théâtre Ecole de Bordeaux", puis 2 années aux ateliers de la compagnie Tiberghien
![]() Laetitia AndrieuAprès sa formation au Conservatoire de Bordeaux (1999-2002), elle travaille régulièrement avec la compagnie La Nuit Venue, notamment sur un cycle Jean-Luc Lagarce (Les règles du Savoir-Vivre dans la société moderne, Histoire d’Amour et Juste la fin du monde).
![]() Alice AmanieuCette jeune comédienne, pianiste, chanteuse, tout juste âgée de 26 ans, offre déjà une grande complémentarité dans son profil.
![]() Laurie SgrazzuttiAprès des études de Lettres modernes et une expérience d’assistance à la mise en scène, elle crée en 1997 avec Nathalie Marcoux, la compagnie Au cœur du monde en hommage à Blaise Cendrars dont elles mettent en scène la Prose du Transsibérien. Elle travaille également avec Gianni-Grégory Fornet, Dominique Unternehr, Sophie Robin, Henri Bonnithon et Laurence de la Fuente.
|