Adiu Sud-Gironde le "village global local"

Ils ont tous un grain au Jardin Partagé d'Uzeste...

Adieu mounaque

Roman policier en ligne, feuilleton polar local, social, politique et burlesque.
Cette histoire a été écrite d'un siècle à l'autre, entre deux mondes et une récession, dans un village dont on ne sait pas si les habitants réalisent que leur monde est en perdition, que l'agriculture arrive dans le mur, que l'industrie achève sa course à la mort et que les actionnaires du CAC 40 jouent leurs vies au poker. Edith Gorren
 Contact avec l'auteur. -> mailto:lejardindesarts [arobase] orange [point] fr

Dessin Edith Gorren - Adieu Mounaque. Polar en ligne.
  • Première partie :
  • Les gens de Saint-Pardon

Chapitre I : Pas de pitié pour la péraquette :

Chapitre II : Pas de printemps pour les Bazadaises :

Chapitre III : Murmures et bataclam :

Résumé
Personnages
Généalogie Poulizac

Les dessins de Adieu Mounaque

Dessins

La Galerie du peintre Edith Gorren, Bazas en Gironde.

Galerie Edith Gorren

Les micro-sites édition Menu

 
 

Partie 1 Chapitre 3-2
Adieu Mounaque. Bataclam. Polar Edith Gorren.

C'était samedi après-midi, Winnie courait sur la piste empierrée de blanc, sa chevelure blonde éclatait au soleil, il chantait et sautait en pourfendant le ciel d'une badine joyeuse, le roi était son cousin et le faucon son frère, qui le regardait d'un air surpris du haut de son perchoir pylône sans songer à s'envoler tant il lui paraissait inhabituel, hors du commun des ennemis.
- Mon père revient aujourd'hui ! cria-t-il à l'oiseau qui s'envola comme à regret. C'est ça, va le dire à tout le monde pour qu'il soit accueilli avec les honneurs dus à son rang ! Je veux les cerfs et les sangliers au garde à vous, les lièvres en habits de serviteurs et les belettes en dragons de sa majesté ! Que le tapis de fougères soit déroulé et qu'un festin de cerises et de framboises soit préparé ! Sans oublier les chips, le coca et la potion magique, par Toutatis !
Il s'arrêta net dans sa course fougueuse car elle l'avait amené derrière la maison des Hollandais sans qu'il y prenne garde. Un bois le séparait du repaire de son ennemi. Le dernier bois de proximité que Bos n'avait pas réussi à éradiquer pour la bonne raison qu'il ne lui appartenait pas et que les Poulizac ne le lui vendraient jamais.
Winnie prit un sentier de chevreuil au travers d'une bruyère apparemment inextricable et atteignit un pin franc dont les branches basses toutes desséchées formaient une sorte d'échelle. Il y grimpa fort lestement. De son perchoir, il aperçut la façade nord de la ferme et tendit le cou pour essayer de voir ce qui se passait à l'intérieur. Il vit le père sortir pour accueillir un énorme camion citerne qui venait chercher le lait. Une pompe fut branchée et l’animal de fer aspira le nectar en ronronnant, tandis que les hommes discutaient. Julia Bos sortit étendre son linge sur un séchoir en forme de parapluie; les torchons à carreaux bien alignés sur le dessus et les serviettes de toilette aux tons pastel au-dessous.
Winnie était content, il avait l'impression de regarder la télé, de voyager dans un pays qui ressemblait à celui de sa mère. Quand la pompe s'arrêta, on entendit un air de blues qui s'égrenait dans l'atmosphère paisible.
Tout à coup, il vit le terrible Miel dans sa chambre, par une fenêtre ouverte. Il se recroquevilla sur son arbre, comme si l'autre pouvait l'apercevoir. Mais peu à peu, il s'enhardit et écarta mieux les branches pour le regarder. Le jeune homme avait attrapé une chemise claire et la boutonnait. Ensuite, il s'assit à une table, près de la fenêtre et se mit à lire. La musique devait provenir de chez lui. Winnie regretta de ne pas avoir emmené ses jumelles. Il vit la moto de Miel près de la porte et s'imagina aussitôt en train de ramper et de la voler, puis de parcourir les routes, triomphalement.
Miel se leva et ferma la fenêtre, Winnie observa le camion qui démarrait. A cet instant, un grand bruit d'ailes se fit au dessus de sa tête. Surpris, il manqua de dégringoler sur le sol, se rattrapa de justesse. Une buse tentait d'accéder à un nid qui se trouvait à un mètre au-dessus de sa tête et à présent, il entendait les piaillements énergiques des petits qui attendaient leur déjeuner. Il eut à la fois très peur et honte de les avoir dérangés. Il avait commis un sacrilège et la vengeance de l'oiseau serait certainement terrible. Mais la buse qui avait eu aussi peur que lui prit la fuite. Winnie redescendit en toute hâte, brisant quelques branches mortes au passage, s'accrochant aux pointes du tronc. Il finit par atterrir durement sur le sol. Comme il tentait de se mettre debout, il découvrit à quelques centimètres de son visage une main tendue, leva la tête et découvrit les yeux froids de Miel. Il fut debout en un bond en dédaignant son aide. Toujours fâché ?

- La casquette, mon petit gars, dit Miel. Avec les cheveux que nous avons, il faut une casquette, sinon, c'est comme un fanal.
- Je n'ai pas les mêmes cheveux que toi ! cria Winnie en reculant par mesure de précaution. D'ailleurs ce ne sont pas des cheveux que tu as sur la tête mais de la vieille ficelle pourrie !
- Mmh, toujours aussi aimable, petit Poulizac. Ta mère ne t'a pas appris à dire bonjour à tes voisins avant de leur sauter à la gorge ?

Adieu Mounaque. Bataclam. Polar Edith Gorren.

Il fit un pas en avant en tapant du pied et Winnie un saut en arrière. Il n'avait plus du tout envie de se mesurer physiquement à cet étrange garçon.
- Mais il a peur, le petit Poulizac ? fit l’autre d'une voix grinçante en tordant son visage osseux pour lui donner une apparence effrayante.
- Ça c'est facile, dit Winnie, tu es beaucoup plus vieux et plus fort que moi.
- Tu ne te défends pas mal pour un morpion, dit Miel, sincère.
Winnie, encaissa le "morpion," et accepta le compliment.
- Et maintenant, dit Miel, si tu as trouvé mon livre rends-le-moi, il ne m'appartient pas, il vient de la bibliothèque de Bazas.
- Je sais, raison de plus pour que je le garde. C'est une prise de guerre et plus ça te met dans la merde, plus je suis content.
- Dis donc, aristo de mes deux, tu es très grossier…
- Oui, mais moi c'est une fois par an quand je me force; vous les bouseux, c'est de naissance.
Jamais une telle pensée ne lui avait effleuré l'esprit mais la répartie fuse quand elle vient, c'est bien connu; certains moururent pour un bon mot. Miel devint tout rouge et se retint de ne pas allonger une calotte à celui qui demeurait à ses yeux le petit crétin prétentieux du château. A ce moment on entendit une sorte de pépiement plaintif en provenance du buisson qui était juste sous le pin. Ils s'immobilisèrent, aux aguets.
- Et voilà, dit Miel, tu peux être content.
- Quoi, qu'est-ce que j'ai encore fait ?
- Avec tes acrobaties, tu as flanqué une petite buse hors du nid.
Winnie fut mortifié. Ils fouillèrent le buisson et dénichèrent l'oisillon terrorisé, tapi au fond du fourré. "Pîî-pîî-pîî," fit-il et la mère lui répondit par un cri d'appel. C'était une petite boule de duvet gris où poussaient quelques plumes tachetées.
- Est-ce que la mère va venir le chercher ? balbutia Winnie.
- Tu as vu jouer ça où ? Ce ne sont pas des chats.
- Alors comment est-ce qu'on le remet ?
- Débrouille-toi, mon vieux, moi je suis bien trop lourd pour grimper à cet arbre.
Winnie s'approcha de l'oiseau qui souffla d'un air menaçant. Il n'osait pas le toucher. Miel ricana.
- Tu sais ce qu'on dit des petites bêtes qui ne bouffent pas les grosses.
Vexé, le garçon s'arma de courage et ramassa l'oisillon qui le pinça de son petit bec recourbé.
- Aïe ! cria-t-il sans le lâcher.
En fait, le bec n'était pas assez dur pour le blesser et l'oiseau se calma dès qu'il fut tenu. Winnie le mit dans son blouson et recommença son ascension malgré les quelques branches rompues mais il en fut pour ses frais. Pas moyen d'atteindre le nid qui était sur une fourche du faîte. En plus, il avait horriblement peur de la buse qui tournait au-dessus de l'arbre en criant.
- Attention, il y en a une autre qui arrive ! hurla Miel.
Winnie fut à terre en moins de temps qu'il ne fallait pour le dire.
Miel riait, Winnie crut tout d'abord qu'il s'était moqué de lui mais il fut bien obligé de se rendre à l'évidence, un autre rapace tournoyait dans le ciel, attiré par les cris.
- Et regarde, dit Miel, il y en a encore deux autres là-bas. Tu as organisé une concentration ou quoi ?
Winnie, atterré par l'événement ouvrit son blouson et vit que l'oisillon, avec sa tête surmontée de duvets hérissés, le regardait de ses gros yeux ronds. Il lui sembla déceler une sorte de confiance dans ce regard innocent. Une onde d'attendrissement l'envahit. Il décida sur-le-champ d'assumer ses responsabilités. Puisqu'il en était ainsi, il élèverait cet oiseau lui-même jusqu'à ce qu'il puisse voler.
- Ça mange quoi ? demanda-t-il à son ennemi.
- Toutes sortes de petites bêtes, dit Miel, intrigué. Des souris, des oiseaux, des lézards. Enfin, je crois. Tu es capable de faire ça, toi, ou tu vas le confier à la bonne ?
Winnie referma son blouson sans rien dire et s'en fut par le chemin, la tête haute.
- Bonne chance, papa ! cria Miel. Pour le baptême, tu m'appelles, je fais le parrain ! Et… Poulizac !
Winnie s'arrêta sans se retourner.
- Rends-moi ce livre, ce n'est pas une lecture pour quelqu'un de ton âge, dit Miel d'une voix sincère.
Winnie continua son chemin.

Adieu Mounaque. Bataclam. Polar Edith Gorren.
 modif | admin • màj : 25 février 2012 à 08h55