Adiu Sud-Gironde le "village global local"

Des japonais francophones nous invitent à les rencontrer sur le blog du Soleil Levant ; un lien que nous tissons depuis plus de 15 ans.

Adieu mounaque

Roman policier en ligne, feuilleton polar local, social, politique et burlesque.
Cette histoire a été écrite d'un siècle à l'autre, entre deux mondes et une récession, dans un village dont on ne sait pas si les habitants réalisent que leur monde est en perdition, que l'agriculture arrive dans le mur, que l'industrie achève sa course à la mort et que les actionnaires du CAC 40 jouent leurs vies au poker. Edith Gorren
 Contact avec l'auteur. -> mailto:lejardindesarts [arobase] orange [point] fr

Dessin Edith Gorren - Adieu Mounaque. Polar en ligne.
  • Première partie :
  • Les gens de Saint-Pardon

Chapitre I : Pas de pitié pour la péraquette :

Chapitre II : Pas de printemps pour les Bazadaises :

Chapitre III : Murmures et bataclam :

Résumé
Personnages
Généalogie Poulizac

Les dessins de Adieu Mounaque

Dessins

La Galerie du peintre Edith Gorren, Bazas en Gironde.

Galerie Edith Gorren

Les micro-sites édition Menu

 

Sites web publics ou privés (intranets), les micro-sites sont gérés par leurs auteurs (wiki, sans limite de page et de stockage), indépendamment de l'asso Adiu. + d'infos...
 
 
 

Partie 1 Chapitre 2-9
Adieu Mounaque. La mort de Rose. Polar Edith Gorren.

Au moment où il était temps de quitter la mairie, il se remit à pleuvoir des cordes et à souffler un vent violent. "Crotte," se dit Alice de Poulizac qui se tenait devant la fenêtre de son bureau, déplorant qu'il lui faille rentrer à pieds dans cette tourmente. Enfin… si son grand parapluie écossais ne se retournait pas, elle ne serait pas trop mouillée. Elle regarda l'épicerie fermée, songea aux terres de Matoujalou qui seraient bientôt en vente et également à Château Poulizac.
Cette Goudenèche qui ressemblait à une péripatéticienne l'insupportait déjà, elle ne croyait pas vraiment en sa loyauté. La tiendrait-elle au courant de l'affaire ? Elle espérait tant persuader sa mère d'acheter ou, le cas échéant, d'y installer des gens comme il faut… Elle avait été obligée de lui téléphoner plusieurs fois pour essayer d'en savoir plus, c'était un comble. Ces populaires ne savaient pas se tenir, ils ne se rendaient pas compte de la chance qu'ils avaient qu'on les reçoive chez soi ou qu'on leur parle comme s'ils étaient fréquentables, comme s'ils existaient.
- Madame de Poulizac, demanda Rose Bordessoules, savez-vous où est le dossier de l'OPAH concernant le quartier des Bordes ? Il faut le terminer au plus vite, comme vous me l'avez précisé.
- Mon Dieu ! Je l'ai oublié chez moi et les éléments importants sont ici. Vous avez raison, la demande doit partir dès demain matin aux aurores.
Elle marqua un temps d'arrêt. Pas question de faire deux fois le trajet sous la pluie et cette idiote de Rose qui ne proposait pas d'y aller à sa place. Elle non plus n'était pas en voiture, elle marchait ou roulait à vélo par soucis d'économie. Tous les mêmes, ces paysans, radins et compagnie. Et le dossier des Bordes devait passer devant la commission avant que cette arrogante Marina ne se rende compte de ce qui lui arrivait. C'était la dernière trouvaille d'Alice. Elle proposait à l'office des HLM un terrain à elle qui longeait la propriété de son neveu pour y construire trois logements sociaux. Un vrai délice. Personne ne serait embêté au village, la mairie évitait l'impôt à payer pour absence de clapiers à racailles et elle se vengeait de sa nièce. D'une pierre trois coups. Elle refusait de se demander quelle serait la réaction de Charles Edouard, estimant que cela ne devait pas lui importer pour la bonne raison qu'il n'était jamais là. C'est Marina qui se taperait la pollution esthétique, les barbecues et les hurlements. Bien fait. Elle espérait que les chevaux mourraient étouffés par des sacs en plastics ou autres saloperies que les horribles gosses du nouveau ghetto balanceraient dans les prés. Et puisqu'il y avait un cota social, elle-même n'aurait fait que son devoir. Tant pis pour l'institutrice qui râlerait encore de les avoir dans sa classe comme elle l'avait fait pour les petites Jacquet et pourtant, ces dernières n'étaient pas trop mal élevées…
Le souvenir de la pendue lui sauta à la gueule, elle le balaya aussitôt.
- Voulez-vous que j'y aille ? demanda Rose malgré elle, parce qu'elle n'avait pas lu la Servitude Volontaire de la Boétie.
- Vous feriez cela, ma chère ? Ça m'ennuie beaucoup, c'est si gentil de votre part, si vous voulez, je vous prête mon parapluie.
Rose se leva en cachant sa contrariété. Avec Jacquot qui était déjà d'une humeur massacrante à cause de son histoire de Hollandais, pas question de traîner.
Alice lui offrit même son Barbour et son chapeau ciré parce qu'avec tout ce qui tombait, son petit imperméable en coton ne résisterait pas; elle partit dare-dare, ses hauts talons glissant sur le bitume inondé.
A proximité de la maison du maire, elle entendit une voiture arriver derrière elle. On n'y voyait pas grand-chose avec la pluie et le soir tombant, elle se mit sur le bas-côté, dans l'herbe, en maudissant ce temps épouvantable et attendit que la voiture l'ait dépassée. Ce qui ne tarda pas. Mais non sans l'avoir fait valdinguer sur le talus avec une telle force qu'elle n'eut même pas le temps de se demander pourquoi le conducteur avait donné un coup de volant dans sa direction. Sa dernière pensée fut pour ses jolis escarpins maculés de boue et certainement perdus. Quant au Barbour, le sang ne passa pas au travers grâce à son excellente qualité mais il fut néanmoins inutilisable à tout jamais.

 modif | admin • màj : 02 mars 2010 à 16h28