Adiu Sud-Gironde le "village global local"

Adieu mounaque

Roman policier en ligne, feuilleton polar local, social, politique et burlesque.
Cette histoire a été écrite d'un siècle à l'autre, entre deux mondes et une récession, dans un village dont on ne sait pas si les habitants réalisent que leur monde est en perdition, que l'agriculture arrive dans le mur, que l'industrie achève sa course à la mort et que les actionnaires du CAC 40 jouent leurs vies au poker. Edith Gorren
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Dessin Edith Gorren - Adieu Mounaque. Polar en ligne.
  • Première partie :
  • Les gens de Saint-Pardon

Chapitre I : Pas de pitié pour la péraquette :

Chapitre II : Pas de printemps pour les Bazadaises :

Chapitre III : Murmures et bataclam :

Résumé
Personnages
Généalogie Poulizac

Les dessins de Adieu Mounaque

Dessins

La Galerie du peintre Edith Gorren, Bazas en Gironde.

Galerie Edith Gorren

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Partie 1 Chapitre 2-7
Adieu Mounaque- Dessin Edith Gorren

Aujourd'hui, Ella lui portait une entame de jambon et des restes de tarte aux fruits. Dans le cadre de l'atelier cuisine, elles en avaient fait une aux pommes, une aux prunes et une au citron sous la directive de l'éducatrice Delphine. C'était bien meilleur que le gâteau du camion qui ressemblait à une semelle de tong usagée. Ella avait demandé deux parts, à la joie de Delphine qui la croyait anorexique, va savoir pourquoi, elle n'avait rien à lui envier avec son petite trente-huit et sa tête d'oiseau. Quand elle la fixait, derrière ses grandes lunettes, Ella avait l'impression qu'elle mangeait ses pensées. Ce n'était pas une méchante personne mais elle lui proposait des jeux complètement idiots en prenant des airs important et ça la "gavait", comme disait Mégane.

Adieu Mounaque- Dessin Edith Gorren

Ella s'était affublée d'une veste à poches par dessus un sweat dont elle mettait la capuche jusqu'aux yeux toute la journée, cela lui donnait l'illusion de se retrancher du monde hostile. Protégées par des scratch, ses poches contenaient toutes sortes de trésors, un gant ayant appartenu à sa mère, un porte-monnaie avec quelques pièces, du pain, des petits Lu dans leur emballage. Elle y ajouta subrepticement le gâteau et le jambon enveloppés de papier essuie-tout et se dirigea vers la grille du parc, pendant que les autres hurlaient en se poursuivant sur l'aire de jeu, pendues comme des singes aux espaliers ou à l'envers sur le toboggan. L'attention de la surveillante se portant entièrement sur les plus casse-cou, elle ne prêtait pas garde aux déambulations tranquilles de la petite fille taciturne.
- Salut, chuchota Mégane. T'es en retard aujourd'hui.
- C'est l'espychologue, elle me lâchait plus, elle voulait savoir si c'était mon père ou ma mère qui me lavait.
- Et alors ?
- Je me lave toute seule depuis des années mais j'ai dit que c'était les deux ensemble, pour voir sa tête.
Elle passa les provisions à travers les barreaux et Mégane se mit à dévorer tout à la fois, un peu le jambon, un peu le pain, un peu le chocolat.
- Et qu'est-ce qu'elle a dit ?
- Ce qui l'intéressait, c'était le zizi de mon père, elle voulait savoir si je le touchais.
Elles gloussèrent toutes les deux.
- Ici, c'est la seule chose qu'ils kiffent, conclut Mégane.

Adieu Mounaque, le feuilleton - Roman policier en ligne - Edith Gorren

Téchoueyre regardait la maison de la forêt avec une acuité de busard, il resta longtemps immobile, appuyé à un chêne, sur l'airial. Puis, au bout d'une heure, il s'avança vers la porte d'entrée et frappa. Personne ne répondit, il tourna la poignée et entra.
A l'intérieur, il fronça le nez et éternua, tant l'odeur de moisi était prégnante. "La peste soit des acariens", se dit-il.
Dans la cuisine, les objets pêle-mêle exprimaient le désastre et l'abandon. son regard tomba sur un jouet, une poupée de chiffon un peu déchirée qui traînait sur la cheminée mais alors, il fut attiré par autre chose, une lettre administrative qu'on voyait à peine sous la couche de poussière.

Adieu Mounaque. Polar Edith Gorren

Il la prit, la secoua et l'ouvrit. Le contenu lui donna un air encore plus triste qu'à l'accoutumée. Il conserva le papier à la main lorsqu'il gravit les escaliers jusqu'au grenier et s'y attarda longuement, les yeux rivés sur une simple poutre où les cussons faisaient leur œuvre de recyclage avec un crissement appliqué.
L'inspecteur mit le papier dans sa poche machinalement et fit le tour de la maison en détaillant toute chose, puis il s'en alla de son pas tranquille, comme il était venu, par les chemins sableux bordés de fougères.
Dans le grand chêne, un chat noir tapi sur une branche le regarda partir.

Adieu Mounaque- Dessin Edith Gorren

Assis à la grande table en bois des cuisines du château, le nouveau jardinier se servit un verre de vin. Il n'était même pas onze heures, Marthe Costa, une petite femme ronde d'une soixantaine d'années, fit la moue derrière son dos. S'il commençait comme ça, qu'est-ce que ce serait à cinq heures du soir ! Et avec sa gueule pas commode, difficile de lui faire des remarques. Parfois, il prenait un air tellement sinistre qu'il lui faisait peur. Elle se demandait bien pourquoi monsieur le comte avait engagé cette engeance. Depuis que le père Auguste avait pris sa retraite, c'était un défilé. Celui-ci ne durerait sans doute pas plus que les autres, de nos jours, il était très difficile de trouver du personnel de qualité. Elle-même, d'un dévouement absolu depuis que madame la comtesse l'avait prise à son service, ne comprenait pas comment les gens se permettaient de mépriser le travail, alors que les temps étaient si durs. Ils préféraient prendre l'argent de l'état, celui qu'elle donnait avec ses impôts, c'était tous des fainéants, ils méritaient le pire. Par "le pire," elle ne savait pas trop ce qu'elle entendait, mais elle qui avait commencé à la tâche depuis l'âge de quinze ans, n'aurait pas sourcillé si l'état avait rétabli la peine de mort à l'intention de tous ceux qui ne travaillaient pas.
Cet homme-ci, avec ses cheveux de femme et sa tenue négligée de gitous, abattait un certain travail au jardin, elle en convenait, mais son antipathie venait du fait qu'il avait l'air ailleurs et faisait absolument ce qu'il voulait. Récemment, après l'une de ses réflexions concernant la grandeur d'âme de madame la comtesse, il lui avait répondu : "Certains n'ont jamais vu la mer, d'autres ne savent pas encore qu'on a abolit l'esclavage." Depuis, elle ne lui parlait que quand c'était vraiment indispensable.
- Monsieur Labat… dit-elle.
Il ne réagit même pas. Et en plus, il était sourdingue !
- Monsieur Labat ! répéta-t-elle en haussant la voix.
Il sursauta et la regarda d'un air vaguement interrogatif. Quand ils ne se perdaient pas dans le vide, ses yeux étaient bruns, vifs et toujours un peu ironiques.
- Il y aurait le potager à désherber, fit-elle avec une certaine timidité car elle savait qu'il pleuvait.
S'il disait non, elle se plaindrait à madame. Il ne lui en donna pas l'occasion car il se leva sans un mot et partit dans la direction adéquate avec son verre de vin. Ça c'était le comble.
- Et n'oubliez pas de ramener le verre ! dit-elle d'une voix forte.
Il se retourna, fit mine de trinquer à sa santé en souriant et continua son chemin. Quel culot ! Elle se vengea sur la bonne polonaise qui revenait avec le plateau du petit déjeuner de la comtesse. Manifestement, la vieille dame n'y avait pas touché.
- Stefa ! cria-t-elle d'une voix perçante. Vous avez donné du jus de pamplemousse à la comtesse à la place du jus d'orange ! Elle déteste ça.
- Non, balbutia Stefa, terrorisée par cette femme péremptoire, c'est jus d'orange, pas pamplemousse.
Marthe Costa mit le nez dans l'objet du litige. Elle reconnut l'odeur du jus d'orange.
- Alors vous lui avez pressé une mauvaise orange, fit-elle pour ne pas perdre la face.
L'autre baissa la tête, sachant qu'il était inutile de discuter tant que son permis de travail ne serait pas entièrement en règle.
- Je suis sûre que tous les lits sont à faire. Dépêchez-vous, je veux que vous ayez fini avant midi. Et après le déjeuner, vous attaquerez les cuivres.
Stefa acquiesça vivement. Elle n'avait absolument pas compris ce que signifiait "les cuivres," mais elle se promit de poser la question en douce au jardinier qui lui avait fait un sourire dans sa barbe.

Grégoire Fayan arrêta sa voiture le long du trottoir du cours Gambetta, à Bazas. Il sortit en grimaçant parce que ses articulations le faisaient souffrir. L' hiver avait été terriblement humide et voilà qu'il pleuvait encore. Les arbres dégoulinaient, quelques gouttes pénétrèrent dans sa chemise, le long de son dos. Il frissonna, remonta son col, ajusta sa casquette et vérifia son nœud de cravate avec inquiétude car ce n'était pas tous les jours qu'il en portait une. La dernière fois c'était… tiens, pour le mariage de cette bordille de Claudette. Celle-là, elle allait voir de quel bois il se chauffait. Tout de même, c'était bien triste de voir la chair de sa chair vous trahir de la sorte, bien la peine d'avoir libéré la France pour la livrer à cette vermine ! La famille, tiens, quel nid de vipères quand on y réfléchit. Et les vipères, ça se détruit sans pitié, par exemple en leur arrachant leur saloperie de cœur en joncaille.
Son vieux visage émacié avait une expression très déterminée. Il souleva le heurtoir du notaire et rentra sans hésiter.

Maxime. Adieu Mounaque, le feuilleton - Roman policier en ligne - Edith Gorren

Maxime Brun pénétra dans l'agence à onze heures du matin, au grand dam de Claudette qui n'avait pas avancé d'un pouce dans l'affaire du château Poulizac.
La Poulizac lui avait dit que François Castaing n'était pas vendeur et au ton de sa voix elle avait compris qu' elle aurait à se méfier : madame le maire, sous ses airs de coopérer, semblait bien vouloir tout racler pour sa famille. Claudette n'arrivait pas à démêler chez cette femme ce qui l'emportait de l'évolution du village dans le sens chicouse ou du dépit que les siens ne fussent plus les seuls propriétaires terriens.
Mauvais pour les affaires, la jalousie. Claudette rageait d'avoir été bluffée par le style classieux de cette vieille chouette qui la harcelait de coups de fils intempestifs depuis trois jours, comme si elle sentait qu'elle ne pouvait pas la tenir sous sa coupe.

Alice de Poulizac et ses rêves de château. Adieu Mounaque- Dessin Edith Gorren

L'actrice semblait en meilleure forme, tout en noir, les cheveux brillants et gominés en hérisson tendance, le visage finement maquillé de blanc fantomatique et la bouche rouge sang. Ses yeux brillaient d'une lueur étrange, anormale, ses pupilles étaient tellement dilatées qu'on ne voyait plus l'iris. Elle était accompagnée d'un rocker, une gueule de voyou, certainement un comédien nouvelle vague, se dit Claudette. Voyou, ça donnait un genre.
- Alors, Claudette, on achète cette turne ou on se la joue au poker ? demanda Maxime d'une voix traînante.
- Pardon ? fit Claudette un peu dépassée.
Le type s'esclaffa bruyamment.
- Je blaguais, dit Maxime, mais blague à part, je commence à m'emmerder sérieusement dans votre piège à gogos. Fait trop froid pour la piscine et le premier rade est à quinze kilomètres.
- Nous avançons, dit Claudette qui ne voulait pas renoncer au pactole, mais il y a eu un petit problème.
- Quoi ? demanda brusquement le rocker, très énervé. Quel problème ?
- Un type qui essaie de traiter directement avec la famille, dit Claudette d'un coup.
- Mais je croyais que vous aviez un mandat exclusif ! s'exclama l'actrice.
- Je l'ai, mais il expire dans quinze jours et le type attend.
Le rocker jeta à sa compagne un regard d'une telle intensité qu'elle pâlit.
- Combien propose-t-il ? demanda Maxime, brusquement sérieuse, angoissée.
- Six cent mille euros, dit Claudette comme on joue au loto.
Avec une somme pareille, elle supposait que l'actrice renoncerait et qu'elle-même retrouverait la raison en se dégageant de cette délirante affaire.
- Max ? fit le gars froidement.
- J'en propose sept, dit Maxime. Et si ça ne suffit pas, nous monterons les enchères !
Elle s'adressa à son compagnon d'une voix aiguë.
- On aura ce château, Mario, je te l'ai promis.
Il l'enlaça avec une confiance dominatrice et prit un air menaçant.
- N'est-ce pas, madame, que Max aura son château ?
- Mais oui, dit Claudette qui n'avait jamais été dans une telle situation.
Elle venait d'identifier le rocker qui faisait partie d'un groupe bien placé au gotha des gothiques. Si ces gens-là n'avaient pas été de ceux qui passent à la télé, elle les aurait déjà virés avec perte et fracas. Mais les sept cents mille et l'aura de la célébrité la paralysaient.
- Fais une avance, Max, qu'on se tire d'ici, je commence à en avoir marre.
L'actrice eut brusquement un éclair de folie dans les yeux.
- Mario, tu commences à m'emmerder, tu me mets la pression depuis ce matin, déjà avec cette scène insensée que tu m'as faite devant Miklos – tu te rends compte, LE Miklos Kazaksky, du dernier César – juste pour un baiser, on n'a pas idée d'être jaloux comme ça, la scène d'amour au cinéma c'est pas pour de vrai, tu le sais très bien et au fond ce n'est pas parce que je roule une pelle à Miklos que tu enrages mais parce qu'il ne t'a donné aucun rôle et d'ailleurs je ne vois pas pourquoi il t'en donnerait, tu n'es pas acteur mais chanteur de rock, déjà que tu ne connais pas grand-chose à la musique, comédien n'en parlons pas, tu jouerais comme un pied et de toute façon, pour ce que tu es agréable, il n'a aucune raison de céder à tes caprices de vieux gamin de quarante balais. Pas ma faute si tu as gagné des millions avec trois accords à la guitare et si Miklos trouve ça scandaleux. Quelque part, il a un peu raison.
- Max, tu déconnes ! dit le garçon qui la regardait avec des yeux exorbités par la rage et autre chose de plus artificiel.
- Je ne déconne pas, tu entends, minable, je ne déconne pas ! Ferme ta gueule et laisse-moi dépenser mon fric comme je veux. Toi tu fais ce que tu veux avec le tien, la semaine dernière tu t'es payé une ridicule Harley blanche, alors tu me fais pas chi-er !
Le type devint tout rouge et sortit, fou furieux. Maxime retira un paquet informe de sa poche et le jeta sur la table. C'était des billets. Mille cinq cent euros en liquide ! Claudette les prit, rien au monde n'aurait pu l'empêcher de les prendre. Castaing vendrait sa "turne" ou elle l'étranglerait de ses propres mains. Elle fit un reçu sur un papier à en-tête et le donna à l'actrice qui le fourra dans la poche de son blouson.
- Adieu ma poule, dit-elle. Tu fais fissa et tu m'appelles quand c'est chaud.
Elle sortit très vite en criant "Mario ! Eh, Mario, déconne pas, c'était pour blaguer !"

Maître Guy Delalande, notaire à Bazas, était un grave jeune homme dont Fayan avait connu le père et le grand-père. Issu d'une lignée d'officiers publics irréprochables que le siècle précédent avait préservé des crashs monétaires, il prenait son rôle au pied de la lettre, considérant les biens de ses clients comme une prolongation d'eux-mêmes à protéger au péril de sa vie. Car on l'aurait tué plutôt que de lui faire révéler les secrets de famille. Ce que lui demandait Fayan le pétrifia. Avant de répondre normalement à son client, il déglutit plusieurs fois, faisant remonter sa pomme d'Adam avec difficulté.
- Monsieur Fayan, êtes-vous bien sûr que votre décision n'a pas été prise sur le coup de la colère ?
- Maître Delalande, pensez-vous qu'il n'y ait pas de quoi être en colère quand quelqu'un de votre famille essaie de vous spolier ?
Le notaire réfléchit. Il essayait de ne pas faire rentrer en ligne de compte ses sentiments personnels à l'égard du mari de Claudette Goudenèche, mais c'était difficile car il avait conçu pour ce dernier une antipathie profonde lors de transactions immobilières indélicates. L'argent facilement gagné heurtait son atavisme rural comme un corps sans âme. Et de plus, il trouvait le vieux Fayan parfaitement sain d'esprit. Des vieillards qui perdaient la boule et qu'on mettait sous tutelle, il en avait connu, certes, mais les histoires d'héritiers peu scrupuleux foisonnaient dans ces provinces et son père lui avait appris à les éviter comme la peste. Rien de tel que les éclaboussures d'un bon scandale juridique de cet ordre pour vous faire décrocher votre plaque. Ce que voulait Fayan était parfaitement légal, il le ferait appliquer, point.
Il demanda un dossier vierge à sa secrétaire et se mit au travail.
- Nous avons donc dit "viager…"

 modif | admin • màj : 24 février 2009 à 17h27