Adiu Sud-Gironde le "village global local"

Des japonais francophones nous invitent à les rencontrer sur le blog du Soleil Levant ; un lien que nous tissons depuis plus de 15 ans.

Adieu mounaque

Roman policier en ligne, feuilleton polar local, social, politique et burlesque.
Cette histoire a été écrite d'un siècle à l'autre, entre deux mondes et une récession, dans un village dont on ne sait pas si les habitants réalisent que leur monde est en perdition, que l'agriculture arrive dans le mur, que l'industrie achève sa course à la mort et que les actionnaires du CAC 40 jouent leurs vies au poker. Edith Gorren
 Contact avec l'auteur. -> mailto:lejardindesarts [arobase] orange [point] fr

Dessin Edith Gorren - Adieu Mounaque. Polar en ligne.
  • Première partie :
  • Les gens de Saint-Pardon

Chapitre I : Pas de pitié pour la péraquette :

Chapitre II : Pas de printemps pour les Bazadaises :

Chapitre III : Murmures et bataclam :

Résumé
Personnages
Généalogie Poulizac

Les dessins de Adieu Mounaque

Dessins

La Galerie du peintre Edith Gorren, Bazas en Gironde.

Galerie Edith Gorren

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Pas de pitié pour la péraquette

Première partie - chapitre 1

11

Claudette Goudenèche perdait la tête. D'un côté, il y avait Matoujalou et ce vieil imbécile de tonton Fayan qui résistait et de l'autre, le terrible pari de venir à bout de François Castaing, propriétaire du château de Henri IV, un pas commode. Il fallait qu'il vende, elle ne pouvait plus reculer. L'imagination de Claudette avait étincelé au firmament de la mégalomanie quand elle avait laissé entrevoir le château à Maxime Brun - entre parenthèses, pourvu qu'elle n'apprenne pas que c'était le jour où cette pauvre cloche de érémiste s'était pendue, ça la ficherait mal question présage - elle avait prétendu que le propriétaire était un aristo que sa famille avait mis sous tutelle parce qu'il tirait sur tout ce qui bougeait depuis que sa femme l'avait quitté pour un riche négociant en vin. L'affaire était presque réglée, avait-elle ajouté, une question de jour, ils viendraient bientôt le chercher pour le mettre chez les branques et on pourrait visiter. Cette histoire de mise sous tutelle était pleine de ressources. L'actrice avait trouvé ça très romantique, très "Les Mérovingiens", un film qu'elle avait tourné avec le grand Luc Pesson, inégalable metteur en scène, spécialiste des prises d'assaut de châteaux médiévaux, massacre par jets de poix brûlante, machines de guerre, torrents d'hémoglobine, viols et empalements. C'était exactement ce qu'elle cherchait, un endroit plein d'atmosphère où elle pourrait inviter l'équipe à dîner pour lui montrer ce qu'était un vrai décors d'époque et pas un Lego en résine de synthèse. En lui racontant ceci, elle avait avalé cul sec le contenu d'une fiole plate en argent d'où s'échappait un fumet de gnole parfumé à la poire Williams. "Le cinéma, c'est de la pourriture," avait-elle ajouté. Claudette était très flattée, elle sentait qu'elles devenaient amies, depuis que Maxime lui avait dit de sa voix rauque en la toisant : "Vous, vous seriez craquante dans une reprise de madame Sans-Gêne par Almodovar." Elle ne connaissait pas cette histoire et s'était promis de chercher le DVD dès qu'elle aurait le temps, pour enrichir sa culture. En ce moment, elle avait trop de travail. Les maisons partaient comme des petits pains, c'était la folie, il fallait en trouver d'autres, au train où ça allait, il n'y aurait bientôt plus rien à rénover, on passerait au neuf. Elle s'en foutait. Du moment que les prix restaient à la hausse, elle vendrait la décharge municipale transformée en loft avec piscine s'il le fallait.
Son mari s'était inquiété, tant il la voyait agitée.
- Ce n'est rien, mon chéri, ta Totoche est en train de nous enrichir.
- Encore ! s'était-il exclamé, faussement blasé.
C'était le jeu le plus amusant qu'ils avaient trouvé. Après cela, elle s'asseyait sur ses genoux et ils gloussaient pendant des heures en spéculant sur leur CAC 40 perso. Son Bébert, serait un jour le plus gros assureur de la Gironde. Et peut-être même un homme politique aussi respecté qu'Adémar de Percolati, vétérinaire et représentant du Front National pour la région.

*

Charles Edouard ne se rappelait pas très bien comment il s'était retrouvé dans cette chambre d'hôtel sur front de mer.
Pendant le déjeuner, Justine était assise en face de lui et mangeait des asperges en arrondissant sa bouche pulpeuse. Elle s'y prenait à plusieurs fois, avec un petit bruit de succion, ne laissant pratiquement rien de la tige fibreuse qu'elle mâchait comme un chewing-gum, sans le moindre souci de savoir-vivre, ce qui n'avait pas du tout gêné Charles Edouard habituellement très à cheval sur ce genre de détail. Les autres convives parlaient affaires et il s'appliquait à conserver une attitude conforme, bien que leurs propos lui échappassent totalement.
Ils avaient bu une vodka de très bonne qualité, puis du vin et encore du vin. Après le café, la salle s'était brusquement vidée, Bertram et les autres avaient disparus et ils s'étaient retrouvés tous deux en tête-à-tête, absorbés par une conversation très intéressante portant sur l'école Boulle que la jeune femme disait avoir fréquentée quelques temps. Le dernier mot qui le rattacha à la vie normale fut "souris," car il était question de créer une nouvelle ligne d'ordinateur pour Microsoft, puis il pensa "je saute cette souris ici-même" et tout bascula.
- Il vaut mieux aller à l'hôtel, dit-elle en riant.
Il se rendit compte qu'à la question posée par elle d'une voix innocente : "Désirez-vous encore quelque chose," il avait répondu : "Oui, vous baiser."
Un tel manquement à la bienséance était, chez lui, sans précédent. Jamais, au cours des quelques aventures antérieures, il ne s'était servi d'un mot aussi grossier pour courtiser une femme. Se conduire comme un mufle pendant et après, pourquoi pas, mais avant, jamais.
Il se leva, confus, s'excusa.
- Où va-t-on à présent ? demanda-t-elle.
Et ils s'étaient retrouvés dans cet hôtel dont les trois étoiles ne brillaient pas au firmament.
Ce dont il se souvenait très bien, par contre, c'est d'avoir retourné cette minijupe diabolique comme on dépiaute un lapin, tandis qu'elle le débraguettait prestement, à la suite de quoi il l'avait enfourchée contre la porte à peine fermée en arrachant au passage une chose minuscule qui ressemblait à de la lingerie et il avait joui en elle comme un soudard bienheureux, sans lui demander si ça lui plaisait ou non. Les amours ancillaires c'est comme ça que c'est bon, à la hussarde, merde quoi.

 modif | admin • màj : 25 août 2007 à 14h27