Adiu Sud-Gironde le "village |
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Adieu mounaqueRoman policier en ligne, feuilleton polar local, social, politique et burlesque.
Chapitre I : Pas de pitié pour la péraquette : Chapitre II : Pas de printemps pour les Bazadaises : Chapitre III : Murmures et bataclam : Résumé
Les micro-sites
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Pas de pitié pour la péraquette
Première partie - chapitre 11 Alice leva les yeux et jeta un coup d'œil par la fenêtre sur le jardin bien entretenu qui descendait en pente douce jusqu'à l'orée du bois. Son chien y jouait, courant après son ombre avec fougue. C'était un braque de Weimar nommé Wolfgang. Elle soupira, satisfaite à la fois de l'excellence de son travail et de la perfection du lieu dont le raffinement lui procurait un plaisir infini.
Dans le silence, ponctué par le battement d'une comtoise qu'Alice avait enlevée haut la main à son bien-aimé frère Sixte lors de la succession d'une aïeule, on entendit à nouveau le chuintement léger du stylo dont la plume en or glissait sans heurt sur le papier, tel un bâtiment corsaire guidé par le devoir, voguant par vent arrière sur une mer d'huile.
Elle, Alice, y veillait sans relâche à ce fichu grain, à le séparer de l'ivraie afin d'éradiquer cette dernière. Tel un phare tournant inlassablement, scrutant chaque chose pour la remettre à la place qui lui était échue par Dieu et aussi de bouter hors la racaille vivant aux crochets de la population vaillante et active sur laquelle son devoir était de veiller, comme sur un élevage de poules et de canards vaquant dangereusement sous le ciel nu d'où surgissent tous les dangers migratoires.
La seule erreur qu'elle avait commise, c'était avec ce Hollandais, cet Erasmus Bos, un personnage odieux, un sauvage, qui était arrivé avec quelques millions pour acheter les trente hectares de la Bassane. Il était si blond, si z'yeux bleus et avait un aspect si cossu ! Alice avait cru agir pour le mieux en mettant sous le manteau le dossier de demande d'aide de ces jeunes agriculteurs biologiques qui étaient aussi candidats avec une demande de préemption à la SAFER. Sans elle, le Hollandais n'aurait même pas su que la propriété était à vendre. Mais ces jeunes sans le sou avaient trop mauvais genre.
Mais le Hollandais avait décrété qu'il s'agissait des meilleures terres de la région et à présent cinq silos étincelants se dressaient dans le ciel et deux cents vaches blanches et noires empuantissaient les médecins, notaires et autres architectes installés depuis peu dans la commune. La grande angoisse d'Alice était que les gens convenables, lassés par cette nuisance, ne se mettent à chercher des cieux plus cléments. Certains se plaignaient déjà que le purin des petites routes abimait leurs BMW et les pneus hors de prix de leurs 4x4. Ces rurbains faisaient beaucoup de manières et manquaient de toute tradition rurale mais on ne pouvait plus compter sans eux puisque la terre était devenue inaccessible aux cultivateurs. La SAFER elle-même s'était fatiguée des fauchés ; aujourd'hui, elle donnait la préférence à de quelconques élus citadins cherchant un terrain de chasse pour le laisser en fermage à des agriculteurs intensifs plutôt qu'à ces jeunes sans le sou qui prétendaient fabriquer une alimentation plus saine, quelle prétention. Ces écologistes croyaient que tout leur était dû et oubliaient qu'il fallait compter avec la rentabilité, des doux rêveurs mâtinés de voyous prêts à se livrer à toutes sortes de dévastation du bien d'autrui, en cheville avec ces terroristes qui avaient saccagé une repousse de colza sous prétexte qu'elle était transgénique ou peu importe, la propriété privée, ça se respecte, un point c'est tout. Heureusement, il restait encore Matoujalou avec ses soixante hectares en friche, enfin, si on arrivait à décider ces cinglés de Fayan à vendre ou s'ils mouraient de grippe aviaire, ce qui n'aurait rien d'étonnant, vu ses saloperies de cous nus qui couraient partout sur la route et qu'il refusait d'enfermer.
" J'attire également votre attention, monsieur, sur le fait que non content de son concubinage non déclaré, cette personne semble n'avoir besoin de rien, possède une voiture et habille fort convenablement ses enfants qui fréquentent l'école du village.
Elle sécha sa lettre d'un coup de buvard énergique, la mit sous enveloppe, referma son stylo avec soin et se leva avec la certitude du devoir accompli.
Pour François Castaing, tout avait commencé le jour où son copain Jacquot Bordessoules, adjoint au maire de Saint-Pardon du Croc et fermier principal du château, avait cassé le phare du Hollandais sur la vicinale reliant le village de Saint-Pardon du Croc à celui de Cudzac-Biganas. C'était une petite route peu fréquentée, sinueuse, entre bois et champs, agrémentée des derniers vallons bordant la forêt des Landes Girondines, dans le Bazadais. Cette région de métamorphoses est le lieu enchanteur où la Grande Lande, Lana-Gran, fatiguée d'être étale depuis tant de siècles et de kilomètres, devient Girondine et s'échoue sur les prémices de la Garonne, comme la mer sur les ondulations de la plage ; petit à petit son sable devient argile, ses pins, chênes et châtaigniers, et ses habitants ce qu'ils peuvent. Tout dépend d'eux. Tranquille, sans savoir combien le destin peut être imprévisible, voir ironique, François arpentait le bitume de sa campagne à lui, avec l'innocence d'une nature épanouie. Grand chasseur devant l'éternel, il était vêtu d'une tenue verte de camouflage et de grosses rangers dont l'aspect militaire tranchait avec la bonhomie du visage buriné tout rond aux yeux doux, ses cheveux châtain coiffés d'une casquette plate et patinée identique aux autres casquettes plates et patinées qui garantissent l'homogénéité de l'espèce. Seuls les chasseurs se reconnaissent entre eux et c'est le principal parce que savoir distinguer le bon cassayre du mauvais évite de se faire flinguer par erreur. Il prit un raccourci qui traversait les friches de Matoujalou, où la nature redevenait souveraine. Les coquelicots commençaient à mettre une touche rouge dans l'herbe folle, les anciens champs, débarrassés des produits sélectifs, arboraient un laisser-aller joyeux. François trouvait triste l'abandon de cette propriété mais profitait de cette nature débridée, si belle, si opulente. Il n'aimait pas les herbicides qui tuent les couleurs. Ce qu'il aimait, c'était les talus et le pied des chênes recouverts d'or par la ficaire dont les feuilles ont la forme d'un cœur, l'éclat des pissenlits mêlés à la douceur des pâquerettes au milieu des rangs de vignes. Et surtout, voir sa femme revenir du pré avec un bouquet de cardamine aux corolles parme, qu'elle mettait dans un vase sur la cheminée, signe de printemps. La chasse était fermée mais tant pis, il était heureux, la forêt l'avait rempli de bonheur et son chien Pifre gambadait devant lui, la truffe au sol, suivant quelque piste à lui seul accessible. Pifre, qui signifie "fifre," parce qu'il chouinait des airs à pleurer dès qu'on le laissait tout seul enfermé mais c'était un bon chien, un champion régional, un pointer sérieux au travail, avec un flair du tonnerre de Dieu. Tout à l'heure, il avait levé un faisan qui les attendait stupidement dans un fossé, mais l'oiseau avait mis si longtemps à s'élever qu'on se demandait si un hiver passé dehors au sortir de son poulailler avait suffi à le rendre vraiment sauvage. Cela en était décourageant. François préférait le sanglier, un adversaire de taille avec lequel on prend de vrais risques, ou la palombe fugitive qu'on guette si longtemps pour la manquer, mais quelle régalade du tonnerre de Diu et quelle échappée du monde, pourvu que le gouvernement ne la leur supprime pas, celle-là ! Toute l'année, ces grands garçons attendaient le moment de se rendre dans leurs cabanes préférées pour boire et manger les mets les plus délicieux au pays du rien qu'entre eux. Ce matin, François avait inspecté sa palombière et en bon paloumayre, noté les déprédations occasionnées par l'un de ces fouisseurs à groin, il faudrait y remettre un rang de fougères bien dru et cela irait. Il en parlerait avec Jacquot, son complice en la matière, qui était le plus habile aux appeaux ; à la fête de la place de Bazas, il présentait les meilleures démonstrations de dressage avec ses oiseaux qui volaient d'un perchoir à l'autre à la demande. Sauf cette année, because la même saloperie aviaire insaisissable qu'on Les soupçonnait, là-haut, d'avoir inventé pour achever l'agriculture. Il demanderait peut-être même à Bertram de Poulizac, fils de madame le maire, de venir les aider car il ne rechignait pas à la tâche, il donnait toujours un coup de main l'été et participait à la chasse quand le temps était venu. Un bon vivant, fameux tireur et pas fier pour un moussu du château.
Les pins étaient nimbés de brume car il avait beaucoup plu cette semaine, ils avaient annoncé qu'il repleuvrait encore, la terre en avait besoin. L'hiver avait été rude, comme pour engloutir ceux qui n'en pouvaient plus de payer le chauffage et cela n'en finissait plus. Pourtant, le pollen des pins avait déjà couvert le pays de son voile d'or, pour avertir la terre qu'il lui fallait mettre fin à son hibernation abusive. La forêt saupoudrait ainsi tout de qui était à portée de son coup de vent annuel, jusqu'aux rues de Bordeaux dont les rigoles charriaient cet imperceptible présent aux allures de souffre. Et malgré cela, le soleil ne daignait pas offrir un renouveau salvateur. Ça n'était pas normal, pensa François Castaing. S'il n'y avait plus de saison, c'était la faute aux trous du cul dans le ciel. Faut dire que l'ozone en tenait une bonne couche.
C'est à cet instant précis que deux véhicules venant en sens inverses tentèrent de se croiser sous ses yeux de témoin involontaire. Connaissant l'état des bas-côtés rendus glissants par cette suite ininterrompue d'intempéries, il craignit le pire, un grand malheur possible qui ferait tout manquer. Car après l'omelette, il y avait le sacro-saint rôti de bœuf issu de leur propre élevage et celui-là, macaréou, quand on ne le mangeait pas chaud, c'était comme si on était passé à côté du Bon Dieu. Au son du verre brisé, François su que son intuition ne l'avait pas trompé. |